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comme on appelait alors Pombal ; ce que savent également à merveille ceux qui se sont occupés des révolutions financières du pays relevé naguère de sa ruine, c'est que les soixante-dix -huit millions de crusades rassemblés par lui dans les coffres du trésor disparaissaient insensiblement, s'ils n'étaient déjà dissipés, et que de nouvelles exigences de la métropole à l'égard de ses colonies créaient de nouveaux embarras pour l'Ëtat. Tout à coup on reçoit à Lisbonne les nouvelles les plus inquiétantes de cet intérieur du Brésil dont le Portugal s'est habitué depuis le dernier règne à tirer ses ressources principales. Une province entière, qui invoque déjà le concours de Rio de Janeiro, veut imiter l'Amérique anglaise et se séparer de la mère patrie. Le complot, que n'a pu arrêter la main sévère du vice-roi, a pris naissance dans le pays de Minas et a des
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ramifications à Rio de Janeiro. Une missive royale de Dona Maria, datée du 17 juillet 1790, constitue le nouveau chancelier de la Cour suprême de Rio, Sébastien Xavier de Vasconcellos Coutinho , juge suprême dans cette grande affaire; -et, pour l'instruire, il va être accompagné de deux autres magistrats : Antonio Gomez Ribeiro et Diniz da Cruz e Sylva doivent l'assister de leurs lumières; mais, chose étrange, cette commission met si peu de promptitude pour accomplir son mandat qu'elle reste près d'un an à Lisbonne. C'est seulement en l'année 1791 qu'embarquée à bord de la frégate le Colfinho, elle entre dans la baie.de Rio de Janeiro.
Quels amers sentiments doivent remplacer alors dans le cœur d'Antonio Diniz ceux qu'il avait lorsqu'il quitta ces bords enchantés. Cette mer est toujours paisible^ :et. tout y respire la paix ; mais la haine s'est
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emparée des cœurs. Un vice-roi impitoyable, le marquis de Resende , ne sait plus gouverner qu'en employant la violence et en la poussant jusqu'à l'iniquité. Les prisons de la ville regorgent de prétendus coupables qu'on nomme aujourd'hui avec admiration et qu'intérieurement les juges voudraient absoudre. Ce que i'impàt sur le thé a fait dans l'Amérique anglaise, les pépites d'or des sables de Minas viennent de le faire pour le Brésil; mais l'insurrection a été anétée à sa naissance, et tous les étans ont été comprimés. Un jeune officier dont le surnom n'est pas héroïque, à coup sur^ mais qui eût été peut-être le Washington de son pays^ est plongé dans un cachot (i), et l'élite de la population de l'intérieur est prisonnière comme lui.
I. Il avait le grade, d'alferes .£t il s'appelait Joaquim Jozé da Sylva Xavier. On l'avait surnommé Tira'dentes,tt\t mouvement insurrectionnel de 1788
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Étouffée à sa naissance, et même longtemps inconnue à l'Europe, cette conjuration de Minas Geraes, qui a grandi, quoique tardivement, ses victimes, a certainement abreuvé de secrètes douleurs le magistrat intègre que sa conscience obligea à sévir, mais dont le cœur ne manqua point de pitié. Il n'y eut, certes, que trop d'hommes éminents compromis dans cette fatale tentative d'indépendance qui remua l'inté-
porte aujourd'hui son nom. Voyez, sur ce grand é?énement, la Revista trimensalytiM. A.-J. de Mello Moraes, BrasU historico, Rio de Janeiro,! 866, in-fol. Les pièces de cet important procès politique viennent d'être publiéesdans le tome I dece recueil. La publicité . donnée i ce procès mémorable sera, nous n'en doutons pkis, favorable à la mémoire de Diniz. Nous savons d'ailleurs de bonne source que M. Henrique Muzzio, aujourdliui secrétaire de la présidence de Minas Geraes^ a (découvert récemment à Ouro-Preto, l'antique Villa-Ricca, des documents encore inédits relatifs surtout à Gonzaga , et dont l'ensemble milite en faveur de son juge, sans diminuer Tintérêt qui s'attache, à la touchante figure du chantre de Marilia.
tiMT-i iréim
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rieur du Brésil en 1793, mais aujourd'hui q4ie l'histoire exhume les pièces de ce long procèSj on voit clairement qu'un seul de ces infortunés pay^ de sa vie un essai de soulèvement maladroitement conçu, et conduit surtout avec une rare imprudence (i)- Un second parmi les conjurés se suicida dans sa prison (c'était aussi m poète illustre) ; les autres virent leur peiœ com^ muée et furent envoyés en exil sur la côte d'Angola ou sur les rives plus inhospitalières encore du pays de Mozambique.
