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narration comique, que la verve du poète quasi aveugle se manifesta ; il improvisa quelques vers à la grande joie de l'assemblée; Faicato les recueillit. Le poème était commencé ; quelques jours suffirent pour que rhôte obligeant de Diniz l'eût écrit complètement.
Cette improvisation brillante n'a rien qui doive surprendre chez un poète portugais, nous avons vu en ce genre des choses vraiment prodigieuses ; mais ce qui doit étonner, c'est l'élégance soutenue, la correction pour ainsi dire irréprochable de ce petit poëme qui est en Portugal dans toutes les mémoires aujourd'hui, et dont les vers, passés à l'état de dictons populaires, reviennent si souvent dans la conversation. Ces qualités^ qui à elles seules rendent une œuvre durable, furent en partie le résultat de l'influence française, qui plus tard alla trop loin et contre laquelle
durent réagir quelques Arcades irrités contre les imitateurs maladroits.
On a fort exagéré sans aucun doute le genre de rapports qui existaient vers la fin du XVIII* siècle entre Francisco Xavier de Menezes , quatrième comte d'Ericeira, et Boileau ; on a même confondu à tort avec le grand seigneur portugais plusieurs membres lettrés de la même famille ; il est certain toutefois que ce personnage , devenu directeur de l'Académie d'histoire sous Jean V, et qui passa dans une cécité absolue les dernières années d'une vie laborieuse, avait traduit en portugais l* Art poétique. Cette version n'exerça qu'une influence bien restreinte sur le Portugal vers l'année 1697, époque à laquelle son auteur l'avait terminée. On n'est point dans le vrai non plus lorsqu'on affirme qu'elle resta oubliée dans la vaste bibliothèque du comte. Fort connue de Boileau lui-même.
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qui s'excuse de n'avoir pu la faire imprimer en 1701 , parce qu'un chant du poëme s'était égaré, dit-il, entre les mains d'un de «ses amis, elle fut imprimée plus tard à Lisbonne dans PAlmanach dasMusas, et on l'a rééditée au début de ce siècle. Boileau, on le voit, était dès lors apprécié par les académiciens de Lisbonne , s'il ne l'était pas à Elvas. On peut dire que son in~fluence fut directe sur Antonio Diniz, qui d'ailleurs n'ignorait aucune des finesses dé la langue française.
Que le souvenir du Lutrin et de son succès vraiment populaire se soit tout à coup emparé de l'esprit du poète, lorsqu'il en jeta à l'aventure et, comme en se jouant, les premiers vers improvisés chez un ami, qui eut l'heureuse pensée de ne point les laisser tomber dans l'oubli, la chose parait assurée ; mais ce qui est certain aussi , c'est que les conseils donnés par Boileau à
XXviij NOTICE BIOGRAPHIQUE
tous ceux qui se mêlent du grand art des vers ne sortirent pas de sa mémoire, et qu'il amena insensiblement son poëme à ce degré de perfection que les maîtres seuls réalisent par l'inspiration et par le travail, ces deux sources fécondes qui font éclore les chefs-d'œuvre.
Pour le public, Diniz s'en mettait peu en peine, il Ta bien prouvé; sa boutade satirique était réservée pour un petit nombre d'amis. Le manuscrit original recueilli par Falcato ne resta pas néanmoins unique ; il était encore entre les mains de ce spirituel habitant d'Elvas en l'année 1805 , et une personne digne de foi l'a vu à cette époque dans la ville qu'avait habitée le poëte. Diniz s'en était fait donner une copie, et de son consentement une troisième transcription fut faite pour le trésorier de la cathédrale , Antonio Mendes Sacchetti.
Tant que notre jeune auteur résida à Elvas,