III. — PÉRIODE PLURIBACTÉRIENNE (Depuis
La théorie gonococcienne paraissait triomphante: d’abord elle était en parfait accord avec les données les plus récentes
(1) Arning, Vierleljahreschrift f. Dermai. und Syph., p. 371, n° 57. (2) Jamin, Thèse Paris, 1883, n° 66.
(3) Chameron, Thèse Paris, 1883, n° 61.
(4) Campana, La salule italia medica, p. 49, 1883, n° 58.
(5) Gamberini, Giorn. ital. dell. mal. ven. e. dell. pelle, 1883, no 65.
LME RER de la pathologie générale, qui commençait à admettre un microorganisme spécial comme cause de toute affection contagieuse ; ensuite on avait trouvé le gonocoque dans toutes les affections blennorrhagiques: uréthrites, conjonclivites, arthrites, vaginites, métrites; on l'avait cultivé, on l'avait inoculé.…. Il paraissait triomphant, lorsque le mémoire d'AuBuwrT vint démontrer que, tandis que le même agent microbien produit des eflets différents selon l'organe où il siège, par contre, un même syndrome morbide peut être produit par des agents bactériens différents. Et, dans le cas présent, tandis que le sonocoque causera des uréthrites, des arthrites ou des ophtalmies selon le lieu d'implantation, par contre, on devra admettre à côté de l'uréthrite blennorrhagique des uréthrites d'une autre nature; c'était mettre d'accord les virulistes et les leucorrhéistes, en généralisant, car, en envisageant les uréthrites dans leur ensemble, la recette de Ricord devenait bonne, non pas pourattraper la chaudepisse, mais simplement pour prendre une uréthrite.
Cette façon nouvelle d'envisager la question ne restera pas isolée : ainsi le pneumocoque ne demeurera pas cantonné dans le poumon: il causera, comme le voulait l'École de Montpellier, une affection générale infectieuse et se manifestera par un état général et des complications , parmi lesquelles la pleurésie à pneumocoques ; cette pleurésie elle-même pourra être causée par d’autres agents bactériens, exemple la pleurésie tuberculeuse, dont le bacille cause aussi des inflammations pulmonaires : pneumonie caséeuse.
DE Aurcis publia la même année, mais antérieurement à Aubert, un travail à aperçus généraux moins intéressants, mais formulant un fait précis : que l'auteur n’a pu distinguer du gonocoque les diplocoques qu'on trouve dans la vulvovaginite des petites filles. Cette observation, confirmée dans la suite par plusieurs savants, fut le signal d’un mouvement
TE d’anarchie dans la bactériologie spéciale, et depuis cette époque il rèene dans la littérature de la question une confusion difficile à imaginer. Les uns, persévérant dans cette voie décourageante, en arrivent à nier la possibilité de diagnostiquer le gonocoque ; d’autres, poursuivant la même route âvec une foi plus ferme, apporteront tous leurs soins à caractériser les pseudo-sonocoques ; bon nombre, étudiant spécialement la bactériologie des complications, s’efforceront de délimiter les territoires respectifs du gonocoque et des agents de l'infection secondaire ; plusieurs distingueront parmi les écoulements de l’urèthre, ceux qui sont dus à d’autres micro- . organismes que le gonocoque, et constitueront le groupe des blennorrhoïdes.
Il nous paraît que, pour parcourir ces travaux si divers, Phistorien ne doit pas se contenter de les énumérer dans un ordre chronologique fastidieux; il doit tâcher de les grouper afin d'en détacher les idées principales. Il nous à semblé que, pour ce faire, on devait tenir compte des différents courants d'opinion manifestés dans le monde savant, et que nous veuons d’énumérer. Nous allons, sous l'influence de cette idée, rapporter tous les travaux à une des divisions suivantes dans lesquelles nous les classerons pour en faciliter l’étude :
40 Travaux se rapportant à la pluralité des uréthrites ;
2 Travaux se rapportant à la nature des manifestations blennorrhagiques ;
3° Travaux se rapportant au diagnostic du gonocoque.
