‹ Le Goître Exophtalmique: Interprétation NouvelleChapitre 12 sur 31 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Critique des Théories

SUITE B. — Théories thyroïdiennes.

10 THÉORIE MÉCANIQUE. — Kœben (1), le premier, pour

expliquer l’exophtalmie, parle de lésion du grand sympathique due à la compression exercée par le goître.

Taylor (2) émit une théorie assez compliquée. L’anémie, par l'intermédiaire du système nerveux, produisait un spasme des muscles du cou. Ce spasme a pour résultat la compression des veines jugulaires, d'où gonflement thyroïdien et exophtalmie.

Piorry (3) donna à la théorie de la compression son plus complet développement. La trachée était comprimée, d’où dyspnée ; les veines sous-clavières et jugulaires comprimées donnaient l'exophtalmie : la compression des nerfs laryngés donnait la toux; celle des pneumogastriques les troubles digestifs

(1) Kœben.— De exophtalmo ac struma cum cordis affectione. Berlin, 1855.

(2) Taylor. — Med. Times and Gazette, mai 1856. — On remarquera que sa théorie n’est pas, à proprement parler, une théorie thyroïdienne, mais je n'ai pas voulu la séparer des autres théories mécaniques.

(3) Piorry, — Gazette hebdomadaire, 1862.

RTC

et les palpitations. La souffrance modifiait le caractère et les troubles de l’hématose alanguissaient la nutrition.

Boddaert (1), liant les quatre veines jugulaires, et coupant les deux sympathiques chez le lapin, constate de l’exophtalmie. Il admet alors qu'il y a paralysie du sympathique cervical et gêne de la circulation en retour.

Quoi qu'il en soit, ces explications étaient peu admises et il fallut les observations retentissantes de notre maître, M. le professeur Tillaux (2), pour donner à la théorie de la compression un regain d’actualité.

La thèse de son élève Bénard (3) est consacrée à ce sujet. Celui-ci pense qu'il y a compression des veines jugulaires internes, du grand sympathique, du penumogastrique, la compression agissant sur les nerfs dans le sens de la paralysie. C'est, en somme, l'explication de Boddaert, plus la paralysie du vague. D'ailleurs Bénard croit que dans nombre de cas le goître est secondaire. £

En voyant une thyroïdectomie guérir ou améliorer une maladie de Basedow, la théorie de la compression est celle qui, à première vue, semble le mieux rendre compte des phénomènes, mais lorsqu'on veut la poursuivre dans le détail les diflicultés sont grandes. Quand on voit qu'il faut pour produire l’exophtalmie lier les quatre veines jugulaires et sectionner le sympathique, il paraît bien diflicile que les choses se passent ainsi. Les pendus devraient présenter le tableau de la maladie de Baselow ; or ils ont bien de l’exhorbitisme, mais il y a en même temps cyanose de la face et issue de la langue hors des arcades dentaires.

Il semble étrange aussi que toutes les compressions invo-

(1) Boddaert — Quelques considérations physiologiques sur la combinaison de l’hyperémie artérielle et de la congestion veineuse. Essai d’application à la pathogénie du goître exophtalmique. Gaz. hebd., 1835, p. 465.

(2) Tillaux. — Bull. Acad. de médecine, t. IX, p. 4ox, 1880.

(3) Bénard.— Contribution à l’étude du goitre exophtalmique. Pathogénie, traitement. Thèse Paris, 1882.

Riche. — 3.

Page 1