‹ Le Goupillon (o Hyssope)Chapitre 17 sur 36 · Boileau, Lutrin, ch. IV · texte numérisé non relu

Boileau, Lutrin, ch. IV

Alaia tousse et se lève ; Alain, ce savant homme. Qui de Bauny, vingt fois, a lu toute la Somme, Qui possède Abéli, qui sait tout Raconis, Et même entend, dit-on, le latin d'Akempis.

CHANT ni. 67

Lacroix, Guimenius '. Il sait décider magistralement la fameuse question, si un âne qui a soif peut boire Teau du baptême ; il argumente aux thèses des capucins, et on le voit, les veines du col toutes gonflées , inférer, crier , prouver, et le tout sans résultat.

« Il faut, » dit Ramalhete, « prendre « un arrêté que les annales de l'his- « toire recueillent comme un exemple; « un arrêté qui, fulminant une me-

I . Ce Genêt est sans doute François Genêt, évêque de Vaison, auteur d'un traité de théologie qui a été connu sous le nom de Morale de Grenoble, ^. Busembaum est au nombre de ces casuistes relâchés, favorables au régicide, que là société des Jésuites a produits en grand nombre. — Laaoix est un autre jésuite, commentateur de ce Busembaum.

— Guimenius est un nom supposé, sous lequel le jésuite Moya publia des opuscules de théologie morale qui furent censurés, en 1665, par la Sorbonne. Simon, dans sa Nouvelle Bibliothèque des auteurs de droit, a pris ce nom de Guimenius pour .uo nom véritable.

« nace d'amende et d'autres peines , a force l'insolent Doyen à se désister « de cette infraction aux droits de « notre bon Prélat. Le chapitre a ca- « pacité pour un tel acte; je Tai lu « dans beaucoup d'excellents auteurs.

« Voilà mon avis. »

Bastos, qui a lu Florinde ' et Charlemagne ^^ veut ici jouer sa petite carte; mais Andrade, sans l'écouter, appuie l'opinion du docte Ramalhete par mille citations pêle-mêle entassées. Il trouve dans le Sexîe, dans les Décritales et les Clémentines 3, des chapitres entiers

1. Les Infortunes tragiques de la constante Florinde y tel est le titre du roman auquel il est ici £iiit allusion. L'auteur se nommait Pires Rebello. Il a composé quelques autres ouvrages.

2. Il est probablement question de l'Histoire de Charlemagne et des Douze Pairs de France, traduite de l'espagnol en portugais par Moreira de Carvalho.

3. On sait que les Décrétâtes sont une collection, tn cinq livres, des décisions des papes , que Ray-

qui la confirment sans réplique.

La foule qui les écoute, la mâchoire béante et les sourcils élevés, se joint sans différer à Tavis des deux orateurs.

Vainement le Chantre et le Trésorier, hommes austères et inhabiles à l'adulation, s'opposent trois fois au sinistre arrêté. L'astucieuse Flatterie planait, invisible , au-dessus de toutes ces bonnes têtes et leur soufHait leurs opinions. Elle fit si bien que les opposants, forcés au silence et emportés par le torrent, signèrent, non toutefois sans murmurer, le risible décret.

mond de Pennafort publia par Tordre de Grégoire IX. — On appelle particulièrement le Sexte un sixième livre ajouté aux DécritaUs par Boniface VIII ; et Ton nomme Clémentines les constitutions dont le pape clément V ordonna la compilation , qui ne fut publiée que sous Jean XXII, son successeur. — Ces monuments du droit ecclésiastique forment la 2« partie du Corpus juris canonicL

Le fier Doyen passait à sa maison des champs, loin des affaires et des ennuis, les longues journées où Phébus, unissant ses feux à ceux du Chien céleste , embrase les terres pelées qui bordent le Tage, quand le monstre agile qui a cent yeux pour voir les choses de ce monde, et, pour les raconter, cent bouches avec cent langues, fendant de ses cent ailes les vastes champs de Tair, lui apporte la cruelle nouvelle de ce décretfatal. Une

partie de jeu amusait son loisir paisible, et il gagnait un rober; mais à peine le funeste avis a-t-il frappé son oreille, que ses mains laissent échapper les cartes* Il reste longtemps pâle et interdit. Ainsi s'arrête immobile le jeune homme hardi qui, à travers la plaine, poursuit avec ses lévriers la fuite d'un cerf agile, s'il voit la terre s'enfoncer tout à coup en de profonds précipices et manquer aux pas de son coursier.

