ÉTAT CIVIL DU GONOCOQUE
Lorsqu'un bactériologiste veut conférer à un microbe le droit de cité, il ne lui suffit pas de donner au nouveau venu un nom plus ou moins latin, il doit encore lui fournir une série de caractères qui lui constituent, pour ainsi dire, un état
Pour faire admettre, en effet, qu'un microorganisme est bien la cause, l'unique cause d’une maladie, il faut démon- (rer :
4° Qu'il existe chez tous les individus atteints de cette maladie et qu’il n’existe que chez eux; 2° Qu’'inoculé à des individus sains, il y engendre la même maladie. | :
Le gonocoque remplit-il ces conditions ? a-t-il ses papiers en règle? Pour répondre à ces questions, nous allons donc examiner:,
1° Si le gonocoque existe chez tous les blennorrhagiens, et s’il n’existe que chez eux;
2° Si, par inoculation, le gonocoque transmet la blennorrhagie.
Il paraîtra futile à quelques-uns qu’on prenne tant de peine pour prouver l'existence du gonocoque, alors que tout le
SAGE monde l’admet, même les tribunaux, qu’elle est connue de tous, du pralicien le plus humble et du plus modeste avocat. Je répondrai qu'au moment où le gonocoque a échappé aux spécialistes pour appartenir au public scientifique, il a été, à ce moment même, battu en brèche par la découverte des pseudo-sonocoques. Tout le monde instruit connaît le gonocoque et peu de médecins savent l'existence de ses sosies : ‘c’est la raison pour laquelle tant d'observations sont inutilisables, car on y parle du gonocoque comme s'il était impossible de ne pas le reconnaître. Du reste, on doit combattre avec soin la théorie qui nie le gonocoque, car parmi les gèns . qui la défendent il en est qui s’appellent Mauriac, de Zeissl, Fournier.
I. — RECHERCHES 1° Le gonocoque existe dans tous les cas de blennorrhagie
La recherche du gonocoque sera exécutée dans les cas récents. de blennorrhagie, pendant les huit premiers jours ; à cette condition nous allons rencontrer tous les observateurs d'accord; mais, après cette époque, des bactéries banales masquent le sonocoque, dont la recherche est hérissée de difficultés qui expliquent les divergences d'opinions ue nous pourrons rencontrer. \ ie
Neisser (1), dans ses divers travaux, affirme nettement qu’il atoujours trouvé le gonocoque dans les cas aigus et récents. LEISTIKOW (2) à constamment décelé le microbe dans 200 cas d'uréthrite aiguë chez l’homme, 5 cas d’uréthrite de la femme, 3 cas chroniques et 4 cas se rapportant à des nouveau-nés. BockHART et Wozr (3) l'ont toujours trouvé
(1) Neisser, Loco citato, no 24.
(2) Leistikow, loco cilato, no 47.
(3) Wolf, in Bockhart, Zoco cilato, n° 59..
mate
dans 258 cas. LEWIN (1) l’a rarement rencontré dans les cas chroniques (! Sur 16), mais toujours aussi dans les cas aigus. WELANDER (2?) examina 129 cas de blennorrhagie aiguë chez l’homme, 15 cas chroniques également chez l'homme et 79 cas chez la femme ; dans 25 cas l’auteur de la contagion put aussi être examiné. Le gonocoque ne fit jamais défaut. STEIN- SCHNEIDER (3) est tout aussi affirmatif après l'examen de 29 cas de de gonorrhée récente. DE SinÉTy et HENNEGUY (4), opérant sur des femmes, ont rencontré le sonocoque dans presque tous les cas d’uréthrite purulente dont la sécrétion est légèrement alcaline ; le pus du col utérin et des glandes vulvovaginales, malgré leur grande alcalinité, contient aussi ce microbe. KRONIG (5), examinant les lochies de neuf femmes gonorrhéiques, trouve neuf fois le gonocoque.
Nous pourrons encore citer, comme ayant trouvé dans tous les cas aigus et récents le microorganisme incriminé, les auteurs suivants : DAMASCHINO (6), CHoOTIER(7), BARDUZ2I (8), LEGRAIN (9), KLEIN (10), FiINGER (11), OPPEINHEIMER (12), HoranD (13), Aubry (14), etc.
A cette masse imposante de l'édifice élevé au gonocoque
(1) Lewin, ën Chameron, loco cilato, no 61.
(2) Welander, Loco citato, n° 72.
(3) Steinschneider, loco citato, no 161.
(4) De Sinéty et Henneguy, loco citato, n0108.
(5) Kronig, Centralblat. f. Gyn., n° 8, p. 153, 1893, n° 349. (6) Damaschino, 2 Chotier, n° 77.
(7) Chotier, loco citato, no 77.
