I. Virgile, iC/i., VI, 62 j
Noa mihi si lingua ccntum sint, oraqut centum , Ferrea vox, omnes sccUrum comprendere formas , Omnia panarum pcrcumrc mmina possim !
CHANt VI. 151"
rage moins terrible, et s*élance moins redoutable que le Prélat transporté de courroux. La vile Paresse, qui reposait étendue près de lui, s*enfuit épouvantée. Dans sa rage, il crie à ses laquais de châtier sur Theure et sans pitié Taudacieux greffier. Les lâches et insolents coquins arrachent du fourreau Tépée dont ils sont armés, au mépris des lois et des magistrats; ils courent, comme des insensés, sur les pas du pauvre Gonsalves. Tels des chiens déchaînés poursuivent avec ardeur un féroce sanglier qui, emporté par une fuite rapide, s'enfonce dans l'épaisseur de la vaste forêt. Gonsalves, arrivé avant eux au poste militaire, les insulte de son regard dédaigneux.
Ainsi le mâtin à poil roux qui , fidèle ^ et caressant, accompagne un rustique maître portant à la capitale les fruits
de son verger, s*il s'arrête, au coin d'une rue, séduit par la forme gentille d'une chienne de la ville, aussitôt la troupe hargneuse des amoureut du quartier s'élance sur lui en fureur; mais, cachant sa longue queue entre ses jambes, il s'enfuit, et court sans s'arrêter jusqu'à ce qu'il ait rejoint son maître : alors, en sûreté sous les basques de son protecteur, il se retourne contre ses rivaux, et, fronçant ses naseaux indignés, il gronde et leur montre ses dents blanches et acé* rées.
Si mes vers ont quelque pouvoir, si, perçant le nuage obscur des âges à venir, ils se dispersent sur les ailes du Temps parmi les diverses régions de ce globe, intrépide Gonsalves, tant qu'il existera des archers, des alcades et des huissiers, ton nom vivra fa-
meux, pour prix de la valeur héroïque avec laquelle tu affrontas le terrible courroux du gros Prélat, et, dans la Place du Marché, tant que Timmense Lisbonne élèvera son front jusqu'aux cieux, tu seras, pour la canaille empestée des alguazils voraces et sans âme, un objet d'envie et de louange; ils te nommeront le premier des recors.
Cependant la Seigneurie, qui avait été témoin de cette scène comique, appelle l'agile Renommée, et lui ordonne de porter rapidement au Doyen la nouvelle de ce grand succès.
Le Doyen était agité d'espérance et de crainte ; tantôt il se fiait au zèle de Gonsalves , tantôt il craignait que le timide greffier n'eût pas osé poursuivre l'entreprise commencée, quand la prompte courrière enchanta ses oreilles du bruit de ce grand succès.
Filles de Mémoire, qui habitez dans une constante union les frais bocages du Pinde, redites quelle fut son allégresse.
Le superbe Lara, poussant des cris de joie, court à travers ses vastes appartements : moins agiles sont les sveltes Ménades lorsque, dans les Anthestéries de Bacchus, elles courent, emportées par le Dieu et par le plaisir, en invoquant Nyctélius. Il appelle ses valets, et leur raconte, en éclatant de rire, la surprenante aventure. Il leur décrit, tantôt la merveilleuse adresse du hardi greffier, tantôt le vain courroux du triste Prélat.
O race des humains, hélas! qu'avec facilité tu t'endors au milieu du calme, sans craindre que la Fortune, divinité cruelle, étourdie, glissante et capricieuse, ne te tourne le dos et ne te
montre son crâne chauve. Superbe Lara, tu en fis, pour ton malheur, la prompte expérience. Au moment même oti tu te croyais au comble de la prospérité, toute ta joie s'évanouit subitement, semblable à ces légères exhalaisons, qui, à peine formées, disparaissent dans les abîmes du ciel.