Le Doyen recouvre enfin ses sens, dont cette douleur imprévue lui avait ôté l'usage, et, écumant de fureur, il se dit à lui-même :

« Puisqu'on ne veut pas la paix, on c aura la guârre. Vous, cieux sacrés, « et toi, qui nous donnes et nous ôtes « le jour, toi que depuis si longtemps « rnes yeux n'ont point vu se lever,

« VOUS m'êtes témoins que je n'eus ja- « mais d'autres prétentions que de « jouir en paix du revenu de mon « canonicat, de manger, de jouer, de « dormir et de m'amuser. Mais, « puisque vos viles cabales, Prélat re- « belle, chapitre infâme, chapitre adu- « lateur, m'obligent à renoncer à de si « saintes résolutions, vous éprouverez « jusqu'où peuvent aller la valeur et le « courage des Lara. »

A ces mots, il se lève furieux, et, ne songeant plus au rober qu'il gagnait (tant la passion a de pouvoir sur le cœur de l'homme), oubliant qu'il ne fut jamais décent pour une Seigneurie d'aller à pied, il se met en route et arrive à sa maison d'Elvas, triste, essoufflé et baigné de sueur. En proie à une agitation que rien ne peut calmer, tantôt il marche à grands pas dans sa

longue salie, tantôt il s'assied ou se parle à lui-même. En vain ses fidèles serviteurs ont mis le couvert ; en vain les gras et tendres perdreaux, la salade, les fruits, le vin, les confitures l'invitent à se mettre à table : il va cette fois se coucher sans souper. La molle plume se change pour lui en un dur champ de bataille; mille soucis l'assiègent; l'insigne outrage fait à son honneur revient sans cesse à sa pensée; il tourne ses membres fatigués tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; il soupire, il tousse, il crache; il prend dans sa boîte le tabac devenu insipide.

Rien ne le tranquillise.

La triste Seigneurie, pleurant un,atfront qui retombait sur elle, était au pied de son lit, lui tenant compagnie.

Touchée du trouble extrême où elle le voit plongé, elle part rapidement pour

lui chercher un daux et pesant SommeiL

Parmi les rochers du Bosphore Cimniérien est un an^re que la lumière du soleil n'éclaire )amais ; sombre rédui^t où le Dieu du sommeil, la tête couronnée de pavots blanxrsy repose dans une léthargie profonfle. On n'entend point, autour de cette triste demeure, le coq matinal appeler par son chant la clarté de Vaurore, ni les chiens* irrités troubler de leufs abois le silence des nuits. On Oi'y entend q^e le murmure d'un ruis§ei^u paisible, dont le sourd gazouillemenl; invite au repos. De petits Swnipeils, féconde^ postérité de Tindolent Morphé^, habitent ces lieux : les épis que la fertile Cérèa doce^ pendant l'ét^ hf.ûlant ne sont pas si nombreux;, moins nombreuses sont les fleurs dont au, grin-

CHANT ÎV. 7J

temps la Terre féconde émaille les prairies. Ils sont tous différents de génie, de manières, de figure. Les *unsont un aspect joyeux, lugubre est celui des autres; il en est de lourds, il en est de légers^ Mêlés aux Songes vains, ils volent incessamment dans les sombres profondeurs de la caverne:

leurs yeux sont fermés, et leurs mains expriment le suc des herbes léthargiques: La Seigneurie entre sans bruit, et, saisissant par les ailes un de ces petits Sommeils, elle l'emporte à la maison du triste Doyen qui ne pouvait dormir et se désolait. A peine at-elle touché le seuil de la porte, que la liqueur somnifère qui découle des mains du Dieu commence d'agir sur le chanoine éveillé malgré lui. Ses yeux se ferment aussitôt, et déjà il ronfle doucement.

Cependant la Déité se révèle à lui dans un songe et lui adresse ces mots :

« Quoi donc, illustre Lara, faut- il « ainsi perdre courage? Est-il pos- « sible que celui qui put à Rome sou- « tenir sans timidité; sansefifroi, l'im- « posant aspect des plus grands perte sonnages, se laisse abattre aujourr a d'hui, oublie toute sa constance, « tremble, frissonne à la vaine menace a d'un chapitre dont il est râmc.et la tt tête ? Courage 1 courage ! tes enne- « mis reculeront devant toi. Tu as « dans cette ville des plumes discrè- « tes ; tu as l'auditeur de Serpa, qui « méprise le vieil Accurse et Bar- « thole » parce qu'ils étaient idolâtres

1 . « Un certain auditeur, chevalier de l'ordre dMv/j et juge ecclésiastique de la ville de Serpa, dans une sentence qu'il prononça, rejeta l'autorité d' Accurse et de Barthole, sous prétexte que c'étaient des auteurs

