CHAPITRE V
LA LIBERTÉ EN ITALIE 1
Des libertés municipales très semblables ont existé dans toute l'Europe; mais elles ont subi, selon les pays, des sorts très différents. Tandis que les maisons d'Autriche et de Bourgogne employaient tout ce qu'elles avaient de puissance à détruire l'autonomie communale, les paysans des cantons de Schwyz, d'Uri et d'Unterwalden fondaient sur elle leur république démocratique. C'est que ces paysans libres, en vrais descendants des anciens Germains, possesseurs de la terre collective, avaient conservé intact l'ancien régime agraire et le gouvernement direct. Dans les cités de la Hanse, dans les grandes villes d'Allemagne, et dans les vieilles communes flamandes, on retrouve encore, développée au plus haut point, cette autonomie locale qui a fait aussi la grandeur des républiques italiennes.
Leur histoire nous apprend à quel point le droit pour une ville de se gouverner elle-même favorise sa prospérité. On en trouve la preuve dans le merveilleux degré de civilisation qu'avaient atteint dans l'antiquité les cités delà grande Grèce. Mais il n'en est point de plus décisive que celle que nous offrent les annales des villes libres de l'Italie, au moyen âge. Jamais elles ne jouissent longtemps d'une paix assurée : les luttes des factions, à l'intérieur, ne cessent pas plus que les guerres avec les voisins, à l'extérieur, et, néanmoins, elles
'vl) Sources : Sismondi, Histoire des républiques italiennes. — Francesco Lanzani, Storia dei comuni italiani dalle origine al 1313, Vallard, Milano, 1881. — S. Komanin, Storia documentata di Venezia.
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sont riches, brillantes au point de nous éblouir encore, après des siècles ; elles sont le siège d'une culture de tous les arts si étonnante, que Renan a pu dire — les économistes pardonneront ce blasphème à un artiste — que l'humanité perdrait moins à voir disparaître la grande république américaine, que telle petite ville de l'Ombrie.
Si l'objet principal de l'histoire est, comme le dit Sismondi, de nous apprendre « la science de gouverner les hommes pour leur plus grand avantage et pour le développement de leurs facultés intellectuelles, morales et économiques1 », l'histoire des villes italiennes nous présente les enseignements les plus utiles.
Ainsi, tant qu'elles ont été libres et indépendantes, les douze cités étrusques, réliées entre elles par un lien fédéral, ont été riches, puissantes et peuplées. Elles tombent sous l'autorité centralisatrice de Rome, et dès lors, elles déclinent, elles se dépeuplent, leurs édifices s'écroulent, la malaria envahit leurs campagnes, et plusieurs disparaissent à ce point qu'on peut à peine retrouver leur emplacement.
Après que les invasions des barbares eurent désorganisé peu à peu l'administration romaine, chaque ville, chaque bourgade, en l'absence de toute autorité centrale, se trouva indépendante, et conserva le régime municipal du temps de l'Empire. Les curies et les conseils, élus tous les ans, dirigeaient les affaires d'intérêt général. Les nobles, chassés des campagnes par les invasions des Francs, des Sarrasins et des Hongrois, se réfugièrent dans les villes, y apportant l'appui de leur bravoure, et y enseignant l'emploi des armes.
A partir du xue siècle, au milieu de la désorganisation générale, chaque cité s'entoure de murs, se construit un château fort et attire des habitants, en leur accordant la liberté et des privilèges. En même temps,, pour se procurer un revenu des campagnes, on s'efforce de leur donner de la sécurité. Aussi, au xic et xue siècles, la population augmente rapidement. Au xnc siècle, on compte environ deux cents villes qui constituent autant de républiques indépendantes, de sorte que Ton vit renaître alors un état social très semblable à celui
(1) Sismondi. Histoire de la renaissance de la liberté en Italie. Bruxelles, 1841, p. 7.
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de la Grèce antique, ou do l'Italie avant la conquête romaine.