S'abandonnant à Tespoir que lui donne un si favorable début, le Doyen commande que, pour célébrer Theureux événement, un souper splendide ' soit préparé. « Je ne veux pas, » dit-il d'un air tout réjoui à sa vieille gouvernante, qui elle-même saute de plaisir, « je ne veux pas qu'en un jour a si beau tu laisses au poulailler un « seul poulet vivant. » Ce n'est pas assez : pour donner une plus grande preuve de son excellent goût , Lara décide qu'un concert magnifique, exé-
cuté par les meilleurs musiciens de la ville, servira de prélude au somptueux banquet. Enfin , pour ajouter foi au plaisir des convives, il veut qu'au concert succède dans la grande salle le galant spectacle des petits chevaux noirs».
En même temps il envoie porter des.
invitations a cent personnes distin-
I. J'ai appris de M. Dubeux, que les cavallinhos fuscos soot des chevaux de carton sans jambes, dont le corps est percé de façon qu'un homme y peut entrer; et cet homme, qui paratt assis sur le dos du cheval, fait en courant diverses évolutions, qui ont l'air d'être exécutées par le cheval. Pour qu'il y ait quelque espèce d'illusion, de fausses jambes d'homme sont peintes de chaque c6té du cheval, et les véritables sont cachées par une toile cousue tout autour du corps de l'animal. Je me rappelle qu'autrefois la cavalerie dans les pantomimes de nos boulevards était composée de cette espèce de centaures. Au reste, comme toutes choses, même en Portugal, vont se perfectionnant^ les cavallinhos fuscos sont aujourd'hui peu à la mode.
guées du clergé et de la garnison.
Cependant la féroce gouvernante exécutait impitoyablement Tordre sanguinaire, çt coupait le cou à cent poules, à cent poulets. Dans la bassecour se distinguait un vieux coq, père d'une nombreuse famille, toujours victorieux de ses fiers rivaux, et dont Tergot rouge et la rouge crête imprimaient le respect ; mais tant de qualités brillantes ne le peuvent sauver du massacre général, et il honore de son sang le festin de son barbare maître.
Déjà la Nuit sombre, partie du Bosphore Cimmérîen, avait étendu ses ailes parsemées d'étoiles, et enveloppait notre hémisphère dans d'épaisses ténèbres, quand les convives se réunirent à la maison du superbe Doyen.
Déesses du Parnasse, versez en mon cœur une nouvelle flamme; dirigez ma voix afifaiblie et ma débile harmonie, pour que je puisse dignement célébrer les noms et les faits de ces nobles personnages.
Le premier qui entra dans le grand
salon fut le jeune Sequeira, qui, dans l'art de l'usure et de la chicane, rival d'un père astucieux, le surpasse en avarice. Il porte suspendu à un ruban gras et sale le bambou dont il se sert pour chasser les mouches du château.
Après lui s'avance avec circonspection le fidèle Achate > du magnifique Lara , homme prudent et grave , et le plus taciturne des habitants d'Elvas , excepté toutefois le triste et malheureux Tacanho, auquel pour son malheur le vieux Torres a donné le jour.
Des méchants (cruelle Envie! qui sera à l'abri de tes dents envenimées, si la simplicité et l'innocence ne leur peuvent échapper?), des méchants disent
I . Ce fidèle ami est désigné par le sobriquet de nonenta cabelloSy l'homme aux nonante cheveuXy sans doute parce qu'il était chauve. Rien n'est plus commun en Portugal que les sobriquets. Il n'est presque personne qui ne porte quelque surnom.
l6o LE GOUPILLON.
tout bas qu*il ne parle pas parce qu*il ne sait pas parler. Quelques esprits plus justes le défendent, et le portent aux cieux; en effet, s'il ne sait pas parler, au moins il sait se taire ; il ne s'empare pas des oreilles de ceux qu'il rencontre, ainsi qu'on voit la glissante et noire sangsue s'attacher à la peau d'un malheureux, et ne lâcher prise qu'après avoir assouvi sa cruelle soif ' ; il ne ressemble pas à cet imbécile de Sardinha, qui ne laisse les gens qu'après les avoir impatientés par cent questions importunes.
Sur ses talons entre tout essoufHé un mathématicien fameux, Velloso, qui pourrait douter même de Jésus-