‹ Le goût dans l'ameublementChapitre 40 sur 115 · PARTIE RETROSPECTIVE · texte numérisé non relu

PARTIE RETROSPECTIVE

affiquets. Songez à la place qui était nécessaire au seul duc de Lauzun qui portait six cents bouffettes de ruban à ses canons et, dans son costume , trois cents mitres de dentelle !

Comment voulezvous que la Grande Mademoiselle ait eu la force de résister à tout cela?

Les meubles de Louis XIV ne pouvaient convenir à son successeur.

Foin des lignes sévères, de la correction impeccable, de l'imposante grandeur î La liberté partout, et quelle liberté, grand Dieu! Les lignes s'infléchissent; les meubles de Boulle deviennent ventrus, se plaquent d'écaillé et de métal ; étain, cuivre et bronze se mêlent dans un dii-

lOa LE GOUT DANS L'AMEUBLEMENT.

sordre qui n'est pas toujours de l'art ou du moins l'art pur, ni le goût parfait. Les angles se contour-

nent; des ornements tarabiscotés s'y accrochent; la feuille d'acanthe démesurément allongée, de maintes façons repliée, devient pendule ou flambeau. C'est le triomphe de la fantaisie coûte que coûte. On dit à la cour : i Après nous le déluge! > Et, en attendant, on flirte gaiement, les yeux ouverts, les oreilles closes. On aime le précieux; le style rocaille règne en souverain.

Enfin Pompadour vint, et la première en France fît triompher l'art chinois dont elle raffolait, ce qui

explique l'originalité de ses idées. Elle remplaça les lourds brocarts du règne précédent par des soieries

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de teintes délicates, brodées de fleurs qu'on dirait prises tout à l'heure aux prés et auxjardins. Avec la jolie marquise, l'art se poudre à la maréchale, se fait gracieux; la forme biscornue des meubles à la mode se cache sous des draperies élégantes. Les paniers font disparaître les bras des chaises et s'écarter ceux des fauteuils.

— Les bras des chaises! dites- vous, les chaises avaient donc des bras?

— .Assurément. Ne vous souvenez-vous pas que

Christine de Suède, au château de Fontainebleau qui lui servait de résidence, passait sans façon ses jambes sur les bras de sa haute caqueteuse et ainsi philosophait. C'était, du reste, une femme que rien n'embarrassait.

Avec M"* de Pompadour, femme aussi décidée, les bras ne furent plus accordés qu'aux fauteuils.

Autre changement, les sièges, jusqu'alors alignés contre les murs, eurent permission de s'éparpiller au gré des maîtresses de maison.

Décidément, le dix-huitième siècle faisait de son mieux pour être aimable. N'empêche que, si séduisant que fussent les meubles Louis XV, ils vécurent peu, même les meubles marquetés de bois de rose, de violette, d'amaranthe et de citronnier.

L'aimable Dauphine qui créa le Trianon, fit triompher la mousseline dans la toilette, et le bois blanc laqué dans l'ameublement. En même temps, le vernis Martin, imité des prés verts semés de fleurettes dans le calice desquelles viennent boire les coccinelles et les papillons, le vernis Martin, la laque d'Orient et les motifs décoratifs en porcelaine se partagèrent les faveurs de la mode.

Marie-Antoinette portait des chapeaux de fleurs, attachait son fichu avec des bouquets, relevait sa robe à l'aide de guirlandes. Délicate flatterie, quand

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on connut ses goûts, on fit courir les guirlandes, qu'aimait la gracieuse souveraine, autour des cadres

Pendule ei Danibeaii, atyls I.ouls XVi.

des glaces et des tableaux; on les enroulaau socle des pendules, autour des flambeaux; ou les suspendit au dossier des sièges.

Comme il eût été peu pratique de les placer aux angles des meubles où ces guirlandes auraient accroché les robes de linon, on y substitua les baguettes de cuivre qui décorent si joliment Tacajou, ce bois qui a une grande qualité : il est riche ; et un grand défaut : il est lourd.

Nonobstant, il reste toujours en faveur auprès de cette partie du public qui préfère Téclat solide du meuble à la légèreté artistique.

Maintenant, si vous voulez connaître la formule du mobilier à la mode au temps de Napoléon, prenez les meubles Louis XIV, enlevez tous les ornements, en les remplaçant par des baguettes de cuivre; surmontez les dossiers des sièges du faisceau des licteurs romains; faites ces mêmes dossiers en forme de lyre pour rappeler les rapsodes grecs et les héros d'Homère; à l'acajou, si bon vous semble, substituez le bois peint en jaune et ciré; couvrez ces sièges de velours d'Utrecht jaune d'or, mousse ou vert foncé, de soie brochée à grandes fleurs d'un seul ton, et vous aurez le style Empire. Sa note caractéristique, je l'ai indiquée dans la causerie de début. Aussi bien est-il inutile d'insister sur ce point plus que sur tout ce qui précède. Ce chapitre veut seulement nous permettre d'embrasser d'un coup d'œil les grandes lignes de nos styles royaux qui, tout en ayant leur caractère

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