E coberto de vergonha, iterco e lama
L'abbé Delille aimait ces alliances de mots. Il a dit : Cultiver les jardins, les vertus et les arts.
Ovide a souvent uni de même le sens propre et le sens métaphorique. L'éditeur de la traduction grecque des Métamorphoses d'Ovide, par Plànude [M.Boisso-
relève plus furieux et* veut porter un coup mortel. La honte et la rage doublent ses forces. Il crie , il saute , il prononce des prières , des exorcismes, et pourfend, sans se reposer, les vents légers. Mais il se consume en efforts superflus. Les nouveaux anthropogriphes ', nageant dans le vague des airs, s'élevaient, loin de ses coups, dans les hautes régions.
Seul en cette aventure, malheureux Nunes, tu sentis le poids de son bras furieux. Le moderne Don Quichotte, en donnant un coup de taille, te balafra le museau du bout de sa dure
nade], en donne (pag. 145, 274) une foule d'exemples. Quand Voltaire a peint Sacrogorgon,
Le chef armé de fer et d'impudence, il se rappelait une élégie de Charleval, où il est question « de deux voleurs armés de fer et d'insolence » I . Diniz a forgé ce mot d'après Vhippogriphe de rArioste.
lame, et pourfendit en deux parts ton menton pointu.
Dans les entrailles d'un mont solitaire, qui cache dans les nuages sa tête pelée, habite Abracadabro. Les profonds mystères de la cabale et tous les principes de Tonomancie^ lui sont connus. Mille sphères, mille compas, mille cadrans, sont épars confusément
I. Le texte porte onomanidy ce qui me semble une faute de plume. J'ai lu onomanda. Vonomancie consistait à deviner l'avenir par des combinaisons de lettres. Il y a dans VHistoire de Théodose, par Fléchier, un exemple remarquable d'onomancie. Quelques philosophes païens, cherchant à deviner le nom du successeur de Yalens, rangèrent, d'après certains rites magiques, les vingt-quatre caractères de l'alphabet, et un anneau enchanté, sautant sur les lettres, forma les syllabes THÉOD. Ils n'en voulurent pas savoir davantage, ne doutant pas que le sort ne leur promît Théodore, objet de leurs vœux secrets; mais ce fut Théodose qui régna.
L'opération magique est racontée par Ammien Marcellin (XXIX, i, 32) : la table fatale {mensula infausta), l'anneau suspendu {j>ensilis annulus)ydésl'
dans la sombre demeure. On y voit des bétyles « , des chélonites *, des cœurs de taupes, des intestins de caméléons, des pierres d'autel, des caractères magiques, des têtes d'animaux morts, de la terre vierge, de l'hippomane î, de la mandragore, et d'autres herbes cueîl-
gnant les lettres par secousses (exsUiens), rappellent tout à fait nos tabla parlantes y qui servent, au moins, à expliquer aujourd'hui ce point jadis assez obscur. {Note de la 2« édition,)
1 . Dans le tome VI des Mémoires de V Académie des inscriptions^ il y a une dissertation de Falconet sur les pienes magiques. appelées hétyles.
2. Ce sont peut-être les chélonitides de Pline {Hist. nat,j jy» 5^), sorte de pierres dont les magiciens se servaient pour apaiser ou exciter les tempêtes.
3. L'hippomane est une liqueur qui découle de Tutérus des juments en chaleur : les empoisonneuses et les entremetteuses s'en servaient beaucoup pour composer, les unes des poisons, les autres des philtres. Les poètes latins ont plus d'une fois parlé de l'hippomane. Il y avait aussi une herbe magique ainsi nommée ; il en est question dans la seconde idylle de Théocritc.
lies à la clarté de la lune naissante dans les plaines du Pont et de la Thessalie ^
C'est là que le Doyen et la gouvernante descendirent, au moment où , à la lueur d'une lanterne mal allumée, le magicien composait un talisman.
A Taspect horrible de la fatale demeure, le Doyen sentit tout son corps frissonner. Déjà il chancelait; mais rinfâme sorcière le rassure, Tanime , Tencourage. Ils pénètrent près du
I. Le poëte nomme de préférence le Pont et la Tbcssalie, parce que Médée avait habité la première de ces contrées, et parce que la seconde était riche en plantes magiques. Aussi presque toutes les sorcières étaient-elles de Thessalie :
Quidquid et htrbarum Thessala terra gerit, dit Tibulle (II, 4, J6). J*ajouterai ces vers de Virgile {Ed. VIII, 95), desquels Diniz paraît s'être souvenu :
Has herbas atqiu hac Ponto mihi lecta venena Ipse dédit Maris : nascuntur pliuima Ponto
sage, et la vieille, humblement prosternée, rompt le silence en ces termes :
a Fameux Abracadabro , au génie « duquel les Destins ont accordé l'em- « pire des éléments et des planètes, tu a vois (et sans doute tu le savais) le « noble Doyen de l'église .d'Elvas.