Ce ne sera certes pas celui qui a compati dès le début du siècle à ces grandes infortune^ qu'on verra ici en diminuer le noble motif ou qui essayera de détourner
I . L'un des antagonistes les plus sévères de Dîniz, M. Norberto de Souza, dh lui-même, dans sa remarquable Introduction aux œuvres de Gonzaga : tt Tramaya se a conjuraçâo patriotica, tramava se îndiscretamente ; estava elle no domînio do publico, » etc. (t, ï, p. 49).
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la pitié qui s'attache à eux. L'élan que l'on glorifie aujourd'hui ne peut devenir un crime politique irrémissible lorsqu'on le surprend au siècle dernier et que cent ans plus tard il crée un vaste empire reconnu de tous les peuples. Gonzague, Ignacio Jozé de Alvarenga, Claudio Manoel, Alvarenga Peixoto, trouvent d'ailleurs dans la génération qui les a suivis des cœurs assez émus, des voix assez éloquentes pour que leur gloire soit assurée. La mémoire touchante qu^ils ont laissée aux lieux où ils commencèrent leur martyre est dominée d'ailleurs par celle d'une femme admirable qui vient de mourir, et dont le nom est répété avec attendrissement dans tout le Brésil comme on révère parmi nous celui de Laure ou celui de Béatrix.
Marilia de Dirceu est une de ces figures angéliques dont plusieurs générations
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de poètes s'inspirent et qu'un peuple n'oublie jamais. Mais les douleurs secrètes, les angoisses méconnues du poète, les dégoûts dont il était abreuvé loin de son pays, lui qui l'avait célébré avec tant de passion et qui le voyait abaissé, nul n'a essayé de les faire sentir. On a parfois exalté son génie, on n'a rien dit de sa vie telle que la calomnie Tavait faite. J'ouvre le livre d'Antonio Dini^ cependant, et j'y lis ces plaintes:
(c Quelle que soit l'apparence delà sérénîté-5ur urr visage,'ou si l'on veut celle de la gaieté, la fortune qui vous fait entendre sa voix. . . , qui vous montre un chemin droit en apparence , ne saurait me tromper. Oh l je connais l'impitoyable déesse; je sais si elle est versatile; je n'ignore aucune de ses inconstances...
« Loin d'elle, privé des dons qu'elle apporte, j'ai vécu avec honneur la plus longue
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partie de mes années ; j'étais pauvreet j'é^ tais libre ; l'indépendance me demeurait.
if Ah! que me fait cette pompe.... il faut si peu de chose pour être heureux...
un rayon de joie qui brille au cœur! »
Pour dire ta vérité, cette joie intérieure qu'il appelait d une voix si émue, le poète l'avait peut-être connue en sa jeunesse; depuis longtemps il l'avait perdue, et ce n'étaient pas les magnifiques campagnes du Brésil qui pouvaient la lui rendre. On sait en quelles funestes circonstances il s'y trouvait... Toutefois, sa mélancolie habituelle , quoi qu'il en pût dire, datait de oin^ et les circonstances seules la rendaient plus amère.
Une vieille dame qui l'avait connu, et dont un illustre compatriote de Diniz nous a transmis les souvenirs (i), nous le re-
I. M: le commandeur Antonio Felidano de Ca$lilbo, qui a visité récemment PariSt
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préstiite« avant son cUfWt pour le nouveau monde, comme atteint d'une incurable misanthropie» et, autant que cela lui était possible, s'éloignant du monde, et surtout s'efforçant de cacher sa vie.
En ce temps, du reste, il sentait déjà le poids des années et il était allé se loger dans le Bairro alto, le haut quartier de Lisbonne ; il occupait, rue da Yinha, un modeste appartement au second étage, et rarement il s'éloignait de cette paisible résidence d'où son regard embra«$ait un magnifique horizon.
Il méditait beaucoup, il étudiait fort peu. Comme Jean -Jacques, il redoutait les viiiie« et recevait rarement celles qui s^ présentaient. Sa vénérable hôtesse (celle-là même qui a transmis à un poète aimé de son pays ces souvenirs intimes) aimait à rappeler avec quelle poétique mélancolie il se promenait durant des jours
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entiers, et parfois des nuits, parcourant sans relâche la salle qu'il avait adopta.
Si l'on n'entendait plus le bruit de ^es pas, c'est qu'il venait de s'arrêter à sa fenêtre et que de là il promenait son regard sur le cimetière des Anglais, dont la sombre verdure apparaissait au loin. Descendait-il au jardin pour faire quelques tours de promenade, en compagnie de dona Rita Leitè, son excellente hôtesse, il ouvrait à peine la bouche, quoique la personne dont il était ainsi le cavalier momentanément f&t d'un jugement parfait et d'une élévation d'intelligence qu'il savait on ne peut mieux apprécier.
