I. Voyez page
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a assignation dont tu te promets une « victoire assurée : tu succomberas « sous ton adversaire. »
Il dit*, et retombe immobile sur le large plat. Une sueur froide baigne les pâles figures des spectateurs ; leurs cheveux se hérissent sur leur front, et ils restent longtemps sans mouvement et sans voix. Enfin ils reprennent leurs sens égarés, ils se lèvent tremblants, et renversent et la table et les plats; trois fois ils se signent avec toute la main; trois fois, mais en vain, ils conjurent le fatal coq étendu sans vie; enfin, donnant au diable le funeste souper, ils sortent en secouant les talons.
Cependant l'appel avait été introduit dans l'instance supérieure, et la guerre était allumée. Deux fameux procureurs travaillaient à obscurcir le droit des parties. Combien de livres moisis, qui gisaient dans la poussière à demi rongés par les teignes jalouses et gourmandes, furent par eux ramenés à^la clarté du jour ! L'Excellence, la Discorde et la Seigneurie les excitaient ; ils étaient animés par l'ardente soif de ce métal brillant qui enchante le monde. L'un et l'autre avaient grif-
fi3nné en grosses lettres plus d'une rame de papier, vaste répertoire de textes et de noms d'auteurs qu'ils alléguaient sans ordre et sans à-propos.
Alors le fier Génie des Bagatelles prit en ses mains une balance fidèle « , et plaça d'une main attentive, dans l'un des disques d'or, les raisons du Doyen, dans l'autre, les raisons du Prélat. Voyant que celles-ci pesaient davantage, peut-être parce qu'elles avaient employé plus d'encre et plus de papier , il appelle auprès de lui , par un édit général , tous les grands
I . C'est ainsi que, dans Homère et Virgile, Jupiter pèse les destinées des guerriers :
Jupiter ipse duas aquato examine lances SustineU etfata imponit diversa duomm,
(/En., XII, 72 j.)
La même fiction se trouve au livre IV du Paradis perduj quand Dieu pèse dans la balance d*Âstrée les destinées de Satan et de Gabriel.
de sa cour, et, sans autres préliminaires, il leur parle ainsi d'une contenance fière :
« Je n'aurais jamais pu croire que « parmi des vassaux qui me doivent a Testime du monde, qui me doivent « l'existence , il se trouvât un rebelle a assez insensé, assez ingrat, pour a oser combattre mes desseins ! Le a temps, qui détruit toute illusion, « m'a montré quelle était mon er- « reur, et comme les plus grands « bienfaits s'en vont perdus avec des a cœurs ingrats. Cet énorme attentat « mérite un châtiment exemplaire, a Mais la clémence, compagne fidèle a de mon autorité, suspend le glaive, « dans l'espoir d'un prompt repentir.»
Alors il fixa ses regards sur la Seigneurie pâle et confuse , et poursuivit en ces termes :
« Je veux (tel est mon bon plaisir), « j'ordonne qu'aucun de vous n'ait à « s'entremettre dans le grand procès « qui divise aujourd'hui le Prélat et « le Doyen de l'église d'Elvas. Graine gnez d'encourir la perte de ma a royale faveur; craignez que je ne « dessille les yeux du monde fasciné « par vous ; que je ne. lui fasse voir « que votre être n'a rien de réel et « que vous n'êtes que de fantastiques a chimères. »
A ces mots , il se retire d'un maintien sévère, et les laisse tous affligés et confus.
La vaine Seigneurie comprend toute l'étendue de ces menaces ; elle se voit enchaînée , et, ne pouvant suivre l'entreprise commencée , elle va dans un désert pleurer sa honteuse disgrâce.
Cependant le Doyen , triste et con-
Sterne, passait les longues heures à se rappeler la funeste prédiction du coq lardé. Une cruelle mélancolie le ronge et le consume lentement. Il ne badine plus comme auparavant avec les gens de sa maison. Abîmé dans ses pensées, il mange peu, ne repose guère, ne joue point, ne boit plus, ni thé, ni café.
Retiré dans un coin obscur d'une chambre démeublée, il gémit : le laid et rauque hibou gémit d'un ton moins lugubre.
Un jour la gouvernante zélée, dont le cœur était profondément touché des maux de son patron, lui adressa ces paroles : « Qu'avez- vous, seigneur ce Doyen? Quel est ce chagrin qui a vous rend méconnaissable? Puissea t-il arriver mal à qui vous cause ce <t tourment ! Ce visage autrefois si gai, (c si gras, si respectable, si affable
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« même avec nous autres pauvres do- « mestîques, ce visage de Pâques est « devenu une face de carême. Rien ne « vous tranquillise. Enseveli dans un « morne silence, vous ne prenez plus « votre café, vous ne faites plus votre « whist. Je crains qu'on n*ait jeté un « sort sur vous. Ah ! si c'est là votre « mal, vous trouverez en moi un « prompt secours. Je sais vingt maniè- « res de détruire un ensorcellement.
« Mais, si vos ennuis ont une autre « cause, ne me la cachez pas. Peut- « être y trouverai -je quelque soulage- « ment. Une herbe dédaignée a guéri « souvent de graves infirmités. »
« Gouvernante, » répondit le Doyen, « radotez -vous? Peut-être ignorez- « vous le grand procès que j*ai avec « rÉvêque. Ma joie, mon existence, a ma gloire, [y sont intéressées. Ne
« VOUS rappelez-vous plus le funeste « présage du coq lardé? Quelle cause a plus légitime voulez-vous trouver « à ma .tristesse? Oh! si les astres « cruels ont ordonné que je perde ma « cause, ce chagrin seul, sans fièvre « ni frisson, suffira pour me tuer. »
« — Seigneur Doyen, si tel est le « motif de votre chagrin, certes il est « raisonnable. Toutefois, il n'est pas a de mal si grand auquel on ne puisse « trouver remède. Dans ma jeunesse, « la vieille Canidie ' m'a instruite « dans la science de la mère Célestine.
I. Sur Canidie on connaît la je et la 17® épode d'Horace. — La mère Célestine est aussi une sorcière ; elle joue le rôle d'une entremetteuse, dans la tragicomédie de Celestina ou Calisto y Melibea. Ce vieux dialogue espagnol, en vingt et un actes, moitié drame et moitié roman, est bien connu en France depuis l'excellente traduction qu'en a donnée Germond Delavigne, avec une notice historique. Paris, 1841. (Note de la 26 édition.)
ce J'ai beaucoup connu le sage Abraa cadabro ' , fameux enchanteur qui « vit encore, et habite une caverne « non loin de cette ville. Cet étonnant « magicien connaît les plus rares, les « plus secrètes vertus des pierres et « des plantes ; il entend la langue des a oiseaux et des animaux. Par ses a sortilèges , il transporte les blondes « moissons ^, il fait tomber sur la (c terre la foudre et les éclairs, et dé- « tache du ciel la lune argentée K
1 . Le nom de ce magicien est formé d'après le mot Abracadabra, fort employé dans les sorcelleries.