« et adoraient Jupiter, Mars et Junon, « divinités à qui le paganisme éleva « des autels. N'as-tu pas Fernândes « et Gea, ces oracles d'Astrée, qui ont « osé imprimer sur les sacrés canons « une dent hardie ! Consulte-les, et, « pour abattre Torgueil de tes adver- « saires, suis leurs sages conseils. »

« Et qui es-tu, esprit céleste, qui « viens me consoler dans mes maltt heurs ? » s'écrie le Doyen, ravi de la grâce qui brille sur les traits du fantôme.

a Je suis la Seigneurie que tu ado- « res avec tant de ferveur. »

A ces mots, il saute de son lit ; il se

romains et idolâtres, et il condamna l'avocat à une amende, pour avoir produit de pareilles autorités dans une cause grave et appartenant à la juridiction ecclésiastique.» {Note de r éditeur portugais.)

Personne n'ignore que François Accurse et Barthole sont deux fameux jurisconsultes, le premier du Xlie siècle, l'autre du Xive.

yS LE GOUPILLON.

prosterne à terre et se frappe la poitrine, des larmes déplaisir humectent ses yeux ; il veut lui baiser les pieds , mais, au même moment, elle disparaît et il s'éveille.

Déjà le soleil, illuminant de ses rayons la terre réjouie, se glissait furtivement par les fentes des volets; déjà les mouches importunas commençaient à réveiller les paresseux trop longtemps assoupis, en bourdonnant à leurs oreilles, et leur piquant le front de leurs courts aiguillons. Cependant, tout rempli de lu vision divine, le Doyen s'habille en diligence.

Il se fait donner ses bas gris-de-fer, ses gants, sa redingote de soie et son manteau, vraie toilette de fête : il arrange son faux toupet, et, bien paré, bien brossé, il sort de chez lui.

Il est dans El vas un bureau, séjour

habituel de la Chicane et de la Pédanterie. C'est laque ces monstres hideux donnent, par la bouche du bavard Fernandes, leurs réponses à la foule ignorante qui les consulte. C'est là que le révérend Doyen dirige ses pas.

Quand il arriva, le nouveau Caïus « était en robe de chambre, et répondait à un rustre qui le consultait sur le troc d'une mauvaise ânesse qu'il voulait faire avec certain voisin. Vingt volumes sont ouverts devant Tavocat, et, pour la forme, il cite à son client vingt textes latins. Le villageois n*y comprend rien, et le docteur y comprend encore moins. « Nous avons, » lui

I . Caîus, que d'autres écrivent Gaïus, a été un des plus grands jurisconsultes de Tancieni^e Rome. Il vivait sous les Antonins. Ses institutes ont été découvertes par l'illustre Niebuhr^ en i8i<5, sur un palimpseste appartenant au chapitre de Vérone : elles jet- tent un grand jour sur beaucoup de points jusqu'alors restés obscurs du droit romain.

dit-il, « ton affaire tout entière en « ce livre. Sois tranquille : grâce à « cet auteur, nous obtiendrons sen- « tence. »

Justement comme il disait ces mots, le Doyen ouvrit la porte. Aussitôt le grand jurisconsulte, laissant le paysan, s'avance à sa rencontre. Us se retirent dans un coin , et confèrent sur le cas proposé par Sa Seigneurie. On fait descendre les livres de leurs tablettes. Un nuage de poussière s'élève des bouquins vermoulus.

Vainement le bon Doyen secoue ses mains et son habit: plus il secoue, plus la poussière augmente. Après avoir lu et relu, et gravement réfléchi, le savant légiste conclut en ces termes :

« Votre Seigneurie doitsurl'heureen « appeler à la métropole. Voilà ce que a m'enseignent les docteurs que j'ai « lus. »

CHANT IV. 8l

« Ayez la bonté, » dit le Her Doyen, a de voir ce que disent, sur l'espèce, « Van Espen, Dupin et Barthel '. J'ai, « dans une docte compagnie, entendu « louer ces auteurs' et leurs livres. »

« .Que diable ! » dit le docteur irrité, a qu'est-ce que Van Espen et Dupin ?

« Dans mes recueils, il n'y a pas un a seul mot appuyé de ces noms-là, et « je ne les ai jamais entendu pronon- « cer. Ce sont, sans doute, quelques « hérétiques. Nous avons ici le bon « Panormitain 2 en grandes lettres go-

1. Van Espen était un professeur de droit de Tuniversité de Louvain. Il est d'autant mieux choisi -qu'il y a, parmi ses nombreux ouvrages, un traité des Devoirs des chanoines.— Ce Dupin est sans doute Ellies Dupin, auteur d'un traité de la Puissance ecclésiastique et temporelle, - Barthel était un jurisconsulte allemand, grand canoniste.

