II. — PÉRIODE GONOCOCCIENNE
La période gonococcienne commence avec un travail de NEISsER (1), alors assistant à la clinique dermatologique de Breslau, qui trouve constamment dans la blennorrhagie génitale ou oculaire un microbe auquel il donne le droit de cité et le nom de gonococcus: il le décrit comme un diplocoque en huit de chiffre, les deux portions du diplocoque étant entourées par une sorte (d’auréole incolore. Pour technique, il emploie la coloration au dahlia ou au violet de méthyle, après dessiccation de deux heures à l’air, puis lavage et nouvelle dessiccation, enfin montage dans le baume. Pour lui, les microbes siègent surtout à la surface des cellules de pus, rarement à la surface des cellules épithéliales et parfois dans l'intérieur des globules purulents. D'autre part, on ne les trouve ni dans le bubon, ni dans la leucorrhée vulgaire, ni dans la conjonctivite non blennorrhagique.
(1) Neisser, Centralbl. f. d. med. Wiss., juillet 1879, n° 24.
SES vie
L'année suivante, Bokaï et FiNKELSTEIN (1), WATSON CHEYXNE (2), HaaB (3), confirment ces découvertes. Ce dernier se range à l'avis des deux prémiers auteurs, qui décrivent les gonocoques dans et non pas sur les leucocytes. Boxaï (4), le premier, aurait cultivé le wonocoque; mais les auteurs français réclament la priorité pour BoucHaro et Capiran, qui, dès 1879, auraient obtenu des cultures (5).
Rien de bien neuf pendant l’année 1881. Weiss (6) fait ses recherches sur les sécrétions vaginales. En colorant au violet de méthyle, il trouve des microbes de 1 u 3 à 1 u 8 entourés d’une auréole claire et lumineuse. Aurrecur (7), Haas (8), Boxaï (9), confirment le travail de Neisser. Krause (10) et CRÉDÉ trouvent le gonocoque dans toutes les ophtalmies purulentes des nouveau-nés et affirment que cette - affection est toujours due à la contagion par la mère au moment de l’accouchement.
En 1882, Neisser (11) confirme et complète son premier mémoire. [Il à toujours trouvé le sonocoque dans les uréthrites, les ophtalmies, et, de plus, dans les écoulements génitaux de la femme; il siécerait à la périphérie des leucocytes et dans leur noyau.
(1) Bokaï et Finkelstein, Prag. med. chi. Presse, mai 1880, n° 27. (2) Watson Cheyne, The british med. Journ., 1880, n° 29. (3) Haab, Correspondenz Blait. f. Schocizer Arste, février 1880, n° 30.
(4) Bokaï, AUg. med. Centralzeilung, 1880, n° 26.
(5) Martineau, Leçons cliniques sur la blenn. de la femme, n° 120 bis.
(6) Weiss, Thèse de Nancy, 1881, n° 38.
(7) Aufrecht, Pathologische Miltheilungen, 1881, 1, p. 147, n° 82.
(8) Haab, Centralblall f. prakt. Augenheilkunde, septembre 1881, n° 35, et der Microc. der Blenn. néonat. Wiesbaden, 1881, n° 86.
(9) Bokaï, Vierteljahreschrift f. Derm. u. Syph., 1881, n° 37.
(10) Hirschberg et Krause, Centralbl. f. prakt. Augenheilk., 1881, p. 35 et 270, n° 38. |
(11) Neïsser, Deutsche med. Woch., 1882, n° 45.
qe
Leissixow (1) publie un mémoire très étudié, basé sur les examens positifs de 200 cas de blennorrhagie, alors qu'il n’a trouvé le gonocoque dans aucun autre cas. C’est Surtout dans les blennorrhagies uréthrale et oculaire qu'on le rencontre; mais l’auteur n’est parvenu à le déceler ni dans le pus des bubons blennorrhagiques, ni dans le liquide d’une arthrite de même nature; pour lui, c’est dans et non sur les cellules que siègent les microorganismes, mais non pas dans le noyau. Peu nombreux dans le pus épais du début, ils augmenteraient de nombre à mesure que celui-ci deviendrait moins opaque. Leistikow est parvenu à cultiver le microbe, | mais tous les essais d’inoculation ont été vains.
BockHarT (?), dans un travail confirmé et complété l’année suivante (3), donne les résultats de l'examen, fait avec Wolf, de tous les blennorrhagiens du service de Rinecker depuis 1880, soit un total de 258 cas : le microbe à été retrouvé dans toutes les inflammations blennorrhagiques (conjonctive, vagin, col, utérus}; c’est surtout dans les cas récents qu'il est abondant et facile à déceler, il est beaucoup plus rare à la période d'état et surtout dans les cas chroniques ; l’auteur n'en à jamais trouvé, par contre, dans le pus des uréthrites traumatiques (cathétérisme malpropre) qui contient des coccus en chaïinettes et des bactéries.
