Le marquis de Pombal
<K l'aide de ses conseils. Je ne parle a pas des sciences et des arts; car je « n'y entends rien, et mes fonctions a ne me laissent pas le temps de a m'appliquer aux lettres, comme « mon goût et la nature m'y appel- « lent : seulement, quand j'ai un peu « de loisir, je lis quelques passages « de VArt de la cuisine ', étude, à mon
I Domingo Rodrigues, mort à Lisbonne le 20 décembre 1719} 9 quatre-vingt-deux ans, était chef de cuisine chez le roi. Il a publié Arte dt cozinha, en trois parties; Lisbonne, 1680, 1685, 1698, 1732 II y a encore Arte de cocinûy pasieleria^ etc , par François Martins Coutinho et non pas Moutinho, faute de grande importance! commise par Antonio dans sa Bibliothèqae espagnole, et doctement relevée par Barbosa dans sa Bibliothèque lusitaine. Ce Martins, après avoir été cuisinier de Philippe II, passa en Portugal avec la princesse Jeanne d'Autriche, mère du roi Sébastien. Son livre parut à Madrid en 161 1. Barbosa cite un traité de Part de la cuisine composé, en 161 5, par un Alvaro Martins, cuisinier de cette même princesse Jeanne d'Autriche. Ce traité était conservé manuscrit dans la bibliothèque du chantre
c sens, plus profitable aux hommes « que le français, qui est si fort à la « mode. Je veux parler de l'arranger « ment des repas, du perfectionne- « ment des habits et des assemblées, « du bon goût des jardins et des pa- « lais. Et cela, mon Père, je le. dis, « parce que ce cloître, qui, il n'y a « pas deux jours, était un véritable « toit à porcs, est aujourd'hui devenu « un paradis. Mais de quoi n'est pas « capable un grand génie, un génie « tel que celui de Votre Révérence? »
Le Gardien, que ce compliment remplit de vanité, répond avec une modestie affectée :
« Comment les yeux de Votre Sei-
d'Évora. Les critiques voient tout de suite que cette identité de noms, de professions, d'ouvrages et d'époques, offre de grandes difficultés. J'appelle leurs recherches sur ce point d'histoire littéraire.
a gneurie, qui a parcouru ces pays « étrangers que Ton vante tant, peu^ « vent-ils trouver ici quelque chose a qui leur plaise? Tout se sent ici de a la pauvreté de saint François. »
« Je ne dirai pas cela, » répliqua le Doyen. « Quand je contemple Ta- « grément de ce verger, les dessins a de ces bois, Tart exquis avec lequel « les figures sont travaillées, cette « profusion de vases et de fleurs dont a le jardin est orné, il me semble que « je suis transporté au milieu des « beautés de Castel Gandolfo ou de a Frascati, où j'ai eu vingt fois Thon^ « neur de causer avec le Pape. Tout « ici 'est délicieux , et , pour n'a- « voir rien à envier aux plus fameux, « aux plus agréables jardins de France a et d'Italie , il ne vous manque « qu'une cascade pareille à celle de
« Terni. Si Votre Révérence en veut « voir le plan, je vais le lui envoyer ; « je Tai chez moi. »
a Une cascade, » dit le Gardien, « coûterait beaucoup d'argent; et « aujourd'hui les aumônes suffisent « à peine pour remplir Testomac de a tant de Frères malades de la faim « canine. Jadis ce couvent était ri a che; mais les nouvelles lois testa- « mentaires ont fait une grande brè- « che à nos revenus. La vérité est « que les saints exorcismes>, les bé- « nédictionsqui détournent Teffet des « philtres et tuent les chenilles, le ot grand et extraordinaire privilège «. de frère ou de mère de moine, s'en « vont diminuant chaque jour, ainsi
1 . L'éditeur cite en ce lieu des vers du Franciscain de Buchanan, qui paraissent avoir fourni au poète quelques-uns de ces détails.
« que d'autres pieuses institutions, a que nos dévots prédécesseurs ont « jadis finement établies, et que nous « propageons avec zèle et adresse « parmi le peuple, parmi les femmes « surtout. Mais tout cela n'est rien ; « ce n'est qu'un grain de cumin en « comparaison de ce que rapportait « le Purgatoire. Seigneur Doyen, le « Purgatoire et les Saintes Ames « étaient le Potose pour Tordre de « Saint- François. »
L'arrivée du Père jubilé interrompit le discours. Il apportait le grand certificat qu'il était allé rédiger. Lara le reçut d'une façon polie, et il quitta les deux Pères avec mille importuns compliments et autant de profondes salutations. Puis, courant et sautant comme un cerf, il revient chez lui tout joyeux.
Sur-le-champ il fait appeler le triste Luz , qui a Thonneur de racler du violon à la cathédrale d'Elvas et d être au tribunal mauvais notaire, ou, ce qui revient au même, très-mauvais greffier. De plus, il avait couru les classes , et il joignait à toutes ces qualités une érudition profonde pui< sée dans les Hauts faits de Renaud, dans V Histoire de^ l'infant Don Pèdre^ dans Florisel de Niquée, et autres romans de l'immortelle chevalerie errante.
a J'ai, » lui dit le Doyen, « une af- «. faire d'importance à te confier au- « jourd'hui ; mais auparavant il sera « bon que tu fasses, selon ton usage, « quelques libations au grand Bac- « chus. »
Il dit, et ordonne d'apporter promptement trois carafons d'un bon vin de Borba. L'honnête Luz, transporté à
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cette vue, ne se fait pas prier, et, en deux rasades, il met à sec un des flacons. Le second ne tarde guère à éprouver un pareil sort ; le troisième est attaqué sans délai, et le redoutable champion y fait un large vide.
Quand il eut calmé Tardeur de sa bile, il adresse la parole au Doyen d'une voix animée :
« Votre Seigneurie pourrait-elle de- « mander à son serviteur quelque « chose qu'il ne soit prêt à exécuter?
« Quel est le danger qu'il n'affrontea rait pas? Je traverserai les durs « glaçons de la Nouvelle-Zemble, je « m'exposerai en plein midi aux «brûlantes ardeurs de la Libye';