‹ Le Goupillon (o Hyssope)Chapitre 30 sur 36 · I. Horace, Art'poitique · texte numérisé non relu

I. Horace, Art'poitique

Indoctum doctumque fugat recitator acerbus, Qtum vero arripuit, tenet, occiditqae Ugendo, Non missura cutem nisipUna cruoris hirado.

CHANT VII. l6l

Christ, et «st aussi bavard que l'autre est silencieux. Il sait d'un bout à l'autre, et sans en passer un seul mot, le grand commentaire d'Acclamo, et, à coups de dictionnaires S il a traduit en mauvais portugais quelques passages du Concile de Trente : avec cela, et quelques exemples qu'il a pris dans le Rudiment des Jésuites, et qu'il s'en va partout répétant, il a parmi les siens le renom d'homme consommé, d'excellent juge des sermons et des prédicateurs, au grand déplaisir du hardi Casadinho , qui , en sa qualité de barbier du Prélat, s'attribue exclusivement cette prérogative.

I. li y a dans le texte : « afona de pac velho, » ce que je n'entends point. J'ai mis une espèce d'équivalent. [Il faut sans doute- lire pae, père» au lieu de pac, qui n'est pas un mot portugais ; le sens serait : à force de consulter les Pères de l'Église ; mot à mot :'à force de vieux Pères. Note de la i* édition,]

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Bientôt paraît le fat et efféminé Perinha, illustre rejeton des Gates- Rodovalhos », et le coryphée de la canaille du pays.

Aussitôt tout Tappartement retentit du mot de Votre Seigneurie : on aurait cru entendre le bourdonnement d'un essaim de moustiques. L'obligeante formule est prononcée par lui, et il la reçoit en retour; elle caresse d'abord ses longues oreilles, puis, montant jusqu'au cerveau , elle lui remplit la tête des plus nobles vapeurs.

Peu d'instants après arrivent les deux Bichos, les délices et la joie de la ville d'Elvas ; puis Leite et Barqui- Ihos, si fameux, l'un pour son obstination à traire les longues mamelles

I . Je n*ai pu trouver le sens du sobriquet gatosrodovalhos, littéralement : chats-turbots.

d'un grand bouc ; l'autre pour sa généreuse pitié quand il vit étendu le cadavre du fier taureau qui lui avait déchiré ses belles culottes de chamois :

« Que le ciel , » dit-il à haute voix ; <c me pardonne mes péchés, comme je a te pardonne ton insolence et ma cu- « lotte déchirée. » Partout où ils passent, la populace moqueuse les accompagne de ses railleries et <lc ses risibles quolibets. Ainsi Lisbonne vit jadis Caturra et le célèbre Dom Félix traverser les rues, bras dessus bras dessous, parmi les criailleries de la vile multitude.

Mais voici venir un illustre personnage , qui , en esprit , en finesse , en grâce, en courage, peut leur disputer le pas. « Place! place! Laissez pas- « ser! » C'est le grand Salgado, dont

les trompettes de la Renommée ont proclamé la gloire dans tout TAlemtejo. L'indiscrète Déesse redit toutes )es beautés qu'il aima dans ses jeunes années : elle en porte au cou la longue liste. Depuis Thumble et grosse servante jusqu'à la femme de qualité la mieux tournée et la plus élégante, on y lit leurs noms, leurs charmes et leurs talents. Dans leurs prairies que rÈbre arrose de ses eaux transparentes, moins de belles amantes suivaient le chantre de Thrace, quand sur le rivage désert il appelait en vain son épouse deux fois perdue. Aujourd'hui même qu'il consacre ses jours à de plus sérieuses études et fait la médecine pour les rustiques habitants du village, il ne peut calmer cette frénésie, et l'empirisme, avec ses grands

secrets, n'a pas assez d'herbes ni de cataplasmes pour guérir son cerveau malade.

Ensuite se présente un cavalier non moins illustre. Il est noble comme les Venegas, et compte beaucoup de princes parmi ses aïeux. Il pourrait à un repas manger un bœuf entier sans dire assez, et boire une pipe d'eau, de café , de chocolat , de thé , de sorbet , comme uif autre en boit une tasse. Il ne se donne pas un souper, pas un goûter, où il ne coure, s'asseoir. On le voit voler, attiré par le bruit, par l'odeur du plus mauvais repas : moins prompte est la corneille croassante, moins rapide est le noir corbeau , quand, du haut des airs^ ils se précipitent sur le pauvre animal qui a laissé ses os au milieu du chemin qu'il n'a pu achever. La faim canine qui le

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dévore Ta fait surnommer le Glouton :

toute la ville le connaît sous ce nom.

Tu ne dois pas être oublié dans mes vers, Prieur de la sainte église qui décore Alcaçova; toi qui, par l'effet d'un enchantement, de blanc et de blond que tu étais jadis, es devenu brun de peau et noir de cheveux. Il entre en soutane et en cape , et sous le bras il porte un sabre. Si la Renommée qui récite ses prouesses ne nous a pas trompés, il en a plus d'une fois, pendant les sombres nuits, fait sentir le tranchant aux. Diables effrayés.

