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IV. — VALEUR DU GONOCOQUE EN MÉDECINE LÉGALE

Nous avons vu, dans la première partie de ce travail, que l'on devait admettre le gonocoque comme cause de la blennorrhagie ; nous venons de démontrer dans les pages précédentes que, lorsqu'on trouvait le gonocoque, il n'était pas toujours importé par un coït infectant.

Nous admettons donc qu’en médecine légale, gonocoque ne veut pas dire acte vénérien, et le premier devoir du médecin légiste, dans un cas présumé de viol avec transmission de

blennorrhagie, sera d'examiner si l'infection suppose néces- Sairement un viol, et il devra faire une étude approfondie de l’état sanitaire de la famille au point de vué blennorrhagique ; ensuite, si son enquête est négative, il la poursuivra dans le même but et si c’est possible, chez les relations ordipaires de la famille et les amies habituelles de la jeune fille, à son école, à son atelier ; en un mot, onn'en arrivera à l'idée de viol que quand aucune autre hypothèse ne sera possible. Je dis viol, mais j emploie un mot qui rend mal ma pénsée. Quand une vierge atteinte d’un écoulement à gonocoque présente aussi de forts délabrements de ses organes sexuels, c’est-à-dire les signes d’une effraction violente, le cas est fort simple. Mais il en est autrement, et c'est de ces cas que je veux parler, lorsqu'une jeune filleayant des pertes gonococciennes ne porte aucune blessure sur ses parties génitales, ce qui donne à penser qu'il n'y à pas eu intromission, mais simple attouchement pénien ; c'est dans ces cas qu'on devra recher- : cher patiemment toutes les causes connues d'infection gonococcienne, car il n y a pas plus de preuves en faveur d’une souillure par voie génitale que d’une contamination par voie indirecte.

Horanp (t)a dit : « Si l'enfant à une blennorrhagie, l’accusé doit être atteint également d’un écoulement blennorrhagique. S'agit-il d’une vaginite simple, tout en recherchant le coupable, on devra songer au chantage. » Dans le fond, c’est bien aussi notre pensée, mais nous trouvons que la forme à une allure raide et dogmatique qui donne à l’idée ce quelque chose dé catégorique et d’absolu qu'on doit généralement bannir des questions médico-légales.

Mais prenons l'hypothèse d’un cas où, avec des gonocoques vrais, rien ne puisse expliquer leur présence qu'un viol.

(1) Horand, loco citato, n° 208.

Quelle confiance devons-nous accorder à un examen fait sur du pus, et quelle confiance accorder à un examen fait sur des linges tachés ?

Oh ! je réponds tout de suite à ce dernier point : dans l’état actuel de la science, on ne peut accorder aucune valeur aux recherches faites sur des taches suspectes et j’ai- déjà donné mes raisons. Je me laisserais fléchir si, dans une expertise sur des linges tachés pas trop anciens, c'est-à-dire tant que les leucocytes ne sont pas détruits, la Culture faite avait les caractères reconnus, à celle du gonocoque et si elle donnait des bactéries ayant les caractères de celui-ci comme nous les avons compris; encore faudrait-il que le rapport fût signé d’un nom donnant des garanties.

Dans les cas d'examens faits sur du pus, je ne serais pas moins exigeant et il me faudrait la double série de caractères donnés par les cultures et l’éxamen microscopique.

Certains auteurs se sont contentés de caractères morpho-

logiques. AuBERT (1) écrit: « Je ne considère comme caractéristique que le siège intracellulaire dans le protoplasma des globules de pus, entre les noyaux. » Nous avons vu que ce caractère est loin d’être absolu ; je veux bien qu’en clinique il ne donne qu'une proportion d'erreur peut-être acceptable, mais n'en causa-t-il qu'une ce serait encore trop en médecine légale. KRATTER (2?) n’a admis que les caractères morphologiques ; même réfutation. 7

Au point de vue du siège, on ne peut admettre que deux groupes de blennorrhagie: oculaire et génito-urinaire (uréthrale et utérine). Nous rejetons en médecine légale.et jusqu’à plus ample informé, les blennorrhagies des articulations, du

(1) Aubert, loco citato, n° 184.

(2) Kratter, loco citato, n° 249.

. Re tre

péritome, du sang, de la bouche, de l’anus. C’est donc au pus de lurèthre, de Putérus, ou de l'œil que l’on devra se borner pour rechercher le gonocoque.

Nous n'admettrons comme gonocoqueque les diplocoques dé- : colorables par le Gram, liquéfiantla gélatine, donnant sur gélose dés cultures blanches ou grisâtres,ne pouvant généralement s’isoler que sur plaque à laide du mélange de Wertheim et formant sur pomme de terre de pétites colonies arrondies rappelant des gouttelettes de pus.

La médecine légale dépendant des autres sciences, le mouvement scientifique agrandit tous les jours son domaine. Aussi les conclusions que nous prenons ici sont-elles actuelles, risquant d’être changées demain par les-progrès rapides de la bactériologie.

Nos déductions, surtout au point de vue médico-légal, seront trouvées peut-être timides, du moins nous espérons qu’on ne les contestera pas.

Pour arriver à des résultats précis comme nous les demandons pour une expertise, la bactériologie devra perfectionner ses moyens de technique, préciser surtout la fabrication de ses colorants et la composition de ses milieux de culture, car c’est évidemment dans l'extrême variabilité des méthodes employées qu’il faut chercher l'explication de la divergence des résultats.

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