‹ Le goût dans l'ameublementChapitre 22 sur 115 · PARTIE RETROSPECTIVE · texte numérisé non relu

PARTIE RETROSPECTIVE

Les murs étaient décorés de peintures à fresques et de panneaux encadrés d'arabesques; sur ces panneaux des scènes de genre et des figures; au plafond des guirlandes de fleurs; sur le sol de riches mosaïques; parfois aussi ces mosaïques couvraient les murs.

Oh ! les mosaïques où se déroulaient les fameux combats d'Alexandre, quelles merveilles I Et les fresques, lès fresques condamnées par la mesquinerie contemporaine!

Il nous faut tant d'argent pour la table, la toilette, le théâtre, la parade, qu'il ne nous en reste plus pour rémunérerle travail artistique.

Le papier démocratique envahit les plus riches demeures. On s'est mis à tapisser d'étoffe; c'est une améliora -

tion, 11 y a mieux à faire. Vous en jugerez. Mais quoique nous tentions, nous sommes loin de la fresque qui était le vrai luxe, le vrai beau.

Dans le salon romain, nous retrouvons en presque totalité notre ameublement actuel. Là comme ici règne le goût du bibelot, plus artistique seulement. Rien ne détonne chez les anciens; tout est d'un goût sûr et d'une élégance naturelle : superbes tentures, figurines de marbre ou de métal ou même de plâtre moulé, coupes, flambeaux, lampes, coffrets, petits ouvrages, que sais-je? Chaque appartement est un musée.

Mais, point de fouillis, de coins sombres, de trous à poussière. Avant tout, de la sobriété et de la clarté. Pas de désordre non plus. L'art antique veut bien se vulgariser, toutefois il ne saurait devenir vulgaire. 11 est généreux, accessible à tous, gentilhomme pourtant. La cause en est que la vie intérieure des peuples de l'antiquité n'était point comme la nôtre un combat sans merci. La terre plus jeune, partant plus féconde, donnait ses fruits sans compter — l'avarice est un péché de vieillard. On vivait en paix sur son champet son verger. Le goût naturel ne se dépravait pas par la vue des productions d'un art faux et guindé. L'amour du beau se respirait avec l'air pur des ciels de Grèce et d'Italie. Les artistes se-

maient à profusion leurs plus belles œuvres sans se

soucier d'en tirer un profit, pas même d'inscrire leur nom sur le marbre des temples. Ils avaient autant de désintéressement que de génie. Phidias gagnait à coup sûr moins qu'un petit Savoyard fabricant déterres cuites; Apelle n'était pas aussi bien rétribué qu'un peintre d'enseignes à Paris. La Vénus de Milo fut-elle payée un talent? J'en doute. Et vous savez ce que coûte le plus minuscule bronze de bon faiseur, car, en art comme en tout, nous avons aujourd'hui, Dieu merci, le « bon faiseur ».

L'art est parvenu à la fortune. Je ne dis pas qu'il y est arrivé : je dis qu'il y est parvenu. Aussi est-il fier. Il croirait s'encanailler en acceptant l'hospitalité d'un foyer modeste. Cette statuette, cette gravure pour trois louis! Vous voulez rire. Ne savez- vous pas qu'il faut qu'un artiste donne à dîner? Allez avec vos trois louis chez le photographe et n'importunez pas des hommes de talent qui entendent rouler sur l'or.

Qu'arrive-t-il ? C'est que la foule, ne pouvant acheter le beau, se contente d'en posséder la caricature. Nous ne savons nous passer du sourire des choses; il nous faut des couleurs, des gravures, des tentures. Mais la couleur est criarde, la gravure affreuse et la tenture horrible. Le sourire se fait rictus.

Dans ces conditions, point d'éducation artistique

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