Cependant arrive, à pas lents et mal assurés, un vieillard hernieux, Saldanha, qui, en matières économiques, peut donner dame et as au Grec Xénophon. En signe de la joie qu'il éprouve, il s'est paré de. son habit du dimanche. Sur une veste blanche , il

porte d'une façon gracieuse un habit qui était noir il y a quinze lustres; ses culottes sont grises ; les souliers , les bas, la petite épée, et le reste, tout est assorti à l'habit.

A côté de lui s'avançait son vieux nègre, tenant la sale marmite dans laquelle il a coutume de ramasser les restes des repas auxquels il assiste, afifamé comme, un autre Tantale. Sa famille passe la semaine avec ces misérables reliefs.

Et toi, épais Silva, ornement de Tantique Torres-vedras ta patrie, savant lecteur de l'Année historique^, tu ne fus pas des derniers à entrer dans le riche salon.

Ces illustres conviés, et quelques

I . L'Annie historique {Anno historico^ Diario PortugueZy etc.) est une compilation historique, en trois tomes in-folio (Lisbonne, 1714— 1744), par le père François de Santa Maria.

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autres de pareil mérite , dignes tous de renom et de gloire, honorèrent de leur présence cette^ belle soirée. Mais Tamour de la justice ne me permet pas de laisser vos noms enveloppés dans les ténèbres que répand au loin l'onde soporifère du triste Léthé, toi, sale Pao-raloS et toi, honnête Gonsalo, toi qui parles la langue de Mourama, et qui, armé de la baguette rouge», taxes avec une rare équité les melons et les poires que mange le peuple d'Elvas.

Enfin tout le monde est arrivé, et un vaste cercle est formé dans le beau

1 . Pao-ralo. Voilà encore un sobriquet dont j'ignore l'origine. [Pao-ralo pourrait être un insecte du Brésil assez semblable à celui que nous appelons courtilière.]

2. La baguette rouge est en Portugal Tattribut distinctif des offices et juridictions subalternes , et la baguette blanche appartient aux ministres et juges supérieurs. Voyez l'éditeur portugais.

salon. Alors le Doyen donne le signal à l'orchestre. Une bruyante sonate de clavecin , avec accompagnement de guitare et de castagnettes, sert de pré^ lude au concert. A la sonate succède un duo, morceau merveilleux. Jamais sur les théâtres de Milan, de Venise, de Naples, de Florence, on n'entendit rien de si charmant. Il fut chanté par le grand Eugenio et le fameux Félix.

O Zamperini », toi qu'un ordre trop rigoureux a bannie de Lisbonne, oti tu semais le trouble parmi nos petitsmaîtres, bien que les Grâces char-'

I. Madame Zamperini était une cantatrice vénitienne qui vint à Lisbonne en 1770, et y resta jusqu'au milieu de 1774. A cette époque, le marquis de Pombal la fit sortir du Portugal. Ses rares talents et sa beauté y avaient tourné toutes les têtes. Le poète Diniz était au nombre de ses plus fervents admirateurs. On lira avec plaisir la note que Péditeur portugais a faite sur cet endroit.

mantes soient tes compagnes assidues et donnent à tes accents cette mélodie enchanteresse qui te rend victorieuse des trois filles d'Achélous, Zamperini, si tu avais pu entendre les suaves accords de ces deux virtuoses , leurs passages, leurs roulades, quels merveilleux et nouveaux secrets tu aurais appris!

Après le duo, le léger Vidigal s'empara d'une mandoline placée dans l'orchestre . Sur la table de hêtre blanc, ouvrage d'un fameux artiste, on voyait ' en marqueterie d'ivoire et de palissandre le cortège Joyeux du fils de Sémélé, quand, vainqueur du Gange, il retournait en Grèce, parmi les danses et les jeux. Le Dieu joufHu était assis sur un grand char que des pampres verts défendaient des rayons du soleil. Un vaste tonneau d'où coulait un ruis-

seau de liqueur vermeille lui servait de trône. D'une main, le jeune immortel tenait un thyrse vert dont il se servait pour exciter l'ardeur des deux tigres attelés au timon ; de l'autre, il portait à ses lèvres altérées une coupe pleine d'un suc savoureux. Derrière le dieu, l'artiste avait représenté l'ivrogne Silène, le front couronné de lierre et monté sur un âne fatigué. L'imitation était si parfaite , qu'il semblait que le demi-dieu dût tomber, balancé par les pas de sa faible monture et étourdi des fumées qui troublaient son cerveau. Une troupe de Faunes joyeux l'entouraient, prêts à le soutenir, et le bon Silène les regardait en riant de ses yeux à demi fermés. Devant le char dansaient en désordre des Bacchantes échevelées et de lascifs Satyres : les uns soufflaient dans

des trompes recourbées» les autres frappaient sur des sistres et de durs tambours.

Vidigal se recommanda au Dieu qu'il aimait, et après avoir, dans un long prélude, accordé les cordes harmonieuses, il fit entendre cette afifreuse voix dont il a coutume d'entonner le Mémento dans les enterrenients solennels. La joyeuse compagnie semblait suspendue aux lèvres mugissantes de rillustre chapier célébrant sa glorieuse patrie. Les belliqueux soldats du nouveau bataillon de la terre d*Elvas sont, à la parade, moins attentifs à la voix galicienne ' de Malifa, quand

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