Le régime politique différait dans chaque cité, mais, dans toutes, on retrouve les mômes traits essentiels. Le pouvoir résidait dans Le peuple, qui l'exerçait directement sur la place publique, dans ses assemblées plénières, nommées parlements, et on y élisait les magistrats. Tous les citoyens portaient Les armes ; ils avaient bâti des murs pour défendre leurs libertés contre les ennemis du dehors, les seigneurs féodaux, et aussi contre les villes voisines. Souvent, les murs cyclopéens des anciennes cités étrusques ou pélasgiques servaient de fondement aux murailles nouvelles, et c'était bien là l'image de la similitude des conditions politiques. A la tête de l'administration, se trouvaient des consuls assistés par un conseil secret, credenza, et par un grand conseil ou sénat, qui discutaient les affaires et préparaient les lois et les résolutions, qu'on soumettait ensuite à la ratification des assemblées populaires. A côté des consuls, chaque année, le conseil de la credenza nommait un chef de guerre, généralement un étranger, qui commandait les milices, et avait le pouvoir du glaive, c'est-à-dire celui de prononcer — assisté de juges civils et docteurs en droit — les jugements et de les faire exécuter. Ce magistrat était nommé podestat; il était, en quelque sorte, le chef du pouvoir exécutif, et, au bout de l'année, il rendait compte de sa gestion à des commissaires élus parle peuple.
Tant que ces villes restèrent libres, elles jouirent d'une grande prospérité. Pendant trois cents ans, ces démocraties surent élire des magistrats capables, et, malgré les troubles, les guerres intérieures et extérieures, l'industrie, le commerce, les arts fleurirent d'une façon merveilleuse. « Les terres étaient cultivées avec un soin jaloux, et donnaient les plus riches récoltes, dit sir Thomas Erskine May, dans son livre sur Y Histoire de la démocratie en Europe1. Les marchands de Gênes, de Pise, de Florence, de Venise, versaient sur l'Europe les produits de la Méditerranée et de TOrient; les banquiers de la Lombardie initiaient le monde aux mystères de la finance et de l'échange international. Les manufacturiers italiens recevaient des milliers d'ouvriers étrangers dans leurs
(1) V. trad. franc, de H. Fargues. Paris, Sandoz, 1879, 1 vol. in-S°,p. 207.
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manufactures d'acier, de fer, de bronze, de soie, de verre, de porcelaine, etc., etc. De simples particuliers enrichis élevaient de vastes palais et les embellissaient de tout ce que Fart contemporain pouvait leur fournir de plus achevé. »
Un fait qu'on peut encore constater de nos jours atteste le développement prodigieux que la civilisation prit à cette époque : c'est l'étonnante quantité de belles constructions qui datent du xne au xvie siècle. Jusque dans les plus petites bourgades, on trouve des murs, des tours, des citadelles, des portes fortifiées. On y élevait des palais pour la seigneurie municipale, pour les prisons, pour les métiers. On bâtissait ces merveilleuses églises qu'on admire encore, à chaque pas, en Italie. Les villes maritimes construisaient leurs quais, leurs ports, leurs entrepôts avec une solidité digne des Romains. Les autres arts s'épanouissent en même temps que l'architecture; c'est une première Renaissance, dont les monuments nous frappent encore d'admiration.
