CHAPITRE PREMIER
Symptomatologie
Tachycardie, goitre, exophtalmie, tels étaient il n’y a pas fort longtemps les symptômes qui constituaient la triade clinique. C'étaient les symptômes observés par Parry dès 1825, mais que Graves et Basedow eurent le mérite de grouper en une entité morbide distincte. Depuis on a décrit d’autres signes d'ordre très varié et il est devenu nécessaire, pour éviter la confusion,
de les diviser en signes cardinaux et signes accessoires.
A. Signes cardinaux. — Jls comprennent la triade classique, à laquelle on a ajouté le tremblement décrit dans une observation de Charcot (1), mis en valeur surtout par Marie (2). Il faut encore y faire rentrer d’après Charcot, le signe découvert par Vigouroux, la diminution de la résistance électrique.
Le goître est de dimensions fort variables ; parfois fort petit et demandant à être recherché avec soin, il est dans d’autres cas très volumineux. Souvent c’est plutôt un élargissement de la base du cou qu'une tumeur véritable qui se présente à l'observateur. Sa consistance est le plus souvent molle, mais
il y a assez fréquemment des parties fibreuses, « Il se réduit
(1) Charcot. — Gazette hebdomadaire, 1862, p. 563. (2) Marie. — Contribution à l'étude et au diagnostic des formes frustes de la maladie de Basedow. Thèse de Paris, 1883.
comme du tissu érectile quand on le comprime légèrement avec la main (1) »; mais cette réduction est très fréquemment insomplète. Il occupe toute la glande, ou un lobe seulement — c'est alors le plus ordinairement le lobe droit; parfois c'est l’isthme qui en est le siège, parfois c’est une thyroïde accessoire.
Ce que ce goître présente de plus remarquable, ce sont les sensations qu'il donne à la palpation et à l’auscultation. La tumeur est pulsatile; ce ne sont pas des battements transmis puisqu'elle présente une expansion manifeste à chaque systole cardiaque. En outre, la main y perçoit « un frémissement qui rappelle le thrill des anévrysmes artério-veineux » (2). Aussi, Trousseau (3) nous dit-il, d'après Graves et E. Vidal, que deux fois on crut à l'existence d’un sac anévrysmal.
« L'erreur est d’autant plus facile, ajoute Trousseau, que dans le goître exophtalmique le stéthoscope fait entendre des bruits de souflle simples ou doubles avec renforcement diastolique, comme dans les cas d’anévrysme simple ou cirsoïde. » Graves parlait de bruit de frôlement éclatant. C’est en somme un bruit de souffle continu avec renforcement au moment de la systole cardiaque.
Ce frémissement et ce souffle signalés par tous les auteurs ont pour tous une importance considérable, à cause de leur absence dans le goître ordinaire, Mais c’est surtout Guttmann (4) qui leur attache une grande valeur diagnostique : « Le souffle artériel dans le goître ne manque jamais au cours d’une maladie de Basedow. »
(1) Traité de médecine, t. VI, 1894, p. 994.
(2) Rendu. — Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 4° série, t. 1X, 1883, p. 558.
(8) Trousseau. — Clinique médicale de l'Hôtel Dieu de Paris, 5° édition, t. IL, p. 554.
(4) Guttmann. — Deutsche med. Wochensehrift, 1893, P. 254, Das arte-
rielle Strumageräusch bei Basedow’scher Krankheit und seine diagnostiche Bedeutung.