‹ Le goût dans l'ameublementChapitre 108 sur 115 · PARTIE PRATIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE

Si, au contraire, on place entre deux fenêtres, par exemple, en face de la porte, une glace longue, sans cadre, qui descend jusqu'au plancher et dont le haut disparaît sous des draperies, on aura dès l'entrée une impression agréable : l'étendue du salon est doublée, l'espace s'élargit. S'il est possible de placer deux glaces semblables en face l'une de l'autre, les lignes se reculent à l'infini et l'effet est des plus heureux.

On peut m'observer que la suppression des glaces ordinairement accrochées aux parois n'est pas sans inconvénient. Les lumières des lustres et des girandoles, en s'y réfléchissant, mettent dans le salon des éblouissements. Si on les supprime, un salon même éclairé a gioîmo sera toujours sombre. J'en conviens, et nonobstant je ne raisonne pas d'autre sorte.

Quand on est contraint de recevoir, il faut prévoir cette obligation et préparer des salons, dits de réception, qui ne sont pas les salons où l'on vit dans l'intimité de la famille et des amis de choix. L'effet de la décoration de ces pièces d'apparat doit être violent. On ne le supporte pas assez longtemps pour en souff^rir, et l'éclat convient aux danses et à la parade de la comédie mondaine.

Si, au contraire, on ne reçoit que de loin en loin, on loue en pareil cas des glaces comme on loue des

chaises et des candélabres. La réception est un accident. Il serait malhabile de meubler son salon en vue de deux ou trois soirées annuelles, au détriment de Tagrément de la vie.de chaque jour.

J'admets qu'il faille songer aux réceptions de gala, mais ce devrait être surtout pour trouver le moyen de les rendre aussi rares que possible. A quoi bon tant recevoir en dehors du petit cercle d'amis chers, où le cœur et l'esprit se trouvent à l'aise et puisent de nouvelles forces pour la lutte sans cesse recommençante? Faisons notre home intime, c'est la con-

dition nécessaire de la vie heureuse. Nul ne nous sait gré de nous dépenser au hasard des capricieuses exigences du monde. Dès lors, à quoi bon?

Nos voisins d'Outre-Mer ont une autre façon que nous d'envisager les choses. Une maîtresse de maison applique toutes ses forces à l'amélioration de son intérieur sans beaucoup se soucier des conventions extérieures. Elle agit en cela comme en sa toilette. Telle Anglaise qui chez elle est coquettement habillée de batiste et de linon, de soie ou de velours, revêt pour sortir un costume d'étoffe commune, dont la forme souvent même n'a rien d'élégant. Il est de règle en Angleterre de se parer pour les siens et non pour les indifférents, de déployer au logis mille grâces charmantes et de n'en rien laisser paraître au

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