« Persécuté par l'arrogant Prélat, il « implore ta souveraine puissance. Il « soutient un procès contre TÉvêque « et son chapitre. Pour le gagner, il a « recours à tes talents. Ah ! si tu dai- « gnas jamais honorer de tes hautes « faveurs ta servante fidèle, proster- « née à tes pieds, je te conjure aujour- « d'hui de protéger mon malheureux a maître : il le mérite par l'excès de « son affliction et par le grand et pro- « fond respect que lui inspirent ton a grand savoir et ta grande barbe. »
Le vieux magicien lui répondit :
« Rien de ce que tu me dis ne m*était « inconnu. Je veux, et pour lui et « pour toi, essayer tout ce que peut « mon art. »
Il dit, et tous trois sortent de la caverne. A la lueur incertaine de la lune, Abracadabro trace avec une courte baguette, sur la rase campagne, les lignes de quatre petits cercles. Il y joint trois suites de quatre autre lignes ^ales , et , les unissant par différents cercles, il forme de ces lignes des figures variées ; les unes se nomment les mères , les autres les filles , les témoignages y les arbitres. Puis il brûle différentes herbes, et, par trois .fois, prononce certaines paroles autour de ces flammes mystérieuses. Alors toute la montagne commença de trembler, et Ton ouït les hurlements de mille féroces bétesy les sifflements de mille reptiles.
CHANT Vni. 201
Quelques cheveux qui restaient au Doyen se dressèrent sur son front pelé; son sang fut glacé dans ses veines. Mais , quand il vit s'élancer de l'affreuse caverne un chien épouvantable, au poil noir, épais, crépu, aux yeux étincelant d'un feu sombre; quand il le vit, poussant d'horribles rugissements, s'approcher de l'oreille du magicien , alors il perdit la respiration et le cœur lui manqua. Trois fois il veut fair, et trois fois la terreur enchaîne ses pas. Il reste immobile, à demi mort, sans haleine.
Bientôt la terre , s'ouvrant avec un horrible fracas, vomit des flammes pétillantes, et le monstre se jette dans le gouffre brûlant.
L'infernale conjuration est finie. Le sorcier se tourne vers le Doyen, et lui
dît ces mots d'un air qui £ait peur :
a II n'y a point de remède. Mes en- « chantements ne peuvent rien sur le a Destin inexorable. Il a écrit sur le a dur diamant que tu perdras ton « procès. »
A ces mots, l'héroïque Lara sent toute sa valeur l'abandonner ; il tremble, et tombe privé de souffle et de sentiment. L'ignoble vieille se précipite sur lui, et verse des larmes amères. Ému de pitié, Abraca4abro court à sa grotte , et revient avec un flacon noir plein d'un esprit vital qu'il. applique aux narines du moribond, et le Doyen , poussant un grand soupir, ouvre les yeux et commence à reprendre ses sens. Le nécromant le laisse longtemps jouir d'un tranquille repos , et , quand il le voit tout à fait
remis de son évanouissement, il lui adresse ces mots où se mêlent la compassion et l'insulte :
a Je ne croyais pas, indolent Doyen, oc lâche et faible Lara, que tu man- « quasses à ce point de courage , et « qu'une sentence rendue contre toi « te fît évanouir. Mais tu es chanoine, « et c'est assez. Ignores-tu par hasard a que le malheur est une pierre de « touche qui rend plus brillant Tor a des grandes âmes » ? Au reste, les a Destins ne sont pas assez rigou- « reux, assez injustes, pour ne te pas « permettre de tirer vengeance de « torts aussi graves. »
I . C'est une pensée souvent exprimée. « Comme la pierre de touche, dit l'orateur Aristide, prouve la bonté de l'or, de même l'adversité prouve le courage de l'homme. » Et il y a dans le recueil de Publius Syrus un vers du même sens :
Ignis probat aurum; miseria fortem probant.
A ce mot de vengeance, le pâle Doyen sent renaître sa première vigueur, et, transporté de joie, il adresse au vieux sorcier cette demande : « Et « -quelle est, Abracadabro, cette ven- « geance que le Destin nie promet? »
JLe sage lui répond d'un visage sévère: «Tu auras pour successeur dans « le Décanat un héros de ta race'.
<c II sera insulté par Torgueilleux « Prélat , auquel il refusera d'aller, a ainsi que toi , présenter le goupila Ion à la porte du Chapitre; mais de ce sages conseils lui feront abandonner a tout recours à la vénale magîstracc ture , et il ira chercher un asile, a contre les outrages de TÉvêque, au- « près des saints autels oti préside « Thémis. Là, toujours les opprimés