I . E mais ligcîro que um ligeiro galgo
Il emploie dans le sixième chant la même anti^thèse :
E mais ligeim che o ligeiro gamo»
Le fier Doyen n'avait pas encqre bien fait U digestion, lorsque, se r^pelaat le coram probo viro^, il ouvrit sa boîte, et, prenant une prise de mauvais tabac, il se dit à lui-même :
« Lara, quelle est cette inertie^ cette « paresse qui tient endormis ton corps « et ta pensée, quand tu as pour ente nemis ton gros évêque, Abreu et « Ramalhete, scélérats de la première « force? Alerte, Lara! alerte ! car le
96 l\ goupillon.
« droit ne protège pas ceux qui dor- « ment, les plaideurs doivent être vi- « gilants. »
Il dit, étend les bras, bâille, se frotte les yeux, et, secouant Tengourdissement qui l'oppresse, il rajuste son toupet que la sueur avait détaché, et, sans faire attention à la cloche dont le marteau rappelait à vêpres, ni à l'amende qui menaçait sa bourse, il sort, et court aux Capucins, sous les feux de Sinus qui brûlait le sol altéré.
A une petite distance des superbes murailles de la triomphante Elvas, s'élève, sur le dos d'une haute montagne, le fameux couvent des Capucins. Là, dans le sein d'une molle indolence, cent graves Pères oublient leurs austères fatigues. Ce sont des ex-Gardiens, des ex- Portiers, des ex-Lecteurs et des ex- Provinciaux. Quelques-uns
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sont fameux pour avoir, à l'aide d'une subtile adresse et de stratagèmes heureux, forcé vingt fois le Saint-Esprit à suivre, dans les querelles des chapitres, les vœux de leur parti. ^Quelques autres sont des ex - Cuisiniers jubilés, employés longtemps, et non sans gloire, dans la cuisine enfumée, parmi les poêles noircies et les marmites grasses de suie, à préparer la sale fricassée des saintes Révérences.
Le Doyen arrive, suant comme un cheval, au moment où le portier ouvrait la porte de clôture. « Qu'y a-t-il « donc. Seigneur? » lui dit-il, fort surpris de le voir si fatigué ; a quel « étrange accident force Votre Sei- (c gneurie à" visiter le couvent par cette « excessive chaleur? Auriez- vous d*aa venture. tué quelqu'un de vos concc frères, ou volé la sacristie, ou, tenté
« de l'esprit immonde, mis à mal « queli|ue vierge? Venez- vous cher- « cher un asile dans notre église ? »
(c Grâce au ciel! » dit le Doyen, « il « ne m'est pas arrivé de semblable « malheur. Je voudrais seulement, s'il « est possible, m'entretenir d'une cer- « taine affaire avec le Père Gardien. »
(c A la bonne heure ! » reprit l'honnête portier. « Je croyais qu'il s'agis- « sait d'autre chose, et la peur m'a- « vait presque glacé le sang. Le Père « GarSien n'achève guère sa méri- « dienne avant cinq heures; mais, « pour obliger Votre Seigneurie, je « vais l'éveiller. Votis pouvez, en at- « tendant, prendre le frais dans le « cloître. »
A ces mots il se rend au dortoir, et le Doyen va se promener sous les galeries. Il y rencontre un Père à gros
COU et gros ventre, qui le salue et vient lui tenir compagnie.
La fortune voulut que ce fût un des plus graves Pères de la province, un ex-Gardien, un ex- Lecteur jubilé, de plus, après Arrondies, le plus savant de l'ordre, et prédicateur de grande renommée.
Il y avait longtemps que Lara n'était entré dans cette sainte maison, et il contemplait avec admiration les galeries en arcades, les statues, les buis, les vases, les berceaux couverts de mille fleurs qui entouraient le jardin et l'embellissaient. Il avait à peine fait quatre pas, que, braquant sa lorgnette sur la statue la plus voisine : « Quel « est, » dit-il au révérend Père, « ce monsieur Paris, comme l'appelle « l'inscription qui se voit sur le pié- « destal ? Si l'on peut juger sur l'ap-
« parence, sur le nom, la mine, la
« coiffure, c'était un Français, un
« perruquier peut-être et Finven-
« teur de ce toupet qu*il a sur le
« front ' ?»
