PARTIE RETROSPECTIVE
Devant la porte et les baies qui laissent pénétrer la lumière, tombent des rideaux faits de cordelettes soyeuses où s'enfilent des perles, telles les gouttes de rosée. La moindre brise soulève ce voile léger, le fait onduler avec un joli bruissement dont l'oreille est réjouie, variant à l'infini les dessins du fond. Cela chatoie et chante.
Les cloisons sont faites de châssis mobiles, couverts de panneaux de pailles fines, d'une incroyable souplesse. Ces panneaux, vous les connaissez sous le nom de kakémonos. Un rien y est Lnuir^nH-.
peint et ce rien est
exquis : sur un fond clair, une branchette d'aubépine, une tige fine diaraanlée de givre, un oiseau au corps allongé, aux pattes grêles, happant un insecte aux ailes d'azur; parfois aussi lafigure réjouie de la
lune regardant une touffe d'herbe se baigner dans un ruisseau .
Et tout cela, je le répète, si simple, dessiné d'un seul trait, le relief obtenu par Topposition des couleurs et non par superposition.
J'insiste sur cette simplicité du procédé et de l'arrangement. J'y reviendrai, en concluant à la fin de ce livre, parce que de tout ce que nous avons pu direct voirjusqu'ici, il n'est rien de plus instructif ni de plus délicat. Comprendre et goûter l'art japonais, c'est avoir du goût et un goût exercé. On sait alors arranger son home^ les idées viennent, l'originalité se montre. Ce faisant et le faisant bien, il n'est pas question de s'encombrer de bibelots et de ne vivre que de riz. Restons Européens, soyons même très Français. Le Japon doit d'abord nous apprendre le prix des petits moyens, et, dans un arrangement, les valeurs relatives; le Japon doit nous suggérer l'amour de la sobriété, le goût de l'harmonie.
L'harmonie est l'essence de l'art japonais qui est lui-même l'essence de l'harmonie; c'est toute une symphonie en accords parfaits.
Il y a quelques années, dans la tribune du grand orgue de Notre-Dame, en honneur d'une cérémonie solennelle, Gounod en personne tenait l'orgue. J'étais là, par faveur. A un certain moment, Gounod im-