Pour la morphologie, après coloration par le violet de méthyle, la fuschine ou le brun de Bismarck, voici ce que Bockhart. constate :
«.. Les gonococcus ne forment jamais de chaînes, mais sont toujours groupés en amas constitués par un plus ou
(1) Leistikow, Charite Annalen, VI, p.750. Berlin, n° 47, et Berlin. klin. Wochensch., p. 500, n° 48.
(2) Bockhart, : Wurzburger plysikmed. Siliberg., p. 1, 1882, n° 44, et Deuischémed. Wochenschrift, 1882, no 44 bis.
(3) Bockhart, Viertelÿ. f. Dermat. und Syph., 1883, p. 1, n° 59.
RU moins grand nombre d'individus isolés, donnant l’impression d’une forme circulaire, comme s'ils avaient pris naissance dans une cellule. Les coccus sont au centre de l’amas, rarement isolés, mais sont accouplés deux à deux (forme de biscuit-diplococcus); parfois l'on distingue quatre coccus rangés dans un ordre rhomboïdal Le pus de la blennorrhagie contient aussi presque toujours de petits groupes de gonococcus réunis par ?, 4, 6 ou 8, dont le groupement réciproque correspond au schéma figuré par M.Neisser. Cette disposition est due à ce que la multiplication du gonococcus se fait dans le diamètre vertical et horizontal (d’où l’absence de la forme en chaînettes). »
Bockhart a pu cultiver le sonocoque et a même réussi à l’inoculer. Il à choisi un homme de quarante-six ans, paralytique général, dément, gâteux, condamné, n'ayant jamais subi de cathétérisme. Il lui injecta dans l’urèthre un liquide de 4 culture avec bouillon peptonisé. Il y eut d’abord deux jours d’incubation : dès l'apparition du pus on le favorisa en donnant de la bière au patient, qui avait bientôt un abondant écoulement à gonocoque. Le malade mourait d’une pneumonie hypostatique dix jours après l’inoculation. A l’autopsie, on trouvait des abcès multiples du rein droit et une hyperénïie marquée du bassinet de l’urèthre et de la vessie. Rein gauche intact. La portion prostatique de l’urèthre paraissait saine et la portion pénienne était très enflammée. La muqueuse uréthrale et le tissu adjacent apparurent au microscope bourrés de leucocytes, même dans la portion prostatique d'apparence normale. Les gonocoques abondaient dans les leucoytes et les abcès du rein droit. |
Pour lui, les gonocoques traversent la muqueuse par les interstices intercellulaires de Pépithélium : sous la muqueuse les leucocytes se chargent de microbes qu'ils peuvent disséminer dans l’organisme et causent ainsi les complications
Spy de la blennorrhagie, et notamment les arthrites et les endocardites.
Le sièce précoce sous-muqueux du FAN one explique l’insuccès des injections uréthrales.
Toujours en cette année 1882, KRAUSE (1) trouvait le gonocoque dans les ophtalmies blennorrhagiques, mais REBa- TEL (9) échouait dans ses tentatives d’inoculation aux animaux. Enfin, MarcHrAFAvaA (3) apportait des résultats favorables au gonocoque.
Boucaanp (4) le décrivit comme suit: « Il est constitué par des microorganismes lésèrement allongés et effilés à une extrémité ayant l'apparence d’une virgule très courte. Ils peuvent s'associer deux par deux et former des chapelets de trois où quatre grains ; ils sont mobiles et animés de mouvements d’oscillation et de translation. On les trouve libres entre les globules purulents, mais on les voit également dans lintérieur des leucocytes....» L’association en chaînettes fait douter que Bouchard ait vu de vrais gonocoques. Il’ aurait, dès 1879, avec Capitan, essayé des inoculations de cultures pures, mais.en vain. Plus tard, en 1884, il aurait essayé ces mêmes inoculations dans un cas .de pannus et aurait échoué. |
Au milieu de cette confirmation générale de la découverte de Neisser, EGKLUND (5) vient jeter une note discordante. Pour lui, le gonocoque, uni à un champignon qu'il haptise Ediophyton et auquel il distingue deux formes, a et-b, est un vulgaire saprophyte causant des inflammations banales;
(1) Krause, Centralbl. f.d. prakt. Augenheilkunde, mai 1882, p.134, n°49.
(2) Rebatel, Lyon médical, 1882, no 2, p. 41, n° 48.
(3) Marchiafava, Bullet. de R. Acad. di Roma, Ann. VIII, n° 2, p.60, no 50, et Gazset. degl. Ospit:, Ann. II], no 2], p. 163, no 51.
(4) Bouchard, Des maladies par ralentissement de la nutrition, no 42.
(5) Ecklund, Ann. de dermat. et de syph.; t. HA, nos 9 et 10, p. 540, no 46.