1. Les plaisanteries infiniment trop longues que l'on va lire doivent porter sur des faits, exagérés sans doute et chargés par la satire, mais dont le fond est véritable. Il faut croire qu'il y avait alors, dans le cloître des capucins d*Elvas, des statues de Paris, d'Hélène, de Pénélope, d'Ulysse, d'Hercule, ridiculement accoutrées de costumes modernes. Ces bizarreries absurdes ont été vues en des pays où les arts sont mieux cultivés et mieux sentis qu'en Portugal. Je ne sais quel baron allemand gâta autrefois, dans la galerie de Dusseldorf, une centaine de belles statues moulées' sur les originaux antiques, en les faisant habiller par un sculpteur trop complaisant; en sorte, dit un littérateur, « qu'on y put voir la Vénus de Médicis en chemise, le Laocoon en culotte, et l'Hercule Famèse en caleçon. » Et, assez récemment, les magistrats d'une certaine ville des États-Unis firent très-décemment envelopper d'une espèce de jupon une statue de Psyché, dont un artiste anivé d'Europe leur avait fait présent. Cette naïveté fait souvenir de mademoiselle Raucourt, qui, dans le Pygmalion de Rousseau, représentait la statue en
CHANT V. lOl
« Ce Paris n*est ni un Français, « comme vous le pensez, » répondit discrètement le révérend Père, « ni un « perruquier. Il naquit à Troie, et a même il était de la famille royale. »
« S'il n'est pas Français, pourquoi « donc l'appelle- t-on Monsieur? »
« Il ne faut point s'étonner de ce a que l'on voit à chaque pas, » lui dit en souriant le Père : « aujourd'hui, à « tous les coins de rues, les Portugais a ne font pas de façon pour se traite ter de Monsieur. C'est la mode», a seigneur Doyen, et nous la voulons
paniers. — Quant aux âncries dont est semé l'entretien du moine et du Doyen, elles doivent aussi s'expliquer par leur réputation bien établie de sottise et d'ignorance.
I . La gallomanie des Portugais s'est étendue jusqu'à leur langue et à leur littérature, qu'elle a gâtées. Quelques bons esprits ont, de toutes leurs forces, combattu ce ridicule.
a suivre. Nous voulons surtout mon- « trer au monde que nous savons le « français. »
a Mais, Père jubilé, y a-t-il donc « tant de difficulté à savoir le frana çais, que vos Révérences doivent en « faire étalage? Est-ce que par hasard « on ne pourrait être sage, ni faire son « salut, sans ce nouveau sacrement ?
« Pour moi, je vous déclare, sous h se- « cret, que le français a pour moi la « même valeur que la langue des sauce vi^es Boticudos. »
« Ne dites pas cela, Seigneur, car
« par le temps qui court ô temps !
