‹ Le Goupillon (o Hyssope)Chapitre 18 sur 36 · Je ne sais quel est ce moderne Campos · texte numérisé non relu

Je ne sais quel est ce moderne Campos

« sans oublier notre Ferreira '. Ce « sont là des auteurs d'un tout autre « prix que leurs Zalwein » et leurs «r Barthole. Cette idée, pour revenir à « ce que je vous disais, personne ne « vous l'aurait donnée, ni Cea, ni le « docteur Caetano, ni le troupeau en- « tier de ces nouveaux petits avocats « à la française , qui , sans -trêve « et sans relâche , nous martèlent « les oreilles avec je ne sais quel « Noodt, je ne sais quel Strauch ?, et « d'autres jolis noms de cette espèce « qui ne peuvent entrer dans la bou-

1 . Est-ce Augustin de Bem Feneira, qui a traduit en portugais et illustré les institutes de Justinien ?

2. Je ne connais point ce Zalwein, ni le Caetano dont il est question plus bas.

3. Noodt, mort en 172$, était professeur de droit à Tuniversité de Leyde. Ses ouvrages sont nombreux et toujours recherchés. — Strauch est un jurisconsulte allemand dont les écrits, dit-on, ont beaucoup d'autorité dans les tribunaux d'Allemagne.

« che et que la langue ne peut pro- « noncer, quelque mal qu*ellc s'y « donne. Ce sont des Mauresques, je « gage; jamais des Chrétiens ne por- « teront de pareils noms. Allez donc, « seigneur Doyen, interjetez hardi- « ment votre appel; vous devez le si- « gnifier aux juges, si vous voulez « échapper à Tamende que le terrible « arrêté fulmine contre vous. Surtout « gardez-vous bien de vous endormir « et de vous tenir en repos; car nous ' a avons en droit cet axiome vulgaire, « que le droit ne protège pas ceux « qui dorment ' . »

« Cet axiome, » s'écria le doyen effrayé, <c cet axiome, docteur, c'est le « diable, vraiment! et celui qui Ta

I . Jus civile vigilant ibus scriptum est (Dig. , toi 24, xLii, 8) ; — Non negligentibus [aut dormientibus] subvenitur (Dig., Loi 16, iv, 6).

« fait mériterait bien qu'on lui coupât « les deux mains. Faut-il, pour ce « malheureux procès, perdre le repos « et la tranquillité, ne pas dormir, « veiller toujours ? Heureux loir , « marmotte fortunée, qui, sans procès c( et sans inquiétudes, dormez tout le « long de Tannée, oh ! combien votre « sort est plus doux que le nôtre!

a Tristes mortels que nous sommes , « voulons-nous par hasard défendre « notre droit, le droit nous aban- « donne, si nous dormons ! Mon cher tt docteur, si votre règle est exacte, « que le maudit arrêté subsiste, que a les amendes pleuvent sur ma tête, « que la soutane de soie, le rochet et « l'aumusse s'en aillent à vau-l'eau, « pourvu que je ne perde pas un seul « moment de mon cher et doux som- « meil! »

Alors Fernandes, radoucissant le son de sa voix, le consola en ces termes :

« Seigneur, les textes ne se pren- « nent pas si fort au pied de la lettre « que vous l'imaginez , et le grand ju- « risconsulte qui a prudemment éta- « bli cette règle n'eut jamais la pensée « que les plaideurs ne dussent pas « dormir. Ce serait une ânerie sans « pareille. Son but a été simplement de « nous avertir qu'il faut, quand on (( plaide et que l'on veut gagner, avoir « de l'attention et de la vigilance. »

« C'est une autre affaire, » dit le Doyen, qui reprend courage; « s'il (( ne s'agit que de vigilance, je n'ai pas a peur d'être vaincu par notre gros « évêque. Tel que vous me voyez, je « suis léger comme une alouette. Sou- « vent, au whist, mes adversaires « étant à neuf de la seconde partie,

c( je fais si bien, à force de ruses et de « finesses, qu'avec une seule carte je « leur gagne le rober. »

Il dit, et, faisant un salut au docteur bartoliste, il le quitte , et, plus léger qu'un lévrier léger ', il reprend le chemin de sa maison. Là, sans se donner le temps de se déshabiller, il se fait promptement apporter à manger, et, pensif, avale quelques morceaux. Puis, sans s'aller coucher, il reste quelque temps dans son fauteuil, oubliant d'aller se jeter commodément sur son lit, et il demeure tour à tour plongé dans le sommeil et dans la réflexion.

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