« Pendant que l'Europe, dit encore sir Henry May1, se dégageait lentement des épaisses ténèbres que la chute de l'empire d'Occident avait accumulées sur son horizon, ces petites républiques marchaient en pleine lumière... La sculpture et la peinture ressuscitèrent; la poésie, rompant un silence de douze siècles, fit entendre ses mélodieux accords dans les stances inspirées d'un Dante, d'un Pétrarque, d'un Arioste ; la philosophie et l'histoire se réveillèrent, à leur tour, de leur long sommeil. Les sciences civiles, canoniques, politiques et médicales furent cultivées avec un succès extraordinaire. Les chefs-d'œuvre des grands écrivains de l'antiquité reparurent au grand jour, et depuis lors, ils ont formé et dirigé le goût littéraire des générations qui se sont succédé. » Il faut noter encore la fondation des grandes écoles; l'antiquité et le droit étaient enseignés un peu partout; à Bologne, l'école de droit attirait, dès le commencement du xii° siècle, des étrangers de tous les pays de l'Europe occidentale; la médecine était étudiée dans la célèbre école de Salerne, puis à Gaëte, à Naples, à Amalfi. Tandis que la langue admirable de Dante et de Pétrarque produisait ces chefs-d'œuvre qu'on place à côté de ceux de l'antiquité,
(1) Ouv. cité, p. 200.
su
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rappelons qu'on instituait en 1380 sur la demande deBoccace, une chaire de littérature grecque.
Suivons de plus près les principales phases de l'histoire de quelques-unes de ces villes.
Rome, restée dépendante de Constantinople sous le gouvernement d'un patrice grec, se constitua en république dès le vin siècle. Gaëte, Naples, Amalfi, Bari au sud, Pise au nord, ne tardèrent pas à suivre son exemple. Tous les citoyens en état de porter les armes se réunissaient au son de la grosse cloche en parlement, pour élire, chaque année, deux consuls chargés de conduire l'armée au dehors et de rendre la justice au dedans. La milice était divisée par quartiers, et chacun d'eux avait son gonfalonier ou porte -drapeau. Elle s'assemblait autour du carroccio, char pesant traîné par des bœufs couverts de draperies aux armoiries de la ville et qui portait l'étendard de la cité. C'est le parlement qui nommait la credenza conseil secret composé d'un petit nombre de représentants de chaque quartier qui géraient les finances, et le grand conseil, qui préparait les décisions à soumettre au parlement.
Cette division par quartiers se retrouve dans toute l'organisation politique et militaire de la plupart des villes italiennes.
En somme, chaque ville n'était qu'une fédération de quartiers, comme l'étaient aussi généralement les villes du Nord. Ainsi la commune de Liège était simplement la réunion des vindves, agglomérations distinctes et séparées l'une de l'autre matériellement. Le régime fédéral répond si parfaitement aux nécessités politiques des sociétés humaines qu'il s'établit spontanément partout.
A la fin du xne siècle, Rome comptait ainsi treize quartiers qui nommaient annuellement chacun quatre représentants ou caporioni. Leur réunion formait le sénat. Le pouvoir judiciaire était conféré à un chef militaire étranger, mais il devait choisir, pour l'assister, des juges civils parmi les sénateurs. Le premier de ces sénateurs — nous avons son serment — jurait de garantir la sécurité du pape et de ses «frères» les cardinaux, mais il ne leur jurait nullement obéissance.
Venise nous offre, mieux encore, le type de la fédération primitive. Elle est née de l'agglomération et de la fusion d'un certain nombre d'îles. Chacune d'elles élisait son tribun. Les
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tribuns, dès 697, se réunissaient à Héraclée, et choisissaient un chef, doge ou duc. Au début, le pouvoir du doge n'avait d'autres limites que celui de l'assemblée générale du peuple, qui se réunissait, de temps à autre, sur la place publique. En 1032, on l'obligea de consulter un conseil qu'il composait luimême des citoyens les plus illustres, les pregadi, les « priés ». Le Grand Conseil (consiglio maggior) se composait de 480 membres élus annuellement, non pas directement, mais par douze tribuns ou grands électeurs nommés eux-mêmes par les six quartiers de la ville (sestieri). C'est au grand conseil qu'appartenait la nomination des juges, qui étaient nombreux et inamovibles, la quarantia. En 122G, le Grand Conseil compléta l'organisation du gouvernement en tirant de son sein un collège composé du doge, de six conseillers « à robe rouge » restant huit mois en charge, et de pregadi au nombre de soixante. En 1297, le fameux décret connu sous le nom de serrata del Gran Consiglio apporta un changement considérable dans la constitution vénitienne, en créant une véritable aristocratie héréditaire, avec l'adjonction cependant de quelques membres élus. L'élection par les douze tribuns était supprimée, et les nobles inscrits au livre d'or et leurs descendants avaient le droit de faire partie du Grand Conseil sans limite de nombre. C'étaient eux qui nommaient, chaque année, le conseil des Dix, composé, malgré son nom, de six conseillers rouges de la Seigneurie et de dix conseillers noirs. Leur pouvoir était sans limite, despotique, mais ils n'en usèrent que contre les grands, épargnant les petits. Ceux-ci, ne payant presque pas d'impôts, étaient exempts de charges, mais privés de tout droit politique.