Toùt^ du reste, était à l'avenant dans cette antique habitation que le poété quittait si rarement. Son unique compagnon était un ancien domestique presque aussi triste et presque aussi taciturne que ce maître aux habitudes duquel il se confor-
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maijt, ne se doutant guère qu'il servit un homme dont tout Lisbonne devait s^enquérir;
Chez Diniz cependant cette mélancolie habituelle n'excluait point une certaine effusion du cœur. Ce fut à sa sollicitude persévérante que l'humble Domingo dos Reis Quita dut Fhonneur d'être admis parmi les Arcades. Ce prédécesseur de Jasmin, si célèbre en Portugal et si peu connu chez nous, exerçait la même profession que le poète d'Agen. Diniz sut deviner un talent dont la littérature portugaise s'honore encore de nos jours. Il le préconisa, lui servit de guide, lui enseigna plusieurs langues étrangères, et en dernier lieu le fit admettre dans la nouvelle académie dont il était l'un des fondateurs. La destinée de Quita n'en fut guère plus heureuse, il est vrai.
Après avoir échappé, comme par miracle, au terrible tremblement de terre qui ne fit
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qu'un amas de décombres du quartier qu'il habitait, il resta toute sa vie soumis aux privations les plus cruelles, et dans l'histoire littéraire du Portugal son histoire ajoute un chapitre au nombre trop grand des poètes infortunés que là pitié d'un seul ne put sauver (i).
Ces derniers détails, qui nous ont été communiqués, nous le répétons, par l'illustre compatriote d'Antonio Diniz, nous rejettent bien loin de l'époque où nous étions parvenu, mais ils viennent clore pour ainsi dire les renseignements positifs que nous avons pu obtenir sur le poète.
Après le funeste procès où il avait rempli un r61e dont nous n'avons point dissimulé
I . M. Rebello da Sylva, dont le talent est si justement aimé, a consacré une longue suite d'articles k cet arcade qui avait adopté le nom d'Alcidio Mycenio. Voyez Panorama, jornal litterario, tome XII. Né le 6 janvier 1728, Quita mourut à quarantedeux ans, le 13 juin 1770,
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ks alternatives cruelles, le chancelier de la Cour suprême de Rio ne cessa point de résider dans la capitale du Brésil. On a vu ce qu'il pensait d'une situation éminente qui lui valait tant d'envieux et qui avait provoqué tant de haines. Un silence absolu se fait sur sa vie durant les dernières années du siècle; on sait seulement, et encore par induction, que la perte des derniers amis qu'il avait laissés en Portugal porta le trouble dans sa solitude volontaire. Son ami le plus cher, Tbeotonio, arcade comme lui, mourut en 1799. Avec ce compagnon de ses jeunes années s'éteignit Tunique affection qui lui fit délirer son retour à Lisbonne. Diniz da Cruz vécut encore quelques mois, mais il suivit bientôt son ami dans la tombe. La date précise de la mort du poëte était restée inconnue jus<qu'à ce jour, même à ses plus exacts biographes ; c'est uniquement aux investiga*
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tiens persévérantes de deux haBitants éclair rés de Rio de Janeiro, MM. Melio et Guimaraens^ qu'on en est redevable, et nous pouvons enfin la rappeler ici : Diniz s'éteir gnit à Rio le 5 octobre 1799, sur la paroisse de S. Jozéy et il fut enterré dans l'église des Capucins italiens. Bien qu'il eût été inhumé après avoir reçu tous les sacrements, qu'on portait alors avec tant de pompe, ce qu'attestent les documents qui nous sont parvenus, nulle épitaphe ne marqua le lieu de sa sépulture, et ses restes n'ont pu être retrouvés (i).
1 . Diniz était membre de la section littéraire de rAcadémie royale des sciences de Lisbonne, qui a publié une série de mémoires si remarquables ; mais ce Ait tout an plus s'il assista à quelques-unes des séances de la nouvelle Académie, et ce serait vainement qu'on chercherait son nom dans la partie nécrologique de ce recueil. Adrien Baibi vante singulièrement l'auteur du Goupillon, mais il se tait absolument sur sa vie. M. Sané ne fut pas plus instruit que nous , et le savant Sylvestre Ribeiro garde luimême le silence. Nous en serions encore réduits aux
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Malgré la magnificence de ses odes, qui lui ont valu un surnom glorieux, ce fut surtout le petit poème dont on réimprime aujourd'hui la traduction épuisée qui assura la réputation de Dihiz. Jamais on ne s'est préoccupé d'un livre, à Lisbonne et à Rio de Janeiro, autant qu'on l'a fait à l'égard de celui-ci. En l'introduisant dans l'élégante collection de poésies nationales qu'il a donnée à son pays, le vicomte d'Àlmeida Garrett lui assigne un rang tellement exceptionnel qu'à son avis c'est le poëme héroï-comique le plus parfait qu'on ait composé dans aucune des langues de l'Europe. Le chanoine Femandez Pinheiro, dans son cours de littérature nationale, s'exprime ainsi à son sujet (i) : « Dans
conjectures saos la docte obligeance de MM. Innocencio da Sylva et Jozé Feliciano de Castilho, qui nous ont fait parvenir tout récemment le résultat des dernières perquisitions faites au Brésil.