‹ Le Goupillon (o Hyssope)Chapitre 4 sur 36 · SUR ANTONIO DINIZ. XXIX · texte numérisé non relu

SUR ANTONIO DINIZ. XXIX

le secret le plus absolu fut gardé surPexistence de ces petits cahiers, dont la révélation eût brouillé Pauteur avec maint personnage. Après le départ du jeune magistrat, il en fut autrement ; les démêlés qui avaient excité tant de trouble étaient depuis longtemps éteints , on se montra les vers d'Antonio Diniz, et l'on en rit, sans danger pour le poëte : il se préparait alors à quitter l'Europe. Ce ne furent pas néanmoins les copies du Goupillon laissées entre les mains des deux habitants d'Elvas qui firent la fortune du poëme. A une époque où Diniz était déjà de retour à Lisbonne depuis quelques années, ne songeant probablement plus guère aux démêlés du doyen Lara avec son évêque, un certain docteur en droit, nommé Vas de Oliveyra, fort habile jurisconsulte, mais fort médiocre littérateur, obtint de Diniz lui-même le manus-

crit d'une bagatelle qu'il semblait avoir oubliée; il en devait tirer une copie, mais il fit ce travail avec tant de négligence, que des fautes grossières déshonorèrent cette transcription communiquée à nombre de curieux qui en tirèrent à leur tour d'autres copies On y remarquait non-seulement des lacunes altérant le sens, mais des erreurs de versification, et c'est pour cela, sans aucun doute, que tant de variantes ont circulé jadis sur le texte du Goupillon. Ce fut cependant l'un de ces textes imparfaits qu'obtint à son tour le comte d'Oyras, le fils aîné du marquis de Pombal. Ce dernier, qui se piquait d'imiter Richelieu en toute chose et qui se posait en protecteur des lettres, goûta fort le petit poëme ; il en parla à son auteur en lui adressant les compliments les plus vifs, et s'il faut même en croire la tradition, ce serait pour complaire au mi-

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nistre qu'Antonio Diniz auoit changé la division du poëme, en l'augmentant- de plusieurs chants.

A l'époque où l'auteur du Goupillon se voit ainsi dans la faveur du ministre, tout est conjecture , malheureusement, dans sa biographie, et sa vie nous reste cachée; ce que l'on sait d'dne façon certaine, c'est qu'il résida de nouveau à Lisbonne au début de l'année 1774. A cette époque même, une sorte de réveil a lieu dans l'Académie dont il a été l'un des fondateurs;l'Arcadie,quiavaitsommeillé,reprend ses séances chez le comte de Rio-Maior.

Antonio Diniz y est assidu, mais il n'y trouve plus déjà les compagnons inspirés qu'il y voyait dans sa jeunesse. Antonio Garcâo et Quita n'existent plus , et ce qu'il y a de vraiment douloureux à dire ici, l'un est mort dans un cachot, où il a été plongé par ordre de Pombal, l'autre a suc-

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combé sous les étreintes de la misère. Le poète ne peut évoquer que de tristes souvenirs. L'Arcadie n'a plus de chants dignes qu'on les répète; ses prétendus pasteurs sont dispersés, ou bien ils ont faibli après avoir accompli leur œuvre. Ce ne sera pas un dithyrambe en l'honneur de Pombal qui pourra ranimer leurs chants. Diniz, jurisconsulte et poète, ne refuse pas ses éloges à l'homme qui a rétabli les études sérieuses dans son pays, mais la mémoire d'une vengeance implacable exercée par le ministre de Joseph sur l'un des membres de l'Académie place ici un amer souvenir à côté de la louange; l'orage gronde encore, les Arcades vont se disperser.

Le séjour du poète à Lisbonne n'est pas d'aillçurs d'une durée bien longue; il part pour le Brésil dès l'année 1776, mais il ne quitte l'Europe que revêtu d'une haute magistrature ; il a été nommé Dezembarga-

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dorau tribunal de Rio de Janeiro, et non pas, comme on l'a répété, à celui de Bahia, qui, depuis Tannée 1763, n'était plus la capitale de Pimmense colonie. Diniz a dû être . profondément ému, n'en doutons pas, à la vue des splendeurs nouvelles qui ont frappé ses regards émerveillés; il a dissimulé néanmoins avec une sorte de coquetterie littéraire ses premières admirations Rien au monde de plus laconique que la relation de son premier voyage; elle est toute contenue dans un sonnet. — On a quitté le port depuis trois jours: une tempête. L'île riante de Madère apparaît que la semaine n'est point finie. Sierra Leone se montre ensuite, puis le calme fatal des mers d'Afrique se fait tout à coup pour le supplice des navigateurs et retient le navire durant plus de huit jours dans ces parages ennuyeux. La brise souffle, en deux mois tout au plus le voyage s'achève. Il ne

faut que vingt -quatre jours maintenant pour entrer des mers du nord dans le port magnifique de Rio, à l'heure qu'on aura désignée. Il y eut néanmoins dans ce voyage, si peu accidenté en soi, un fait qu'on remarquera nombre de fois plus tard, et dont les ennemis du poëte s'emparèrent pour rendre bien amères ses dernières années.

L'infortuné Alvarenga Peixoto, qui périt à la fin du siècle pour la cause de l'indépendance brésilienne, exilé sur les plages de l'Afrique, accomplissait la traversée avec Diniz, qui, par la suite, devint son juge; mais on semble oublier qu 'Alvarenga, condamné à la peine capitale, vit sa condamnation commuée en celle de l'exil, probablement à la demande de ses juges eux-mêmes. Des documents nouvellement publiés prouvent jusqu'à l'évidence combien le cœur d'Antonio Diniz se montra enclin à la clémence dans cette douloureuse affaire.

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