4° Travaux sur la pluralité des uréthrites
De Amris (1) obtient un écoulement purulent en injectant de l'ammoniaque dans l’urèthre. P. AuBerT (?) décrit l'uré-
(1) De Amicis, Riv. clin. e lerap., mars 1884, n° 78. (2) Aubert, Lyon médical, t. XXXXVI, p. 337, janvier 1884, n° 76. | 4
thrite bactérienne, pouvant se compliquer dé cystite et d'épididymite, mais néanmoins généralement bénigne et causée par des. microorganismes extracellulaires, constituant . des corpuscules ovalaires de moins d’un y et des bacilles épais et nombreux. Icarp (1) signale à la Société des sciences médicales de Lyon un cas d’uréthrite chez un homme dont la femme était atteinte d'un phlezmon périutérin.
L'année 1885 n'apporte aucun document à signaler. En 1886, Riez (2) publie un mémoire intéressant à propos de deux cas d'écoulement sans gonocoques, survenus chez des rhuma- , tisants. BocxkHaARr (3) décrit une uréthrite bénigne, aiguë, pseudo-blennorrhagique, pouvant néanmoins se compliquer d’épididymite, causée par les bactéries de la sécrétion vaginale, qu'il décrit et dont nous parlerons ailleurs. ZeissL (4), dans onze cas sur soixante uréthrites, à décelé un bacille qu'il a retrouvé dans le vagin des prostituées.
. En 1887, CastEx (5) décrit un cas d’uréthrite sans gonocoque à la suite d'un cathétérisme.
En 1888, HoRAND (6) admet que les règles, les lochies, les pertes blanches, peuvent donner à l’homme des uréthrites non gonococciennes. Notre maître le professeur agrégé RAUZIER (7) a décrit des cas d’uréthrites dont le pus contenait, soit des diplococci plus volumineux, soit des éléments bactériens. LE- GRAIN ‘trouve le micrococcus cereus albus de Panet dans une
(1) Lyon medical, 1884, no 81.
(2) Riel, Lyon médical, t. Il, p.337, mars 1886, n° 124.
(3) Bockhart, Monatsh. f. prakt. Derm., octobre 1886, n° 140,
(4) Zeissl, Wiener klin. Vorträge..., 1886, xt et xn, n° 1386, et Société império-royale de méd. de Vienne, nov. 1886, n° 144.
(5) Castex, Journal des connaissances médicales, 1887, p. 183, n° 148.
(6) Horand, Lyon médical, t. LIX, p. 251, 1888, n° 180.
(7) Rauzier, Gaz. hebd. des’sciences méd. de Montpellier, 1887, p. 73 et 85, n° 182.
D OU uréthrite contractée avec une femme récemment soignée pour un phlegmon rétro-utérin.
L'année suivante, SrRaus (1) rapporte le cas d’an écoulement à gonocoques, Survenu chez un jeune garçon niant tout rapport sexuel. Nous discuterons ce fait plus loin. AGGAe. GNEUR (2) étudie les diverses formes de la blennorrhagie. RopatT-(3) publie aussi une bonne revue de la question ; de même DE Broë (4).
Pour trouver ensuite de nouvelles observations, il nous faut arriver à l’année 1893, où GuraRpD (5) a publié une observation d’uréthrite dite goutteuse, avec des considérations vénérales fort intéressantes.
2 Faunex se rapportant à la nature des ne ARR Den hneiee
Barpuzzi (6) reconnaît le onocoque comme cause de blennorrhagie. WELANDER (7) établit la même affirmation sur une série d'expériences intéressantes sur lesquelles nous reviendrons. KRowER (8), à côté de l’ophtalmie bénigne des nouveau-nés, à décrit, après d’autres auteurs, une forme grave dont le gonocoque est toujours la cause. La nature microbienne du rhumatisme blennorrhagique est recherchée par CHorier (9), Has£cuno (10), dont nous discuterons ailleurs
(1) Straus, Archives de méd. exp, t. I, n° 2, mars 1889, n° 219.
(2) Augagneur, Province médicale, janvier 1889, n° 220.
(3) Rodait, Union médicale, mai 1889, p. 667, n° 222.
(4) De Broë, Thèse de Paris, 1889, n° 221.
(5) Guiard, Journal de médecine de Paris, mars 1893, n° 355.
(6) Barduzzi, Giorn. ital. d. mal. venere, novembre 1884, n° 80.
(7) Welander, Gaz. méd. de Paris, 1884, p. 267, n° 72.
(8) Kroner, Semaine médicale, 1884, no 42, p. 406, n° 92.
(9) Chotier, Th. Paris, 1884, n° 283, n° 77.
. (10) Haslund, Vierteljahrschrift fur Derm. u. FRE , 1884, t. XI, p. 304, n° 87.