‹ Le Goupillon (o Hyssope)Chapitre 13 sur 36 · MaMét itlta mente npostum Judiçium Paridis · texte numérisé non relu

MaMét itlta mente npostum Judiçium Paridis

ViRG., Mn., 1, 26.

tt brillantes assemblées ne me sont- « elles pas ouvertes? Tout le monde « ne m'accable-t-il pas de caresses? « Ne court-on pas après moi ? Ne suis- « je pas l'objet de tous les soins? Soufa frirai-je que Taltière Excellence m'a- « batte j me foule aux pieds et triomphe « de moi avec impunité?. Ah l. si je « supporte cet outrage, la société pro- « noncera mon nom avec dédain. Je* i( ne pourrai plus, comme à Tordi- « naire, pénétrer librement dans les (c appartements tendus en damas et « en ras, où Ije chocolat de Caracas u écume dans de riches et transparen- « tes porcelaines, où le thé et le café « circulent à la ronde, où le whist se « joue : je passerai , au milieu des mou- « ches, une vie triste et sans honneur, « dans les boutiques des barbiers ou « dans les pharmacies aux devantures

« élégamment colorées. Courons aux « armes ! Pâlir à la vue du danger est « l'indice certain d'un cœur pusilla- « nime. Mon heureuse adresse saura « trouver cent moyens de vengeance.

« L'univers apprendra dans ce jour « à connaître mon pouvoir. »

Elle dit, et, pleine de colère, elle s'élance sur son char doré; les six paons qui la tirent fendent légèrement Tair serein.

Dans les entrailles du Rhodope escarpé, s'ouvre une caverne affreuse dont l'aspect glace d'efifroi le cœur des timides mortels. Là, les vents hirieux se font, avec d'horribles rugissements, une éternelle guerre; là, les Gorgones et les Cérastes poussent d'épouvantables sifflements. La Discorde habite cette caverne; elle y a placé son trône.

C'est vers cet affreux séjour que la

Seigneurie dirige le vol des nobles oiseaux par qui son char est emporté.

Effrayés à la vue de ces lieux redoutables, trois fois ils veulent retourner en arrière , et trois fois la vindicative Déité agite avec fureur un long fouet:

enfin ils sont forcés de s'abattre sur la terre. Alors elle descend de son char, et pénètre en tâtonnant dans Tob^ scure demeure»

La Déesse cruelle est assise. d«is Tendroit le plus profond de cetta caverne sombre^ On peut à pèinè distinguer ses traits^ à ki canfuse clarté des flammes que lancent les yeux et la bouche de mille serpent&.

Prosternée sur la terre qu'elle baise avec humilité, la Seigneurie parle en ces termes :

« Divinité terrible^ dont Tiinmense « pouvoir, dont les vengeances font

« trembler la terre et l'Olympe lui- « même, tu vois à tes pieds la Sei- « gneurie. Atrocement outragée , elle <r implore avec soumission ton secours a contre la farouche Excellence. Si la « gloire et Thonneur des grandes âmes <( furent toujours de protéger la fai- « blesse^ aide-moi dans mon infor- << tune, et châtie Tinsolence d'un a Génie orgueilleux. De plus, tu n'i- « gnores pas, sans doute, que le suâ perbe Doyen de Téglise d'Elvas, u écoutant la vile Flatterie, a oublié <( sa dignité, et s'en va lâchement, « sur le seuil d'une porte latérale, « présenter au lourd Prélat le goupil- « ion bénit. De son abaissement est " née la Concorde, qui, au mépris de <i ton pouvoir, règne aujourd'hui dans 4 ce chapitre; l'Oisiveté et la Paresse a y habitent aussi, et se rient de te$

« lois. Que si mes pleurs ne te toua chent pas , tu dois pour toi-même , « tu dois, pour ton honneur, troubler « cette paix trop sereine , aliment de « l'Oisiveté. Tu peux, si tel est ton a plaisir , semer d'un clin d'œil les « dissensions, le tumulte et le trouble, a au sein de la famille la mieux unie, « tremper un poignard acéré dans le « sang innocent d'un frère, confondre «la. terre et ta profonde mer; les « Fraudes, les Ruses, les Perfidies, te a servent en esclaves fidèles. Réveille a la présomption naturelle et Tesprit « altier du Doyen sottement aveuglé, a Fais qu'il connaisse toute l'étendue u de sa faute, et se repente d'avoir si « bassement encensé la Flatterie. Rap- « pelle-lui que son nom, son nom .tt glorieux , inscrit au catalogue des <i Doyens, sera, dans les âges futurs,

« lu avec mépris par ses derniers ne- « veux, si Ton apprend jamais qu*il tf est tombé dans cet excès d'avilisse- « ment. Que tes fureurs troublent les tt cœurs et bannissent la paix. »

Elle dit, et la Déesse , exhalant de ses entrailles une vive et noire flamme , lui répond en ces mots :

« Je sais , illustre Seigneurie , tout « ce que je dois à ta noble influence , <c et combien de fois tu as aidé mes a cabales. Je sais que sur la terre on a garde devant toi un respectueux « silence, et que tu as abrégé les « jours d'un grand nombre de mora tels. Je n'oublie pas ce que je dois a à mes amis. Sois en repos.; je pars « à l'instant même pour venger tes « affronts. »

Aussitôt elle s'élance sur un dragon farouche et prend un rapide essor.