2. On désigne souvent par ce surnom le cardinal Nicolas Tudeschi, savant canoniste duXV« siècle. U a commenté les Décrétales. Le surnom de PanormUain

« thiques, Fagnani,Valéntia, Bellar-

« min, Anaclet » . Ce sontlà de bons li-

a vres, des livres à pleine main, et non

a pareils à ces auteurs étrangers qui

« ont empoisonné l'Église de leur doc-

« trine. Faites ce que je vous dis: ap-

« pelez, appelez, et ne vous inquiétez

a pas du reste : ce serait folie. J'ai en-

« core un avis à vous donner : n*ou-

« bliez pas de solliciter les apôtres^,

« et qu'ils soient bien respectueux,

lui est venu de ce qu*il était archevêque de Palerme.

1. Prosper Fagnani est un autre commentateur des DicritaUs. — Le Père Valentia, jésuite espagnoK a écrit sur la Somme de saint Thomas. — Bellarmin, jésuite et cardinal, a, parmi une foule d'ouvrages, publié un Corps de controverses. — Anaclet est peut-être le pape de ce nom auquel sont attribuées quelques Dicritaies.

2. Ce mot d*apôtres qui va jeter le Doyen dans Perreur, signifie, en style de jurisprudence ecclésiastique, des lettres appellatoires adressées par le ma gistrat de qui on appelle à celui auquel il est appelé (Voyez le Çlossaire de Laurièrc),

« afin de pouvoir suspendre les effets « du funeste arrêté'. Sollicitez-les, <£ vous dis-je, non une fois, mais dix, ^ et avec de grandes instances. »

« Cela est superflu, » répondit le Doyen. « Parmi beaucoup de curiosités, « à^Agnus Deiy de Véroniques ', de brefs « que Passionei ? me donna à mon dé -

1 . Il y avait quelque chose de semblable dans nos anciennes Lettres en forme de requête civile^ qui devaient toujours être respectueuses, polies, civiles^ pour les juges. (V. Rodier sur TOrdonnance de procédure, de 1667.)

2. Une Véronique est une petite image représentent la face de Jésus-Christ, comme empreinte sur le saint suaire. Elle est destinée à rappeler le vrai suaire et là vraie empreinte que l*oh croit posséder à Saint-Pierre de Rome, et l'hisioire, ou plutôt la fable pieuse de sainte Véronique qui essuya le visage du Christ. Les ecclésiastiques romains avaient autrefois un grand débit de ces saintes bagatelles, agnuSy Véroniques, reliques, et le reste.

3. Le cardinal Passionei, mort en 1761, était un homme très distingué, grand ami des lettres, grand ennemi des moines et particulièrement des Jésuites.

« part de Rome, je possède une téie du « glorieux saint Pierre, morceau pré- « cieux d'un excellent maître. Peut- « êtreque, comme prince des Apôtres, « il nous suffira dans cette affaire, si « les saints Apôtres y sont nécessaires .

« Voyez, docteur : ne pourrait-on pas « prendre cette route, afin de m'épar- « gner ledéplaisirdeles invoquer tous?»

« Les apôtres dont je parle, » dit Fernandes, en souriant, « ne sont pas « ceux auxquels vous pensez et dont « nous n'avons nul besoin. Cette façon « de parler, seigneur Doyen, a, parmi « les praticiens, un sens tout différent, a et signifie la manière dont un appel « se doit expédier. J*ai entendu dire à « quelques modernes qu'elle était usi- « tée dans le barreau de Rome, et que a c'est de là que les canonistes l'ont « empruntée. Pour moi, je ne trouve

« point dans mes recueils de rensei- « gnement pareil : aussi je me ris, à « part moi, de cette découverte , et « de beaucoup d'autres dont ils se « croient les auteurs, se moquant avec « un orgueil punissable du bon Fe- « bos ', et du bon Mendes, et du bon (f Pegas», la lumière et la règle de « tous ceux qui aujourd'hui arpentent « le palais. Faites, sans différer, ce « que je vous conseille : il n'y a pas

1 . Le texte porte Phebo, que j'ai cru devoir corriger. Febos (je ne connais point de Febo ni de Phebo), né à Lisbonne,. où il mourut le 27 janvier 1623, est compté parmi les grands professeurs de jurisprudence du Portugal.

