‹ Le GonocoqueChapitre 16 sur 54 · IT. — INOCULATIONS · texte numérisé non relu

IT. — INOCULATIONS

Ce qui fait la difficulté de cette étude, c’est que la voie. expérimentale nous est à peu près fermée. Nous verrons plus loin que les inoculations sur les animaux donnent des résultats ou négatifs (Rebatel), ou peu nets (Horand et Peuch). D'autre part, chez l'homme, on ne peut, de propos délibéré, aller donner la chaudepisse aux malades dans le but de faire des expériences in anima vili: la passion la plus pure, celle de la science, ne saurait nous autoriser à doter, de gaieté de cœur, nos malades d'un passé génital. Bockhart a opéré sur un individu condamné; d’autres, comme Constantin Paul, ont expérimenté en faisant concourir les inoculations à un but thérapeutique ; mais aujourd’hui ces sortes d’inoculations sont délaissées, et, pour la conjonctive notamment, on leur préfère le jéquirity; reste donc le groupe des sujets qui ont servi aux autres observateurs : on pourra expérimenter sur les sujets bénévoles, malades bienveillants ou Jeunes savants

(1) Gosselin, in Fournier, loco citato, n° 1'7.

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déterminés, et encore, de ce petit groupe de courageux, devrat-on en éliminer tous les urèthres douteux, et alors, on se verra réduit à fort peu de chose, parfois à sa propre personnalité.…, pourvu toutefois qu’on pousse jusqu’à cet héroïsme l'amour de la science et qu’on possède un passé uréthral, sinon sans tache, du moins indiscutablement blanchi.

Autre cause de difficulté : la durée, la ténacité, l'intensité symptomatique d’un écoulement, permettent généralement au clinicien de diagnostiquer la blennorrhagie des états uréthraux traumatiques ou autres, à écoulement faible, et tari en quelques jours, spontanément où par quelques soins d’antisepsie. Ici, nous allons voir que les inoculations réussies donnent, dans presque tous les cas, des écoulements séchés en quelques jours, sans intervention thérapeutique, en sorte que la symptomatologie des écoulements causés par l'injection du gonocoque sera identique à celle qui suit les injections de liquides (pus ou culture) important des bactéries pyogènes vulgaires. Nous devons considérer ce fait comme une diffculté de plus, mais non comme une négation de la nature gonococcienne du produit injecté, car c'est un fait particulier d’atténuation des virus; or la loi d'atténuation des virus, appliquée pratiquement à la vaccination antirabique, présente journellement des faits analogues, et, dans les laboratoires, lorsqu'une culture est trop ancienne, on est obligé de la rafraichir en faisant passer le microbe sur un terrain propice; pour le rajeunir et lui rendre sa virulence, on l’inocule à un animal qui fournira les matériaux des cultures nouvelles.

Ayant envisagé les difficultés du sujet, voyons maintenant les résultats obtenus par les auteurs dans les essais d’inocutions, soit de pus gonococcien, soit de cultures pures du gonococcus .

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4, Inoculations de pus blennorrhagique

Les inoculations de pus blennorrhagique n’ont pas toujours réussi à communiquer la blennorrhagie à l’homme. Bou- CHARD, dans un cas de pannus, n’a pu l’inoculer dans l'œil. DE PEZzzER (1) et STERNBERG (2?) n’ont pas été plus heureux.

ZæissL (3), au contraire, a réussi ses inoculations, et la plupart des auteurs qui les ont tentées sont arrivés à des résultats probants, mais sans intérêt ; aussi n’en parlerais-je pas.

Je veux surtout insister sur les belles expériences D’É- DOUARD WELANDER (4), de Copenhague, car à elles seules elles donnent, de la façon la plus scientifique, la solution affirmative de la question: dans cinq cas, il a inoculé sans résultat, dans l’urèthre, le pus de balanites fétides à petits éléments bacilliformes; mêmes résultats négatifs dans plusieurs inoculations avec des sécrétions vaginales chargées d’une multitude de formes microbiennes diverses ; il a encore inoculé dans l’urèthre de trois hommes la sécrétion vaginale d'une vierge de quatorze ans contenant des cellules épithéliales et des microbes sphériques et bacilliformes : pas de résultat; rien non plus, en inoculant à l’urèthre de trois hommes un écoulement vaginal, fétide et purulent, contenant une grande quantité de microbes bacilliformes à mouvements très vifs; enfin il n’a rien obtenu sur trois hommes par inoculation uréthrale de la sécrétion vaginale non gonococcienne de femmes dont la sécrétion uréthrale contenaitdes gonocoques ;

(1) De Pezzer, loco citato, n° 113.

(2) Sternberg, loco citato, n° 64.

(3) Zeiïssl, loco citato, n° 168.

(4) Welander, loco citato, n° "72.

PR | NE à ces mêmes trois individus il inocula alors le pus uréthral gonococcien de ces trois femmes, et il obtint chez eux une blennorrhagie qui apparut du deuxième au troisième jour, avec gonocoques en amas, et qui évolua chez tous les trois de la même façon, bien qu'une des femmes eût ses règles au moment de l’inoculation.

Après cette lumineuse démonstration, j'espère que personne ne fera difficulté pour admettre qu'aucune sécrétion génitourinaire de la femme ne peut donner la blennorrhagie si elle a en contient pas l'agent microbien.