Dans les lieux qu'elle traverse, la barbare laisse après elle l'incendie, la mort, le sacrilège, la trahison, le vol, la ruine.

Parvenue à lantique colonie des Elviens , elle aperçoit en passant les Dominicains, et se fait un plaisir cruel de jeter entre le Prieur et les moines des semences de disputes, sur le thé et sur le jeu , sur les sucreries qu'il distribue d'une main libérale aux joyeux amis par qui sa cellule est visitée, sur les meubles qu'il envoie aux dames. Les uns crient qu'il vole le monastère , que la clôture et la vie religieuse vont se perdant; les autres, pleins de colère, l'accusent de dissiper les revenus du couvent, pour jouer au whist et donner des goûters, tandis qu'ils meurent diî faim dans leur saint réfectoire. Mais le digne prieur, vrai

modèle de patience et de modération, les laisse se plaindre et va se mettre au jeu.

Cependant la Discorde arrive à la porte de l'illustre Président du chapitre, au moment où, déchaussé, et couché sur un sopha bien doux, il feiisait la sieste, et, ronflant sans souci, ébranlait les vitres de sa grande salle.

Elle sillonne de rides sa hideuse figure, et, prenant un rosaire, elle va, d'un pas lent, et sous les traits de la vieille gouvernante, trouver le cha nome. Elle l'éveille et lui dit :

« Conmient Votre Seigneurie peut- « elle dormir et se livrer ainsi aux «c douceurs du repos, tandis que toute « la ville la plaisante et qu'on ne peut « nulle part la nommer sans rire?

« Est- il possible, disent les uns, que « cet estimable chanoine qui a vu le

« Pape', qui, à Rome, a conversé « avec le cardinal dataire et le Maître « du sacré palais, qui joue le trente- « et-un et le whist encore mieux, qui « reçoit la bonne société, qui donne (( du thé; est-il possible qu'il se soit a abaissé jusqu'à porter le goupillon « à une porte dérobée, pour roflfrir à « un évêque de mainmorte*? Il est a incroyable, disent les autres, que la v( principale figure du chapitre, qu'un « Doyen qui porte sur le dos la soui< tane de soie, oublie à ce point et ce soi-même et sa charge? Et Votre a Seigneurie se livre au repos et dort

1 . Il avait fait un voyage à Rome, dont il sera question pages 76, 84 et 125.

2. Je n'entends pas bien cette plaisanterie. En termes de droit, si Tévéque était homme de mainmorte, le doyen Tétait aussi. Voy. Bacquet, Francsfiefs, III, 8-10.

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a profondément! Il est temps qu'elle « sexévéille de cette mollesse léthar- « gique , qu'elle considère ce qu'elle a doit à elle-même, à ses aïeux, à « cette haute dignité dont les rayons « l'environnent d'un éclat majestueux .

a II est temps qu'elle abandonne la « vile Flatterie qui la traîne enchaî- « née. »

Le Doyen frotte ses yeux assoupis ; il bâille, étend les bras, et, soulevant sa tête, il adresse au monstre imposteur ces paroles pleines de colère :

a Vieille radoteuse, quelle est cette «frénésie? Est-elle folle, ou a-t-elle « bu du vin qui lui ait tourné la cer- « velle? Qu'elle aille réciter son cha- « pelet! Pourquoi venir parler d'af- « foires qui ne la regardent pas ? « Qu'elle sorte d'ici , et tout à « l'heure! » ,

A ces mots , il laisse sa tête appesantie retomber sur le moelleux traversin.

La cruelle Déesse s*écrie en frânissant de rage : « Puisque tu ne veux « pas de bonne grâce accepter mon < secours, tu vas sur l'heure éprouver- « mon pouvoir. »

Aussitôt elle se dépouille de son masque emprunté , et , arrachant une des couleuvres dont son front se hérisse, elle la lance avec fureur dans le sein du Doyen et disparaît au milieu des airs. L'afifreux reptile enfonce sa queue dans les entrailles du malheu* reux chanoine. Lorsqu'à Delphes la Pythonisse , agitée d'un transport divin , ne peut supporter le Dieu qui l'oppresse, elle gémit dans de moins vives convulsions, elle se précipite moins furieuse y ses yeux sont moins

ardents que ceux du triste Doyen. Il s*élance du sopha, et, courant comme un forcené à travers la salle, il crie :

a Aux armes! aux armes! Guerre!

«guerre! »

Tous lei valets accourent à ce bruit, et, ne doutant pas qu'un grave accident ne Tait privé, pour le moins, d'une part de sa raison, ils le saisissent et le portent dans son lit : là, à force de gourmades et de coups de poing, ils parviennent à calmer en partie sa fureur.

CHANT m

Il était fête, et, dans la haute tour de la cathédrale, vingt cloches, déchirant les airs de leur grave carillon, appelaient les paroissiens à la grandemesse», lorsque Son Excellence, montant dans sa grande litière, s'achemina lentement vers l'église. Sur les panneaux, un pinceau modeste avait

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