I. — LA BLENNORRHAGIE MALADIE GÉNÉRALE
JULLEN, Raouz MESNET, voyaient däns la blennorrhagie une maladie générale. Dans sa thèse inaugurale fort documentée, SoupLer accumule les observations de blennorrhagie des divers organes et systèmes. Devons-nous accepter cette manière de voir ? Cela dépend du point de vue auquel on se place ?
Si l’on veut voir là une infection gonococcienne généralisée : non! Que l’on ait trouvé le gonocoque partout, dans l’urèthre, les séreuses, les synoviales, la bouche, l'anus, la peau, cela ne nous paraît nullement prouvé et nous ne pouvons souscrire à pareille prétention.
Si l’on se contente, au contraire, d'admettre un microbe envahissant une région du corps, et celui-ci, affaibli par sa lutte contre la lésion des infiniment petits, cédant sur d’autres points, et envahi à la faveur de cet affaiblissement par d'autres microorganismes ; oh ! alors, nous voulons bien appe-
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ler blennorrhagie, le syndrome constitué d’une part par l’affection uréthrale gonococcienne et quelques autres affections gonococciennes, d'autre part par les symptômes extra-uréthraux non gonococciens ; mais, somme toute, l’uréthrite reste l'élément important etconstant de la maladie, toutes les autres manifestations ne sont que des complications.
Pour nous résumer, nous voulons bien voir dans la blennorrhâgie une maladie générale, c’est-à-dire pouvant par ses complications envahir plus ou moins la généralité de l'organisme ; nous nous refusons à accorder au gonocoque le pouvoir d’infecter à lui seul l'organisme. Nous acceptons le blennorrhagie maladie générale, nous rejetons la blennorrhagie maladie infectieuse.
Voici l'hypothèse que nous admettons : Le gonocoque peut être déposé sur une muqueuse (œil — col utérin — urèthre) sur laquelle il se développe. Dans sa lutte contre ce microbe, l'organisme est affaibli, et par la perte qu'il fait en leucocytes, et par un véritable empoisonnement dû aux toxines gonococciennes ; dans cet état, comme tout organisme débilité, il est -dans une infériorité de résistance indiscutable envers tout agent infectieux. D'autre part, la muqueuse uréthrale dépouillée en partie de son épithélium présente une véritable plaie, plaie interne que l’on ne peut atteindre et aseptiser, véritable porte d'entrée, quoique porte secrète, de n'importe quelle infection. Dans ces circonstances, les microbes vulgaires pour qui lépithélium de l’urèthre était une barrière infranchissable, trouvant cet obstacle renversé par le gonocoque, pénètrent facilement dans le tissu sous-épithélial, où, absorbés par Îles lymphatiques, ils sont transportés par cette voie en des régions variables où ils se localisent et donnent lieu aux complications de la blennorrhagie.
Quant au gonocoque lui-même, il n'ira que là où il peut
PART ES aller directement, — j'allais dire au grand jour, — du moins en surface. C'est ainsi que du colil pourra gagner. l'utérus, les trompes, le péritoine ; de l'urèthre, la vessie, les uretères, le rein, et nous discuterons plus loin ces localisations. Mais jamais il n'ira, véhiculé par le sang ou la lymphe, porté par. les hématies ou les leucocytes, voyager au loin et faire des complications à distance.
Les auteurs n’ont pas tous envisagé les choses de la même façon que nous. Lés unicistes ont vu des gonocoques partout. Nas Re
Guyon, à la tête des partisans de l'infection secondaire, théorie émise par GERHEIM en 1888, admet que les complications sont dues non pas au gonocoque « mais semblent relever d'infections secondaires. » Selon l’heureuse expression de SOUPLET, cette théorie, défendue aussi par LEGRAIN et PA- TRIS DE BROE, « abat le tyran et nomme le Conseil des Dix. »
La théorie de l'infection mixte, édifiée par Jovrs, admet une substitution microbienne : le mal, d'abord gonococcien, deviendrait bientôt saprophytique ; il expliquerait ainsi les arthrites qui deviennent purulentes quand le staphylocoque se substitue au gonocoque.
Pour nous, rejetant la thèse des unicistes, nous faisons une véritable théorie éclectique admettant et l'infection secondaire et la substitution microbienne. Parmi les complications; à côté de celles qui sont dues à des bactéries banales nous en distinguons que l'on doit attribuer au vrai gonocoque; et cette nouvelle façon de voir est basée sur les études patientes de Ho- RAND, BumM, WErTHEiM, ERAUD, etc. Nous récusons, en ce qu’elle est généralisée, la pensée de Jouis, mais nous ne faisons aucune difficulté pour admettre que, dans certains cas chroniques, le gonocoque a disparu de l’écoulément uréthral
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et qu'on n’y trouve que des saprophytes qui se sont subslitués à lui.
