‹ Le Goupillon (o Hyssope)Chapitre 5 sur 36 · SUR ANTONIO DINIZ. XXXV · texte numérisé non relu

SUR ANTONIO DINIZ. XXXV

Le premier séjour qu'Antonio Dîniz fit au Brésil fut de onze ans. Il y occupait un emploi important, et l'on s'étonne du petit nombre de faits biographiques qu'on a pu obtenir sur lui pendant cette première période de sa vie : ils sont nuls à peu de chose pi^s. Ce que l'on sait, c'est que durant ce long espace de temps le poète ne discontinua point ses travaux, et que dans son admiration pour les beautés de la nature, il ne se borna pas à parcourir les rives enchantées de la baie. Il quitta plusieurs fois Rio de Janeiro et s'enfonça dans l'intérieur , à une époque où ces voyages étaient hérissés de périls. Il visita Minas Geraes, dont l'or avait suffi naguère aux prodigalités de Mafra ; il gravit les montagnes de Tijuco, où s'établissaient les lavages de diamants; il dut visiter plusieurs de ces tribus indiennes qui erraient encore à l'aventure dans ces riches contrées. Au

poim de vue des sciences, qu'il n'avait jamais abandonnées, son esprit observateur trouva même un nouvel aliment, s'il ne se sentit pas animé de bien fécondes inspirations. Comme Goethe, Antonio Diniz unissait en lui l'amour des sciences naturelles à la haute poésie. Dans ce beau pays, dont .VjJla-Rica était la capitale, il fit une étude 3péciale de la minéralogie, et il réunit même ses observations en un traité spécial en deux volumes. Le manuscrit de ce livre, vu autrefois par diverses personnes , n'a jamais été retrouvé.

Diniz avait déjà quarante-cinq ans lorsqu'il quitta l'Europe pour entrer dans cette sphère d'idées nouvelles. Si cet âge est celui des études approfondies, ce n'est déjà plus celui des vives émotions, des inspira tions spontanées se faisant sentir au poëte en* présence d'une nature nouvelle. Ses souvenirs étaient ailleurs, il leur obéissait ;

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il gardait intérieurement les préceptes du vieil Arcade^ et il ne parait pas que la nature , dont la magnificence s'étalait sous ses yeux, ait détourné, ses. regards des scènes plus riantes qu'il venait de quitter.

Et puis, le temps n'était pas venu peutêtre pour qu'on accueillit un cenain genre d'inspirations. Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand et Humboldt n'avaient point parlé. La nature des tropiques ne restait point sans admirateurs, mais à coup sûr ils étaient muets. Diniz étudia cependant les légendes brésiliennes ; un peu à la façon dont l'eût fait Ovide; ce fut, comme l'époque l'exigeait , pour les mêler aux fictions de la Grèce. Ses Métamorphoses du, Brésil ^ qu'on peut lire dans les œuvres complètes, prouvent le fait littéraire que l'on ne craint pas d'énoncer ici. Par ce point unique et jusqu'à de nèuvelles découvertes, ïAxùsL marque par là cependant son séjour, comme

XXXVllj NOTICE BIOGRAPHIQUE

poete^ en Amérique, et il occupe, non sans grâce y un rang dans la littérature brésilienne.

Ce fut seulement en 1787 qtt'un décret qu'il avait peut-être sollicité le rappela en Europe II devait se rendre à Porto avec le rang qu'il occupait au Brésil dans la magistrature. Il quitta l'Amérique sans que de trop profonds regrets semblent avoir signalé son départ, et il revint en Europe, laissant si peu ik souvenirs danis un pays où il avait séjourné pendant plus de dix ans, qu'on ignore jusqu'au nom du bâtiment sur lequel il i^mbarqua^ et que l'on n'est pas pius instruit touchant la h'çon dont il fut accueilli d«rs la cité comjnerciale où il croyait devoir passer le reste de «es jours.

Ce qu'on sait beaucoup mieux, c^ Pétat de décadence «dmihistrative qui avait suivi la disgrâce du grand marquis,

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