Ce qui est à remarquer dans l'histoire des institutions politiques de Venise, c'est qu'on y voit l'aristocratie restreindre à la fois, systématiquement, lentement, successivement et p;is à pas, les droits du peuple et les prérogatives du doge. Venise possédait, au début et conserva jusqu'au douzième siècle, le gouvernement direct par l'assemblée et l'élection, par le peuple, de ses principaux magistrats. Le Grand Conseil était élu, nous l'avons dit, par les douze délégués des quartiers et il préparait les lois qu'il présentait à l'adoption du peuple, alla publica concione. Lorsque les Croisés partant pour Conslantinople vinrent demander des vaisseaux à Venise, c'est le peuple rassemblé
LES E N S E I G N E M E N T S DE L'HISTOIRE
dans l'église de Saint-Marc qui y consentit par ses acclamalions. A partir de celle époque, \<xpublica concione n'est plus appelée à ratifier les projets de loi. L'élection du doge, faite jusque-là par le peuple, fut confiée en 1172, à onze électeurs choisis par le Grand Conseil. Pour faire accepter ce changement, (|ni faillit, amener une insurrection, il fut décidé que les onze feraient l'élection dans l'église de Saint-Marc, sous les yeux du peuple [-assemblé, à qui ils proposaient le nouvel élu avec ces mois: Queslo è il vostro doge, si m place. Le premier doge ainsi élu fut Sebasliano Zoni.
Plus tard, le nombre des électeurs du doge désignés par le Grand Conseil fut porté à quarante et un, mais pour le nommer on eut recours à une série de tirages au sort d'une complication inouïe, afin d'éviter les cabales, la corruption et les influences des familles puissantes. Le peuple fut ainsi dépouillé peu à peu de ses droits politiques qui passèrent au Grand Conseil, dont ne faisaient partie que ceux dont les ancêtres avaient occupé de hautes fonctions. Il comptait 1,017 membres en 1311, 1,212 en 1340, 1,300 en 1437, -1,570 en 1490, 1,671 en 1516. Le livre d'or, qui date de 1506, n'était autre chose qu'un registre, où étaient inscrits les mariages, une sorte d'état civil; mais c'était là qu'il fallait chercher la preuve de la descendance qui donnait droit d'entrer au Gran Consîglio.
Les prérogatives du doge avaient été aussi restreintes en des bornes de plus en plus étroites. Il n'exerçait ni le pouvoir législatif, qui appartenait au Grand Conseil, ni même le pouvoir exécutif, qui appartenait à la Serenissima Signoria.
L&Signoria se composait de six conseillers et des trois chefs de la Quarantia. Elle présidait aux délibérations du Sénat, proposait les lois et les règlements au Gran Consiglio et à la Quarantia, et veillait à leur exécution (1246). Le Cancellier grande était, avec le doge, le seul fonctionnaire à vie. Conformément au principe des démocraties, la durée des autres fonctions était très courte, souvent d'une année seulement.