(8) Barduzzi, loco citato, n° 80.
(9) Legrain, loco citato, n° 181.
(10) Klein, Microbes et maladies. Paris, 1883, n° 70.
(11) Finger, loco citato, n° 149 bis.
(12) Oppenheimer, loco citato, n° 102.
(13) Horand, loco cilato, n° 180.
(14) Audry, loco citato, n° 346. |
A ee
par les savants que nous venons de citer, on a opposé des, -
observations que nous allons maintenant discuter. 4, : 4 Ne1ssER (1) lui-même, sur 143 cas datant de deux mois à
huit ans, n’a pu déceler le g'onocoque que 80 fois; mais, sur
les 63 cas sans gonocoque, 31 malades n ’avaient été examinés :
qu’une seule fois; or dans les cas chroniques, où les gono-
coques se sont faits rares, il faut généralement, malgréles
plus minutieuses recherches, des examens répétés avant de
découvrir le microbe ; en sorte que, pour les 31 cas en ques-
tion, on ne peut nier le gonocoque après un seul examen, et
on doit se rappeler, pour les 32 autres cas, cet axiome bacté-
riologique qu'un examen négatif ne prouve ni n'infirmerien. Kroxer (2), de Breslau, sur 92 cas de blennorrhagie ocu-.
laire des nouveau-nés, n'a, trouvé le gonocoque que 63. fois ;.
cela prouve que les 19 cas sans gonocoque étaient presque
sûrement des ophtalmies purulentes non blennorrhagiques,
forme clinique que l’auteur admet, du reste, dans le mêmetra-
vail. Les sécrétions vaginales des mères de 21 des enfants: /
porteurs du gonocoque, contenaient le même microbe. Zeisse (3), dans 120 cas d’uréthrite blennorrhagique,
bien constamment trouvé Pagent microbien, mais il ne croit
croit pas à sa spécificité. OBERLANDER et WENDT partagent
cette opinion. Nous espérons lavoir réfutée, quand nous au-
rons prouvé que le RORoeouRs ne se trouve HS dans les cas
de blennorrhagie. | ; Fournier (4), disciple de Ricord, ne nie pas que le gono=
coque cause la blennorrhagie; il prétend seulement qu'il n'est
pas indispensable. Mais c’est tout simplement, sous un autre
nom, admettre la pluralité des uréthrites que de distinguer
(1) Neisser, Wiener med. Blätier, 1885, n° 3, n°. 116. a Se MIMEE (2) Kroner, loco citato, n° 92. % ue (3) Zeissl, loco citalo, 168. FA (4) Fournier, Article BLENNORRHAGIE, in Dictionnaire de Jaccoud, n° 17. ù
des blennorrhagies à gonocoque et des blennorrhagies sans gonocoque. La discussion devient alors une affaire de mots, — Fournier faisant blennorrhagie synonyme d’uréthrite, — et l’on verra ailleurs qu’à ce compte j'accepte la formule de Ricord pour attraper la chaudepisse, si l’on généralise ce mot et qu'on l’applique, non plus spécialement à l'uréthrite gonococcienne, mais à toute uréthrite.
Éraup (1) trouve toujours le gonocoque, mais lui non plus ne croit pas à la spécificité. Il pense, en se basant sur des recherches faites sur l'urèthre normal, que c’est un vulgaire saprophyte uréthral qui, dans certaines circonstances, devient pathogène et produit l’orchite et l’uréthrite. Mais ne n’est pas ici la question, puisque Eraud reconnait le gonocoque comme agent de la blennorrhagie. Quant à savoir si le gonocoque existe normalement dans l'organisme ou s’il vient du dehors, ce sera discuté ailleurs. |
GIOVANNINI (2) a isolé du pus blennorrhagique 5 microbes, dont ? se trouvent dans l’urèthre normal, dont aucun n'est pyogène, qui se différencient par leurs formes et leurs cultures, n’amênent jamais la fermentation ammoniacale de urine, et, inoculés à l’urèthre de l’homme, ne déterminent pas d'écoulement. Les cultures ne lui ayant donné, pas même sur sérum de sang humain, un microbe ayant les propriétés pathogènes du gonocoque, il en conclut que celui-ci, ou bien n’est pas cultivable, ou bien perd rapidement ses propriétés pathogènes. Nous savons que cette dernière idée est en partie exacte, et que notre microbe, s’il peut donner des cultures, est du moins difficile à cultiver; il nous semble donc que Giovannini à dû soigner dans ses étuves, de vulgaires saprophytes uréthraux, qui auraient probablement empêché le développement du vrai gonocoque.
(1) Éraud, Loco citato, n° 1817.
(2) Giovannini, Giorn. ital. della mal. vener., 1886, fasc. v, n° 134.