‹ Le GonocoqueChapitre 8 sur 54 · I. — PÉRIODE PRÉGONOCOCCIENNE (Avant · texte numérisé non relu

I. — PÉRIODE PRÉGONOCOCCIENNE (Avant

DonxNÉ, dans ses ouvrages de micrographie, a décrit le trichomonas vaginalis, mais n’a pas voulu par là l'accuser d’être

ARMES la cause de la blennorrhagie ; bien au contraire, il est très affirmatif quant à la non-spécificité du pus blennorrhagique : . « Les globules du pus (blennorrhagique), dit-il en 1837, dans son premier ouvrage (1), nagent dans un liquide qui ne contient pas d’autres particules appréciables au microscope », etil ajoute qu'il n'y a jamais rencontré d’animalcules d'aucune sorte, Sept ans plus tard, il répète dans son second ouvrage (2) « que le pus de la blennorrhagie uréthrale ou vaginale ne diffère en rien au microscope du pus d’un phleemon ordinaire. » Nous ne saurions donc admettre lopinion des auteurs qui citent Donné comme ayant le premier signalé le gonocoque.

JOUSSEAUME (3) décrit une algue spéciale à la blennorrhagie, algue filamenteuse à organes reproducteurs sphériques, ovoides ou irréguliers ; ce parasite, nommé par lui Genitalia, il l'aurait rencontré dans toutes les blennorrhagies. Legrain a prétendu dans sa thèse que Jousseaume avait réellement vu les gonocoques, mais qu'il n’avait pas Su interpréter les figures qu’il avait décrites; malgré l'explication ingénieuse qu'il donne à l'appui de son dire, je crois l'interprétation du médecin nancéen un peu forcée. On doit pourtant reconnaître que la figure 1 de la planche I de la thèse de Jousseaume pré: sente des granulations qui peuvent bien figurer des microcoques.

SALISBURY (4), reprenant en 1873 ses recherches de 1850, trouve des éléments bacillaires, mais surtout « des spores très ténues et bien délimitées qu'on trouve par 2? ou 4 pendant

(1) Donné, Recherches microscopiques sur la nature des mucus et la matière des divers écoulements des organes génilo-urinaires. Paris, 1837, p. 3, n°2:

(2) Donné, Cours de microscopie. Paris, 1844, n° 4.

(3) Jousseaume, Des végélaux parasites de l’'homme(Thèse de Paris, n° 130, 1862, p. 62), n° 10.

(4) Salisbury, De la présence d'une végétation algoïide dans la gonorrhée (Gaselte médicale de Lyon, 1873), n° 15.

ATAG IS lee

le travail de segmentation double. Elles naissent et se déve-

loppent rapidement dans et sur les cellules mères de la mu-

queuse affectée. » Et il figure un globule de pus envahi par les spores. Voilà, ce me semble, indiquées très nettement, la forme

en diplococcus et la situation en amas dans et sur les cellules ; au lieu de spores, disons g'onocoques, changeons les mots: les faits sont exacts. Salisbury a donc vu le gonocoque d’une façon bien plus certaine que Jousseaume ; mais le médecin de Lyon avait été devancé par un savant allemand.

Hazrter (1), d'Iena, avait déjà trouvé l’année précédente

- dans la blennorrhagie « une grande quantité de coccus, en

partie libres, en partie contenus dans l'intérieur des globules dans lesquelles ils forment des vacuoles et dont ils produisent la destruction. Des corpuscules exactement semblables se trouvent dans le sang des personnes atteintes de rhumatisme blennorrhagique ; on les ÿ rencontre dans les globules rouges. » Une figure représente des leucocytes remplis de microcoques.

Voici donc deux précurseurs indiscutables de Neisser. Le professeur (l’Iena affirme très nettement le siège intracellulaire des microcoques qu'il a vus ; le docteur de Lyon confirme cetle situation, la généralise, et décrit de plus la forme en diplococcus.

Mais Hallier et Salisbury sont oubliés aujourd’hui. Parce que leurs travaux n'ont pas eu de retentissement, parce que les questions qu'ils avaient étudiées ont sommeillé pendant six années, personne ne songe à leur rendre justice. On leur accorde dans les historiques une citation banale et bienveillante, et c'est tout, on reporte toute la gloire sur Neisser. Certes, ce dernier a le mérite indiscutable

(1) Hallier, Zeistchrifl fur Parasitenkunde, t. 1, p. 179, n° 14.

d’avoir, lui aussi, très bien vu le gonocoque, surtout d’avoir appris à le mettre en évidence par des procédés de coloration; c'est certainement lui qui en à été le vulgarisateur et qui à donné l'essor à cette phalanse de chercheurs qui, depuis ses travaux, creusent la question; c’est bien lui qui a donné au gonocoque la place et l'importance qu’on lui reconnaît aujourd’hui, et a fixé sa valeur étiologique.

[l n'en est pas moins vrai que Hallier et Salisbury ont vu les premiers le gonocoque d'une façon qui me parait évidente.

Après l’article de ce dernier, six ans s’écoulent sans qu’on écrive un seul travail sur la question.

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