Nous allons maintenant tâcher de prouver les propositions que nous venons d’énoncer, d'abord par l’analyse des faits cliniques et bactériologiques, puis par des considérations d’ordres divers ; nous terminerons en posant nos conclusions.
1° Analyse des faits A. — FAITS CLINIQUES
Les cliniciens admettent les manifestations de la blennorrhagie sur l’appareil circulatoire. Mais ici nous devons éliminer toutes les observations dans lesquelles la blennorrhagie était aussi accompagnée d’arthrite spécifique, car on pourrait objecter que cette arthrite était rhumatismale et non blennorr.agique, et que les manifestations cardio-vasculaires étaient sous l'influence du rhumatisme et non de la blennorrhagie.
Sous le bénéfice de ces observations nous pouvons admettre comme cas de péricardite ceux de GLuzixski(1}, celui de LEHMaAN publié par BRANDÈS (2) et celui de Soupzer (3) sans cystite, ni rhumatisme, ni albuminurie, ni antécédents.
Comme endocardile, nous avons les observations de LEy- DEN, His, Morerz, Mac Donnez, Henvieux, DEsnos (4).
Comme phlébite, toujours sous le bénéfice des mêmes observations, puisqu'on a décrit des phébites rhumatismales (5), nous retiendrons les cas de FouicLouse, Morer et Vioarr, de Hamowic, de Marrer, de Le Roy, et les trois de notre maitre M. le professeur TÉDENAT (6).
(1) Gluzinski, Arch. f. Dermat. u. Syph., 1889, p. 864, n° 234, et Brit. med. Journal, 1889, p. 1084, n° 235.
(2) Brandès, Archiv. génér. de méd., 1854, n° 7.
(3) Souplet, loco citato, n° 347.
(4) Toutes ces observations in Souplet, loco citato, n° 347.
(5) Schmitt, Th. Paris, 1884, no 125 de l’aunée 1883-1884, n° 99.
(6) in Stratigopoulous, loco citato, n° 202.
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Boucxarp écrivait en 1881: « Il semble qu'il n’y ait guère de maladies infectieuses sans déterminations sur le rein. » Comment se fait cette détermination ?
Rayer, Vipaz DE Cassis, BERTHERAND, MERCIER (1867), Jugio'r (1869), admettent une infection ascendante par propagation. Pour BEDFORT-BROWN, la néphrite blennorrhagique succède toujours à une uretérite de même nature.
Au contraire, DEROYE (1874), LENEVEU (1878), LUXCEY (1879), Zeisss, NEUMANN, paraissent incliner pour une infection générale.
Soupzert et BALZER pensent qu’il y a tantôt une néphritenon gonococcienne à symptômes généraux, due à une action probable des toxines, et tantôt une néphrite par propagation gonococcienne où due à l'infection secondaire.
Pour le diagnostiquer, on songera aux néphrites baisamiques et on se rappellera qu’il y a des albuminuries passagères sans néphrite.
Les travaux de Srancev.(l), Le Roy »'ÉrnoLrEs Ch GuLL (3), BRowN-SÉQuARD en 1864(4), VüLPIAN (5), de 1879 à 1886, Hayem et PARMENT1IER (6) en 1888, Durour (7) en 1889, RaynaüpD (8) en 1891, LEYDEN (9) en 1892, et Ounin (10), de la même année, ont établi cliniquement l'existence des manifestations méningo-médullaires de la blennorrhagie.
(1) Stanley, Med. chir. trans., 1833, p. 260, n° 1.
(2) Le Roy d'Étiolles, Des paralysies des membres inférieurs. Paris, 1856, n° 8. (3) Gull, Medic. chir, trans., 1856, n° 9.
(4) Brown-Séquard, Leçons sur le diag., ete. Paris, 1864, n° 12.
(5) Vulpian, Mal. du syst. nerveux, 25° lecon. Paris, 1879 et 1866, n° 22. (6) Hayem et Parmentier, Revue de médecine, 1888, n° 210.
(7) Dufour, Th. Paris, 1889, no 7, de 1889-1890, n° 287.
(8) Raynaud, Revue de méd., 1892, n° 339.
(9) Leyden, Sem. méd., 1892, p. 81, n° 840.
