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des grandes circonstances; et, par un moyen naturel et légal, nous sommes rentrés dans l'ordre. Mais même en Angleterre, dans Toccurrence qui, dans ces dernières années, nous a le plus rapprochés d'une grande crise, au moment des affaires de Crimée, nous avons eu recours à cette ressource. Nous avons déposé le cabinet Aberdeen, le meilleur peut-être qu'il y ait eu depuis l'acte de réforme, et qui était un cabinet non pas seulement convenable, mais éminemment approprié à toutes sortes de situations difficiles, hormis celle qu'il fallait surmonter alors; un cabinet qui, pour la paix, était excellent, et auquel il ne manquait qu'un peu de diable au corps; on porta alors au pouvoir un homme d'État qui avait le genre de mérite nécessaire, un homme qui, s'il se sent fermement appuyé par l'Angleterre, s'il en sent la puissance derrière lui, marche sans hésitation et passe sans s'arrêter. Comme on l'a dit alors, « nous avons écarté le quaker et pris le pugiliste. »
Un gouvernement présidentiel ne peut pas assurément présenter la même élasticité et n'eût pas su parer aussi rapidement aux mêmes difficultés. On ne Ta vu à l'œuvre aux États-Unis que dans une seule crise, celle de la sécession; encore faut-il se souvenir que l'élection du président Lincoln avait été faite sur la question de la paix ou de la guerre. Cependant cette guerre n'eût point eu la même gravité et la même durée, et l'Union n'eût point été à deux doigts de sa perte, si Buchanan, le prédécesseur de Lincoln, n'eût employé la dernière année de sa présidence à préparer les succès du Sud, en transportant au centre de la future insurrection tous les approvisionnements et tout le matériel. C'est par les effets de cette conduite de Buchanan qu'il est facile d'apprécier la supériorité des institutions parlementaires sur la République présidentielle. Si de tels faits se fussent passés en Angleterre, peut-être au moment où l'espoir d'une transaction était encore permis, un homme du Sud comme Buchanan eût-il été appelé au poste de premier ministre. Mais il lui eût été impossible de se servir de son autorité constitutionnelle pour préparer la révolte
sans que le Parlement lui demandât compte de ses actes, et il eût été précipité du pouvoir avant d'avoir pu réaliser ses intentions coupables. En Amérique, cette ressource n'était point ouverte; le Congrès n'eût pu déposer le Président qu'à la condition de le mettre en accusation. Mais chacun connaît les difficultés qui font reculer les Assemblées devant l'emploi d'une telle procédure ou qui les exposent à ne se décider que trop tard à y avoir recours.
C'est précisément parce qu'un Président de République peut faire courir à l'État des périls auxquels un premier ministre ne l'exposerait pas au même degré, que les constitutions républicaines, et notamment celle des États-Unis, ont dû restreindre dans une large mesure l'autorité et les attributions du pouvoir exécutif. Encore, les États-Unis n'ont-ils pas échappé au péril dans la circonstance que nous venons de rappeler. Mais il n'en est que plus certain que l'organisation d'une République présidentielle doit avoir pour corrélatif, chez un peuple prudent et soucieux de ses libertés, un pouvoir exécutif faible et dépendant ; et s'il se rencontre une nation à laquelle des circonstances géographiques ou un état social profondément troublé imposent la nécessité d'un pouvoir fort, elle ne pourra recourir à l'imitation des institutions américaines. On peut dire qu'il n'y a peut-être jamais eu dans un État libre un souverain dont l'autorité fût aussi absolue que ne le fut en Angleterre celle de William Pitt pendant les guerres de l'Empire; mais Pitt n'était qu'un premier ministre; il était responsable devant le Parlement ; chaque jour on pouvait lui demander compte de sa conduite, et si cette condjuite eût été en désaccord avec la volonté de la Chambre des communes, une heure eût suffi pour le renverser et pour remettre le pouvoir en des mains plus sûres. C'est parce qu'il avait conservé de telles garanties que le peuple
anglais a pu remettre aux mains d'un seul homme une telle autorité. Les mêmes prérogatives confiées à un Président de République eussent été de sa part une abdication, et si l'Angleterre eût été soumise au régime présidentiel, elle se fût trouvée dans la dure alternative, -ou de constituer une dictature, ou de résister avec un gouvernement insuffisant à l'une des plus terribles épreuves qui se soient rencontrées dans riiistoire d'un peuple.