C'était en realité le GranConsiglio qui avait en mains tous les pouvoirs enlevés successivement au peuple. Par le tirage au sort ou par des modes d'élection très divers et très compliqués, il nommait à toutes les fonctions, même à celle de sénateur. Le Sénat {Consiglio dei Pregadi), définitivement constitué
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on 12.'Î0, était composé de soixante membres, nommés par quatre électeurs que désignait le Grand Conseil. Plus tard, il y fut adjoint une Zonla (aggiunta) formée des personnages les plus considérables ayant rempli de hauts emplois, ce qui rappelle la composition du Sénat romain. Les Pregadi s'occupaient surtout des questions économiques. Les conseillers de la Quarantia, qui rendaient la justice au civil et au criminel, étaient aussi nommés par le Grand Conseil, assisté parfois du Conseil des Pregadi, de la Quarantia et des autres hauts magistrats municipaux. Le Grand Conseil édictait les lois et décidait, après délibération, de tous les grands intérêts de la République : lois, règlements, impôts, emprunts, grâces, alliances, guerres, traités de paix, etc.
Pour les nominations aux diverses magistratures on avait tout fait pour empêcher, ce qui sous la république romaine, était aussi sévèrement interdit, c'est-à-dire toute intrigue pour obtenir des voix (broglio, ambitus, à Rome). On tirait au sort parmi les membres du Grand Conseil, quarante électeurs primaires; parmi ces quarante, ayant tiré une boule dorée, neuf électeurs définitifs étaient aussi tirés au sort, et ceux-ci procédaient aux nominations, sans discussion et à la pluralité des voix.
C'était le moyen de prévenir « les influences sinistres», les pressions, les marchés et tout ce qui ressemble à l'application du détestable système : aux vainqueurs les dépouilles.
L'aristocratie de Venise n'avait rien de féodal, car sa richesse et sa puissance ne venaient pas de la possession de la terre. Les nobles étaient des princes marchands, qui s'étaient enrichis dans le commerce. Ils ne portaient pas de titres, et ils n'avaient aucun privilège, sauf en matière politique. Ils ne jouissaient d'aucune exemption d'impôts. La justice était la même pour tous. L'égalité devant la loi était ainsi maintenue.
Les patriciens de Venise étaient, sans contredit, les administrateurs et les hommes d'État les plus habiles de leur temps. On connaît les admirables rapports des envoyés vénitiens publiés, en ces dernières années, par les soins intelligents de l'éminent savant G. Rerchet.
L'administration économique de Venise était infiniment supérieure à celle qui existait ailleurs. Elle était, on peut le dire,
LES ENSEIGNEMENTS Dlî L'HISTOIRE
d'un autre ordre. Ainsi dès le xur siècle, on avait établi les meilleures prescriptions pour la sécurité de la propriété foncière et des hypothèques, ce que ne possède pas encore l'Angleterre aujourd'hui. Des officiers publics, esaminadori, examinaient les actes de ventes, les registres des dépôts et des obligations, les faits et gestes des notaires, etc. Ceux-ci devaient annoncer publiquement, toutes les ventes d'immeubles et elles n'étaienl approuvées par \qs esaminadori, que quand iln'y avait poini d'opposition. Ceux-ci devaient tenir un registre, où étaient inscrites toutes les aliénations de biens fonciers, avec le nom des contractants, des témoins à l'acte et du notaire, ainsi que la date, afin que chacun pût s'assurer de la valeur des titres de propriété. 11 était aussi tenu un registre des hypothèques, premier exemple de pareille institution l.
Les projets d'impôts étaient d'abord soumis au sénat des Pregadi et il fallait son approbation pour qu'il fût transmis au G 'ran Consiglio.
Dès 1390, il est fait une loi pour la protection des enfants des deux sexes dans les ateliers 2.
Sous le doge Vitale Michiel II, à la suite d'un emprunt forcé, una banque est fondée (1171 pour le dépôt et le transfert des titres, et c'est la première banque de circulation dans notre Occident.
Les métiers étaient, comme partout ailleurs, organisés en corporations fermées. Les principaux étaient les ouvriers du verre, de la laine et de la soie. En 1287, il est fait mention des fiolarii, c'est-à-dire des verriers de Murano où s'était transportée toute cette industrie quand les fours à verre furent interdits dans Venise même.