(10) Oudin, Ann. de derm. et de syph., 1892, p. 856, n° 342.
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Ce sont en général des myélites non systématisées mais diffuses, pouvant être aiguës ou subaiguës, partielles ou gé néralisées.
Pour éviter toute objection, nous ne citons ici que des cas sans ombre de manifestation articulaire, c’est-à-dire ceux de SrEFANINI (1), de PoLozorr (2), TRrAPEzNIKOv (3), de STIENON (4), de Rocer (5).
Nous pouvons encore ajouter les cas de VULPIAN (6), de CHarcor (7), de SPILLMANN et HAUSHALTER, deux cas (8), de ReNpu (9), de Raynaup, deux cas (10), de Raymonn (11), de DÉJERINE (12).
Le rhumatisme blennorrhagique, si bien décrit par Four- NIER (13) en 1869, est trop connu pour que j'y insiste ici. Je me contente de signaler les localisations rares sur le larynx (Li- BERMANN, 1873 (14) et sur la chaîne des osselets de l'oreille (Fournier, Hermet (15).
Même observation pour l'ophtalmie blennorrhagique.
Pour être complet dans cette question que je condense, je dois encore citer les localisations plus obscures, signalées plu-
(1) Stefanimi, Giornale ital. della mal. venere e delle pelle, 1881, no 41. (2) Polozoff, Roussky medyc., 1891, no 17, p. 264, n° 298.
(3) Trapeznikov, Wratch, 1891, p. 22, no 299.
(4) Stiénon, Journ. de méd. de Bruxelles, 1892, p. 145, no 348.
(5) Rochet, Congrès français de chirurgie, 1891, p. 529, no 800.
(6) Vulpian, loco citato, n° 22.
(7) Charcot, Polyclinique du mardi, 1888, p. 505, n° 214.
(8) Spillmann et Haushalter, Revue de médecine, 1891, p. 651, n° 301. (9) Rendu, Guz. des hôpitaux, 1889, n° 97, n° 238.
(10) Raynaud, Gaz. méd. de Paris, 1891, p. 1, n° 302.
(11) Raymond, Gaz. des hôpitaux, 1891, p. 557, n° 308.
(12) Déjerine, Compte rendu de la Soc. de biol., 27 juin 1891, p. 508, n° 296. (13) Fournier, loco citato, n° 117.
(14) Libermann, ## Souplet, loco citato, n° 347.
(15) Hermet, Union médicale, 1884, p. 1059, n° 100.
tôt que prouvées, de la blennorrhagie. « Pour ma part, disait FérÉoL (1), loin de craindre qu’il y ait à diminuer le nombre des accidents ‘secondaires de la blennorrhagie, je les vois augmenter tous les jours, et je ne serais nullement surpris d'y voir admettre officiellement avant peu, à côté de lésions contestées aujourd’hui, d’autres manifestations dont il n’est pas encore question. » Examinons donc rapidement ces accidents qui sont reconnus officieusement, sinon officiellement.
Fournier, Mauriac (1890), Raynaup (1891), OZENNE (1892), ont décrit des périostites et périostoses.
Pour les séreuses, nous connaissons bien maintenant la blennorrhagie des gaines tendineuses. DucrEeYx (2), de Naples, a décrit une pleurésie bleñnnorrhagique.
Dans ces derniers temps, on s'est beaucoup occupé des manifestations cutanées. Leur possibilité était admise par CazeNAvE, HÉLO'T (1844 (3), FÉREOL, Pipoux. Depuis, nous avons les observations de K£LiPPEr (4), TENN:SON, MÉNARD, VoiTurIER, BRocoQ, SouPLer, LEWIN, FINGER (trois cas), BESNIER, MArBiEu, LaLrIER (deux cas), Ricanr, RayNauD (trois cas).
En parcourant l’énumération de ces diverses manifestations on ne peut s'empêcher de songer à ce que dit FouRrNIER (5): « Certains accidents se développent, chose sigulière, sur des organes qu'aucune relation anatomique, qu'aucune dépendance fonctionnelle ne relie à l’urèthre. On les prendrait volontiers pour les manifestations d’un état général, d’une infection conslitutionnelle, d’une diathèse. »
(1) Féréol, Union médicale, 1867, p. 341, n° 18.
(2) Ducrey, Ann. de derm. et de syph., 1890, p. 66, n° 263.
(3) Hélot, Th. de Paris, 1844, n° 5.
(4) Klippel, Annales médico-chirurgicales, 1890, p. 85, n° 120. ©? (5) Fournier, loco citato, n° 1'7.
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