2. Il s'agit peut-être de Mendes vasconcellos, professeur de droit canonique à Coïmbre, auteur de quatre livres d* Arguments divers de droit; peut-être de Mendes de Castro, qui a écrit sur te Code et compilé un Répertoire d'Ordonnances plusieurs fois réimprimé. — L'avocat Alvares Pegas est auteur de plusieurs grands et importants ouvrages de jurisprudence civile et canonique.

« d'autre moyen d'échapper à Tinjus- « tice de l'arrêté. »

Le Doyen s'en allait bien repris et bien conseillé, quand le docteur, frappant sur un livre qui était ouvert sur la table : « Un moment ! » dit- il : « je « songe à une chose d'importance. Il (c faut s'attendre à tout, avec unema- « gistrature corrompue et vénale, et « l'homme prudent doit user de pré- « voyance. Vos juges sont de ce ca- « ractère, et il est à craindre qu'ils ne « refusent légèrement d'admettre votre « appel ; ainsi, pour éviter de longues c( difficultés qui font perdre patience, « prennent du temps et coûtent des « écus, il vaudra mieux que vous ap- « peliez d'abord coram probo viro» »

« Et que signifient, cher docteur, « ces mots-là : coram probo v/ro M'ai « presque oublié tout mon latin. 11

« n'en est pas moins vrai qu'au col-

a lége j'étais un aigle (et je ne dis pas

a cela pour me vanter : personne n'eut

a jamais plus de modestie que moi),

« un aigle pour décliner les nomina-

« tifs, et cent fois j'eus le prix dans ma

« classe : à telles enseignes que le

• maître, qui était un peu trop fin,

a me prenait mes beaux rubans».

a Mais les rapides années s'envolent

« et emportent avec elles, dans leur

« course fatale, les plaisirs , la santé,

« la mémoire * , et aujourd'hui k

« moindre petit garçon peut effronté-

« ment me prendre en faute. »

« Ces mots latins, » reprit Fernandes, « signifient que vous devez en ap-

I . Bdas fitas : apparemment quelque distinction d'écolier, comme on en voit dans nos petites écoles, a. Virgile, Eclog. IX:

Omnia fert œtas, animum quaque.

« peler devant quelque personnage « constitué en dignité, verbi gratia, de- « vant le Gardien des Capuciiis, le Rec- « teur des Paulistes, ou le Prieur des « Dominicains.C'est un remède prompt « et efficace, que ces fameux savants « Palma, Decio, Barthole, Castro et « Baldi ' ont trouvé contre l'iniquité « des juges qui ferment aux plaideurs « la' voie d'un juste appel. Cette idée « m'appartient ; qu'on ne croie pas que « je me vante : mes études sont assez « connues dans cette ville. J'ai lu (et « je ne parle maintenant ni de Tauteur

1 . Probablement Joseph dos santos Palma, commentateur de Febos et qui mourut en 1739, après avoir rempli différentes charges de judicature. — Decio est un célèbre jurisconsulte italien du XV^ siècle. — Barthole a été nommé plus haut, pag. 76. — Castro a beaucoup écrit. Cujas Pestimait plus que tous les autres anciens interprètes du droit. — Baldi, élève de Barthole, a été appelé te dieu des légistes. Ce beau surnom ne lui est pas resté.

« de l'Art légal ' , ni du Parfait Avocat ^, ni « de Gomes d' Aquae Flaviae ^ , écrivains « de moindre valeur), j'ai lu neuf fois, « et marginé en mille endroits, notre « grand Portugais Cabrai Vanguer- « ve4, et le fameux Bremeu J qui a « mis à son livre un titre qui d'abord « en montre l'importance. J'en dis « autant du moderne Campos ^ ,

1. L'Art légal pour étudier la jurisprudence est un livre composé en espagnol par Bermudes de Pedraça, et traduit en portugais par Almeida Jordam.

2. Je pense que le Perfeito advogado du texte se doit entendre du Perfectus advocatus de l'avocat portugais Sylva de Araujo.

). C'est Gomes de Chaves, auteur de plusieurs ouvrages, entre autres d'un Manuel pratique judiciairej civil et criminel, Lisbonne, 1751.

4. Les trois éditions que j'ai consultées portent Cabrai, Vanguerve, faisant deux hommes d'un seul. Antoine Vanguerve Cabrai, de Lisbonne, a publié une Pratique judiciaire très-utile et nécessaire j etc.

(. Le jésuite Antoine Cortez Bremeu est auteur d'une Jurisprudence universelle canonique, etc.

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