« ô mœurs! savoir le français,
« c'est tout savoir. C'est miracle, Sei- « gneur, que de voir comment un sot, a avec deux doigts de français, se ha- (( sarde à parler, en présence d'hom- « mes savants et éclairés, des sciences
« les plus profondes, sans même ex- « cepter la sainte théologie, haute docte trîne réservée aux cloîtres, qui a, « coûté tant de sueurs au grand Scot, « aux Bacon, aux Lulle ', et à moi- « même. Cette audace. Seigneur, cette « effronterie qui, entre nous, ne con- « naît plus de bornes, a surtout de « terribles conséquences pour notre lan- « gue portugaise, dont la pureté s'en « va, salie de mille mots français,, de « mille gallicismes, en passant à trace vers tant de traductions qui mérite- « raient bien d'être brûlées. Ah ! si ces « antiques Portugais dont la plume, « ou la lance et l'épée, honorèrent la « patrie, soulevant leurs tombes de
I. Le Père capucin cite à propos trois grands hommes qai portèrent le cordon de saint François : Jean Scot, qui fut surnommé le Docteur subtil, Roger Bacon ou le Docteur admirable, et Raimond LuUe qu'on pounait appeler le Docteur universel
« marbre, sortaient de Fasile oîi repo- « sent leurs cendres vénérées; s'ils en- « tendaient les idiotismes étranges, la « diction mêlée, les termes bâtards, « dont ces nouveaux et risibles au- « teurs veulent parer leurs écrits, « comme si notre langue, et si belle et « si riche, la fille aînée du latin, avait « besoin de ces ornements bizarres; a certes, ils se croiraient transportés à « Caconda, à Zuilimane, à Sofala, à « Mozambique, et, détrompés enfin»
« trop sûrs d'être en Portugal, et que « ce sont des Portugais qui outragent, « par ces absurdes extravagances, les « coutumes et la langue, ils mourir raient de honte une seconde fois. Au « reste, ceux-ci ont une excuse : la noire « faim est le plus cruel tyran des mal- « heureux mortels. Pour lui échap- « per, ils écrivent sans savoir ce qu'ils
(c écrivent, et, comme ils réussissent, « qu'importe que le style soit ou ne a soit pas portugais ? Celui-là seul n*a « pas d'excuse, et n'en peut pas avoir, « qui, devant arrêter ce désordre, ne « l'arrête pas. Mais laissons mainte- « nant cette discussion : ce n*est pas à « nous à réformer le monde. . . . Comme a je vous le disais, ce Paris était « Troyen, et tandis qu'il gardait pai- « siblement son troupeau dans les a plaines qu'arrose le Xanthe phry- « gien, il fut choisi pour prononcer « entre Junon, Pallas et Vénus, quand « jadis elles se disputèrent le prix de « la beauté. Au reste, je ne sais pas « trop s'il fit un acte de justice en dé- « cidant en faveur de Vénus,^ et en lui « donnant la pomme d'or que la Dis- « corde avait jetée dans un festin. »
« Si ma mémoire ne me trompe
« pas, » répondit Lara, « j*ai déjà en- « tendu parler de ce débat et de cette « pomme; mais ce monsieur Paris « était un âne, qu'il me pardonne « cette petite liberté prise en son ab- « sence. Si le sort m*avait fait juge « dans la cause, j'aurais rendu ma « sentence bien ou mal, selon mes fai- « blés lumières et pour l'acquit de ma « conscience ; mais assurément j'aurais a mangé la pomme pour les frais, et « tout au plus aurais-je donné la .pe- « lure à la Déesse victorieuse. Mais « dites-moi, Père jubilé, si ce petit « garçon menait paître les troupeaux, « pourquoi est-il habillé comme ^un « homme de cour, avec un cha- « peau, une bourse, une belle coif- « fure?»
« Celle-là est bonne ! Votre Sei- « gneurie croit donc qu'il aurait suffi
« de lui donner tout sèchement le « Monsieur, avec une houlette, des '( cheveux mal peignés et une blouse ? »
« A la bonne heure ! Et cette ma- « dame Hélène qui est en face, est- (( elle aussi Troyenne, par hasard, ou « Française, comme le fait croire le « genre de sa coiffure ? »
« Elle n'était ni Troyenne, ni « Française. Elle naquit en Grèce, et « le sang lé plus noble coulait dans « ses veines, Sparte la vit quelque « temps assise sur le trône; mais « trône, époux, patrie, renommée, « gloire d'une noble famille, elle « abandonna tout pour Paris. »
« Quoi ! elle renonça, pour ce frelu- « quet, à son époux, à sa chère prftrie, <( à son sceptre, à sa reriommée, à sa « gloire? Assurément, cette madame « Hélène était une grande coureuse !
