‹ Le Goupillon (o Hyssope)Chapitre 21 sur 36 · Il est question d'Arronches pag 99 et · texte numérisé non relu

Il est question d'Arronches pag 99 et

« mons, et, bien que souvent, à rai- « son de ma charge, il m'ait fallu « malgré moi rester au chœur pen- « dant le sermon , je dors tout le « temps que braille le prédicateur.

« Je n-ai pas d'autre moyen pour « tromper l'appétit qui me prend à « cette heure-là. Si jamais je deviens « évêque (le sang royal des Lara qui « coule en mes veines me permet cet « espoir), je vous promets, mon Père, « à cette place oîi nous voilà, de ban- « nir les sermons de mon diocèse. Et « si je trouve quelqu'un qui ait la ma- « ladie delà prédication, j y remédie- «i rai bientôt. Je le prierai d'aller, « pour satisfaire ce devoir, prêcher la c foi chez les hérétiques et les gentils, « qui lui donneront le prix de ses « travaux, et de ne plus nous étour- « dir les oreilles d'une longue et in-

« sipide harangue que le peuple écoute a par habitude, qu*il ne comprend « pas, et qu'il paie fort cher, en don- « nant, et cela me paraît dur, son ar- « gent sans savoir pourquoi. Ah! des <K sermons ! et cela quand on voudrait « aller dîner ! ils ne sont bons qu'à a redoubler l'appétit et causer le « sommeil. Mais revenons , mon « Père. Cet Alcide, à ce que j'ai ente tendu dire, fut le plus grand fai- « néant de son temps. »

c II aima les dames. Que fait cela?

« Vousme voyez. J'ai plus de soixante « et dix ans, et pourtant, quand j'en « rencontre, Je ne leurfaispas grâce.»

« Il m'en coûte, mon Père, il m'en « coûte beaucoup de vous avouer que a je n'en puis dire autant de moi :

« néanmoins je ne passe pas la « soixantaine. C'est la vertu du froc.

« Mais je voudrais bien, si ce n'est « pas importuner Votre Révérence, « vous entendre raconter toute Fhis- « toire de ce mauvais sujet; car, si « je ne me trompe, elle doit être va- « riée et très-divertissante. Je me « rappelle que, lorsque j'étais encore c( au collège, j ai entendu lire la mer- « veilleuse histoire du bachelier Tra- « paga et de Peralvilho de Cordoue ' à un « prêtre du voisinage, bon poëte, qui « savait tout Borralho, et avait une « bibliothèque thoisie. Je vous con- « fesse. Père jubilé, que de ma vie a je n'ai rien entendu qui m'ait fait a tant de plaisir; à telles enseignes « que, pour avoir ce plaisirJà, j'ai fait a plus d'une fois l'école buissonnière.»

I. Mathieu da Sylva Cabrai, né à Sétuval en ï666, a composé quelques comédies, et une nouvelle intitulée : Vida de Peralvilho de Çordova.

et Bien volontiers , » répondit le « moine, puisque cela peut vous être « agréable ; » et il commença de la sorte :

a Ce héros naquit d'Alcmène et de « Jupiter, bien qull ait longtemps « passé pour fils d'Amphitryon... » — « Votre Alcide était donc fils d'une « coquine? En avant, mon Père :

« voilà un commencement qui pro- « met. »

« Il vint au monde très-robuste et « très- vigoureux. Dix mois, tout au « plus, après sa naissance, une nuit « qu'il reposait dans un bouclier, en « guise de berceau (c'était un bou- « cher d'airain qu'Amphitryon avait, « dans un combat, enlevé à Ptéré- « las , deux couleuvres , grosses

I . Le poëte a suivi le récit de Théocritc, au commencement de l'iydllc xxiye.

« chacune comme un madrier, se « glissèrent furtivement pour le dé- « vorer : Junon, consumée de jalou- « sie, les avait. envoyées. Mais le pe- « tit Alcide lés étouffa, les déchira (f avec plus de promptitude que Je « n'en mets, quand la faim me presse, a à découper une poularde dans ma « cellule... Je dis ma cellule, parce « que cet oiseau n'entre jamais au « réfectoire; la morue seule y estad- « mise, et encore parfois est-elle gâ- « tée. Plus -tard, et devenu grand « garçon , il nettoya Técurie d*Aucc gias; travail immense 1 »

<c Fils de catin ! valet d'écurie ! »

s'écria le Doyen, qui ne put retenir cette sage réflexion : « Voyez un peu « de quelle étoffe était ce jeune « drôle! »

« Il se distingua bientôt par de

::jî::.-

« plus grands exploits. Dans la forêt « de Némée, il affronta face à face « et sans trembler un terrible lion, a et , d'un coup de sa lourde massue, « il lui fracassa la tête. »

,Le Père en était là, quand le Doyen coupa brusquement le fil de rhistoire. Il avait aperçu, à la porte du cloître , le Gardien qui venait à lui, frottant ses yeux encore mal ouverts , et il se prit à crier de toutes ses forces :

« J'appelle à votre sage Révérence, « Père constitué en haute dignité, (.< j'appelle de l'affront que me fait « mon chapitre. Ils veulent, sous « peine d'amende, m'obliger à venir, a à une porte sale, présenter le saint « goupillon à notre gros -Prélat. Je « sollicite aussi, avec tout le respect « convenable, les vénérables Apôtres,

c( mille foiS| et avec bien des instances, a instamment... »

« C'est assez, » dit le Gardien. « L'ap- (( pel est interjeté. Maintenant, tance dis que le Père jubilé, à défaut de « notaire cpii puisse donner acte, ré- «c digéra le certificat , asseyons nous « au pied de ce rosier pour prendre « un peu le frais. »

Les voilà donc assis, et le Doyen commença ainsi Tentretien :

« Assurément, personne ne peut « contester les progrès que de nos « jours a faits le Portugal, sous la « haute influence de notre grand « roi», de ce roi magnanime qu'on « ne loue jamais assez, premier du « nom comme premier en vertus, et « sous celle du sage ministre ^ qui

Page 1