2° Inoculations de cultures pures du gonocoque

Tous les auteurs n’ont pu arriver à transmettre la blennorrhagie par imoculations de cultures- pures du gonocoque. G10VANNINI (1) n'a pu y parvenir en essayant successivement linoculation des trois microorganismes qu'il avait extraits de la sécrétion uréthrale d'hommes blennorrhagiques; mais nous avons vu que ce n'est probablement pas le gonocoque qu’il a cultivé. STERNBERG (2) chez l’homme et les animaux, Leisrikow (3), KREISE (4), ont également échoué.

Mais dans ces dernières années de nombreux auteurs ont obtenu des résultats positifs dont le nombre augmente chaque jour. Ainsi GEBHARD (5),en suivant la technique de Wertheim. Mais je glisse sur ces cas peu détaillés et laisse passer les observations qui ne relatent que des résultats d’inoculation bénins cet passagers, pour appuyer sur les faits célèbres et pour ainsi dire historiques et ne retenir que les expériences

(1) Giovannini, Vierteljahr. f. Dermat., 1887, 1 et 11, n° 149. (2) Sternberg, loco citato, n° 64.

(3) Leistikow, loco citato, n° 47.

(4) Kreiïse, loco citato, n° 107.

(5) Gebhard, Berlin. klin. Woch., mars 1892, p. 237, n° 317.

RAS ui où une belle et caractéristique chaudepisse à permis d’établir nettement la spécificité du gonococeus.

Dès 1880, Bokaï (1), plus heureux que FINKELSTEIN, inoculait le gonocoque cultivé d’après le procédé de FEHLEISEN : il mit en observation six étudiants de bonne volonté, et après s'être assuré que, non seulement ils n'étaient porteurs d’aucune blennorrhagie mais encore qu’ils n'avaient pu se mettre dans le cas d’en contracter une, il inocula à trois d’entre eux une culture pure de gonocoque, et aux trois autres une culture additionnée d’un antiseptique : il vit se développer une blennorrhagie typique chez les trois premiers et rien chez les trois autres. Malheureusement cette expérience perd une partie de sa valeur par ce fait que WELANDER(?) n'a pu cultiver le gonocoque par le procédé de Fehleisen. Boxaï à plus tard réussi à deux reprises de nouvelles inoculations : mais les accidents provoqués ont été bénins et fugitifs.

ConsraANTIN PAUL (3) avait recueilli sur une jeune fille de seize ans du pus génital avec des microbes qu’il estima être des gonocoques, mais vu sa description on ne saurait laffirmer, il en fit une inoculation uréthrale à une fille ni vierge, ni vénérienne, ayant des céphalées, des vomissements et, une paralysie de la vessie, le tout de nature hystérique, espérant : guérir le dernier symptôme. Il fit son inoculation avec une 9 culture au cinquième jour. Le sixième jour apparut une uréthrite avec rougeur et cuisson du méat, avec bientôt appa- : rition d’un écoulement sérofibrineux empesant fortement le linge, qui disparut après vingt-quatre heures, à cause, pense l'auteur, de la petite quantité de matière inoculée {1 goutte). Cette observation n’est pas probante, tant à cause de la légè-

(1) Bokaï, Allg. med. Centralzeitung, 1880, n° 74, n° 26. (2) Welander, loco citato, n° 72.

(3) Constantin Paul, Le Praticien, 1884, n° 82.

PEN UREr reté de l'écoulement que du doute qui subsiste sur la nature du microbe injecté.

Tout le monde sait le bruit que fit le cas de BockHanr (1): je Pai plus haut rapporté en détail. On a voulu le nier en se basant sur deux arguments: d'abord parce que les antécédents du malade n'avaient pas été élucidés (l'observation notant seulement que le malade n'avait jamais été sondé), et ensuite à cause des abcès du rein, ceci n'étant pas dans les allures du gonocoque, qui n’est pas pyogène ou du moins qui ne l’est que dans son terrain: l’urèthre. A la première objection, on peut répondre que le malade n’avait pas de blennor- rhagie au moment de l’expérience, ce qui est l'important ; à la seconde on peut opposer l’opinion des auteurs qui admettent que le gonocoque est franchement pyogène. Mais j'aime mieux penser que, chez le malade de Bockhart, le gonocoque, cause de l’écouiement uréthral, était innocent de la purulence rénale, et que c'était un staphylocoque ou tout autre saprophyte qui était coupable des abcès, ceci s’accordant avec la théorie admise plus loin pour létiologie des complications de la blennorrhagie. |

WERTHEIM (2), inoculant &inq fois, sur des urèthres sains de paralytiques, des cultures obtenues sur sérum sanguin humain solidifié, a:obtenu dans ces cinq cas des blennorrhagies uréthrales typiques, durant de quatre à cinq semaines, et dont le pus contenait des gonocoques en amas.

Bumm, qui avait d’abord contesté les recherches de Wertheim, est revenu de cette idée et les admet aujourd’hui pleinement (3); lui aussi a réussi à donner une blennorrhagie caractéristique en inoculant dans l’urèthre d’une femme une culture de gonocoque à sa vingtième génération.

(1) Bockhard, Vüerteljahr. f. Derm. und Syph., 1883, p. 1, n° 59. (2) Wertheim, Loco citato, n° 269 et 273.

(3) Bumm, in Gebhard, n° 317 et 276.

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