C'est surtout l'histoire de Florence qui montre combien les institutions démocratiques peuvent assurer le bien-être et la grandeur d'un peuple, et comment la perte de la liberté entraîne rapidement la décadence et la ruine.
C'est en 1250 que le peuple de Florence fonda un régime complètement démocratique. Il s'insurgea contre l'aristocratie qui, avec la complicité du podestat, exerçait un pouvoir
(!) Pour les preuves très curieuses, V. Romaniu, Storia di Venezia, t. II, p. 382.
(2) V. Romaniu, St. di Ven., t. JU, p. 389.
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excessif et établit un régime nouveau. La magistrature suprême, la Seigneurie, fut formée de deux délégués, anziani, pour chacun des six quartiers de la ville, nouvel exemple de l'organisation fédérative des cités italiennes. Ces douze magistrats, pendant deux mois, siègent en permanence au palais, où ils couchent et mangent. Ils ne peuvent sortir qu'ensemble. Après deux mois, ils sont remplacés par douze autres citoyens, élus de la même façon. A côté du podestat, et pour le contenir, on institua un autre juge militaire : le capitaine du peuple.
Aussitôt après cette révolution démocratique, Florence déploya une énergie extraordinaire. Elle soumit à son autorité Pisloia, Volterra, Pise, bâtit la forteresse de Pietra Santa et une foule de monuments civils et religieux. Elle encouragea le commerce par de bons règlements et fit battre son florin d'or, dont la valeur se maintint tant que dura la république ellemême.
En 1283, un changement dans la composition de la seigneurie rend ia constitution encore plus démocratique. Au lieu des anziani, délégués des quartiers de la ville, la seigneurie est formée des six prieurs des « arts », qui, aussi élus pour deux mois, vivent toujours ensemble au palais, pendant la durée de leur mandat. C'est l'avènement des représentants du travail au gouvernement. La noblesse, à cause de sa turbulence, est exclue des fonctions publiques.
C'est aussi une période d'étonnante prospérité. La richesse se répand dans les villes et dans les campagnes. C'est en 1288 que Florence affranchit ses serfs. Il faut dire, à l'honneur des villes italiennes et de la démocratie, qu'elles ont été les premières à arracher le serf à la glèbe. Dès 1250, Bologne, toujours en lutte pour sa liberté, prend, sur la proposition du podestat Accurse de Sorrecina, la décision d'affranchir et de racheter tous les serfs de son territoire, pour qu'il ne contînt plus que des hommes libres. Les paysans affranchis, à qui leurs propriétaires habitant la ville avançaient des capitaux, travaillaient avec intelligence et assiduité. Le métayage ou colonat partiaire, hérité de Rome, était resté en vigueur et protégeait les colons contre des exigences arbitraires. De grands travaux d'art s'exécutaient : tel, le grand canal d'irrigation du Milanais, naviglio grande, commencé en 1179, repris en 1257,
LES ENSEIGNEMENTS DE I/IIISTOIKE
et bientôt achevé. « Aujourd'hui encore, dit Sismondi, après cinq siècles, on peu! distinguer les districts jadis libres et, depuis lors, cultivés avec art, de ceux qui, demeurés sujets des seigneurs féodaux, sont restés à. demi sauvages »
La révolution des ciompi nous montre un nouveau progrès de la démocratie. Les « arts mineurs », dont les prieurs ne siégeaienl pas dans la Seigneurie, demandèrent à en faire partie, et les ouvriers inférieurs de l'art de la laine, les ciompi, qui ne formaient point de métier à part et qui ainsi n'avaient nul droit politique, voulurent constituer trois corporations nouvelles. Un cardeur de laine, Michel de Lando, se met à leur lêle ; le palais de la Seigneurie est enlevé et les vœux des ciompi réalisés. Malheureusement, ils ne surent pas profiter de leur victoire. Lando, pour faire régner Tordre, fut obligé luimême d'attaquer les ciompi ; son autorité s'affaiblit et le parti aristocratique ne tarda pas à reprendre le dessus. Une bedia ou convention pour la réforme de l'État, fut constituée, et le pouvoir restitué aux nobili popolani, c'est-à- dire aux artisans des métiers privilégiés.