« Et quelle est celle-ci? L'inscription « la nomme madame Pena Lopes. Elle « ne valait peut-être pas mieux que « l'autre, »
« C'était tout un autre caractère, « Vous voyez la fameuse Pénélope, le « parfeit modèle de l'amour conjugal, « de la fidélité jurée sur les chastes au- « tels de l'Hyménée, une illustre ma- « trône, une bonne mère de famille, « et la meilleure ouvrière de son « temps. Elle passa plus de dix ans <c sur la thème toile... »
ft Quedites-vous là, révérend Père ? »
s'écrie le Doyen tout étonné : « vous « voulez plaisanter? Cette dame pas- « sait dix ans pour faire une seule a j^ièce de toile, et vous me la donnez « comme bonne ouvrière! Magouver- « nante, toute vieille qu'elle est, ne « met pas neuf mois pour en faire au-
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« tant. Et encore les habiles n'en font- « ils pas grand cas. »
a C'est en cela même que brillait « son talent. Elle défaisait la nuit ce « qu'elle faisait le jour. »
a Encore pire! c'est marcher à « reculons , comme une écrevisse. Je a jurerais sur l'Évangile que cette « femme avait perdu la tête. »
a Perdu la tête! plaisante idée! Il a ne s'était pas encore vu de femme « aussi raisonnable et aussi digne du « souvenir éternel de la postérité. Ce « que vous prenez pour de la folie a était de la prudence. Elle n'agissait « ainsi que pour échapper, pendant la a longue absence d'un époux chéri, a aux instances importunes des amants a qui aspiraient à la gloire de la pos- « séder. Arachné, que Minerve, indice gnée d'une rivalité téméraire, chan-
« gea jadis en araignée, n'aurait pu, « dans l'art du tisserand , disputer le « prix à Pénélope. »
« Comment ! » dit le Doyen, en faisant plusieurs signes de croix, « un « homme, une femme, peuvent-ils se « changer en un vilain insecte ou en « un quadrupède? »
« Ce sont des fables par lesquelles « les anciens ont voulu expliquer Tin- « dustrie de beaucoup d'animaux, et « enseigner en même temps à la posté- « rite qu'il faut avoir pour les dieux «, un respect sans bornes. Mais qui « peut douter que ces métamorphoses « ne soient possibles? » continua gravement le docte Capucin. « Je ne « parlerai pas des antiques Lamies « qui dévoraient les petits enfants, ni « de Circé, de Médée, d'Alcine, ni de a la vieille Canidie, dont cet ivrogne
« d* Horace nous raconte les sortilèges; « personne n'ignore que toutes ces a sorcières pouvaient, selon leur fan- « taisie, changer les hommes en « lions, en tigres, en chevaux, en <x ours, en taupes ou en musaraignes.
« Bien plus, Apulée nous apprend « que, par la malice d'une certaine « Fôtis, il fut subtilement changé en « âne, et éprouva sous cette forme « mille fâcheuses aventures. N'avez- « vous pas entendu les hurlements « des chiens retentir pendant la nuit « profonde? Et que signifient ces « hurlements? qu'il y a dans le quar- « tier un loup-garou, ou un homme a qu'un sortilège a changé en mulet « ou en rosse. »
ft Ah, mon Dieu ! » s'écria le Doyen effrayé. « Si mon étoile veut que je ce sois, par les enchantements d'une
a sorcière ou d*un nécromancien , « transformé en béte , Ciel, et toi , « Destin, je vous conjure de ne pas « faire de moi une rosse galeuse, mais « un coursier plein d*ardeur : je « pourrai, au moins, devenir l'époux « des belles cavales, et laisser d'excel- « lents poulains de ma race; ou, si « c'est trop demander, au moins ac- « cordez-moi d'être transformé en « fouine ou en renard, pour que je « puisse aller au poulailler du Pré- « lat, et lui apporter la tête de cha- « cune de ses poules. » Puis, remis de son effroi, « Quel est, continua- « t-il, « ce monsieur à Tair discret « que j'aperçois ici? »
« Ce n'est .ni plus ni moins que l'é- « loquent Ulysse, le célèbre époux de « cette madame Pénélope. Après le « vieux Nestor qui avait vu trois
a âges d'homme, Ulysse fut le plus ce prudent de tous les Grecs qui abora dèrent aux rivages de Troie bâtie « par Neptune». Quand par ses arti- « fices la superbe Uion eut été réduite « en cendres, et qu'il ne resta plus de a la noble cité que la plaine où s'élea vait l'orgueil de ses remparts*, a Ulysse, chargé des dépouilles d'une a immortelle victoire, reprit le che- « min de sa chère patrie ; mais, vic- « timedu ressentiment de Neptune,