Une évolution semblable eut lieu dans presque toutes les villes; après une période de gouvernement aristocratique, vient une révolution populaire qui amène les gens de métiers au pouvoir; mais leur victoire n'est pas de longue durée. Les dissensions, les haines, les rivalités favorisent le retour des anciens partis, et avec eux, celui de la tyrannie. A Sienne, après l'exclusion des nobles des affaires publiques, la Seigneurie fut réservée à neuf bourgeois renommés tous les deux mois ; ils se recrutaient eux-mêmes dans quatre-vingt-dix f imilles privilégiées. En 1355, ils furent remplacés par douze bourgeois d'une condition inférieure, et ceux-ci, en 1368, cédèrent la place à des gens de métier d'origine tout à fait populaire. Mais en 1385 déjà, le règne du peuple avait fait place à la tyrannie.
Il arrivait souvent que, pour contenir les nobles et par dégoût du gouvernement de la classe riche, qui l'entraînait à des guerres continuelles, le peuple se soumettait à des chefs militaires, nobles du voisinage ou capitaines étrangers. Au cri
(1) Ouv. cité, p. 102.
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Je : popolo, popolo, on s'insurgeait et on changeait de maître.
Le gouvernement de Gaulthier de Brienne, duc d'Athènes, à Florence, offre un exemple frappant de ces coups de tête du peu de et des malheurs qu'ils pouvaient entraîner. « Le duc d'Athènes, raconte Sismondi1, était de cette race dégénérée des Francs établis dans le Levant, que l'on désignait dans FOccident par le nom de pullani, pour indiquer leur petite taille, leur faiblesse apparente, et souvent leur lâcheté. A cette conformation physique, ils joignaient un amour effréné des plaisirs, la ruse, la perfidie, les habitudes du despotisme, le mépris de la vie, les vices enfin que le commerce avec les Orientaux devait communiquer à des barbares plus disposés à se corrompre qu'à s'élever. » Il se trouvait de passage à Florence, au moment où les Florentins venaient de subir devant Lucques une déroute complète. « Les Florentins se prirent pour lui d'un subit enthousiasme. Ils s'écrièrent que jamais tant de revers ne les auraient atteints, si le duc d'Athènes avait été à la téte de leur armée, et le 1er août 1342, ils lui firent déférer, par la Seigneurie, le titre de capitaine de justice, et le commandement de leurs soldats. Le duc d'Athènes aspira aussitôt à devenir souverain absolu de Florence. Il profita de l'envie et de la colère, que la domination de la riche bourgeoisie avait excitées dans la populace, pour écarter les citoyens les plus puissants; aux uns, il fit trancher la tête; il ruina les autres par des amendes. « Il fit venir de France et de Naples dos gendarmes plus propres encore à l'intrigue qu'aux combats; il leur ordonna de se répandre parmi le peuple, de l'y tenir dans une ivresse continuelle ; de célébrer, en même temps, la vaillance et la libéralité du duc d'Athènes; d'annoncer que, s'il était maître absolu, il ferait vivre les plus pauvres dans la joie et dans l'abondance. Après avoir ainsi excité la fermentation du peuple, il le convoqua en parlement, pour le 8 septembre, sur la place publique. Les agitateurs, entraînant la plus basse classe, le proclamèrent souverain de Florence à vie, forcèrent ensuite le palais public, en chassèrent le gonfalonier et les prieurs et l'y installèrent. »
Tout cela ne fait-il point penser aux préparatifs et aux inci-
i. Ouv. cité, pp. 136 et suiv.
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dents du coup d'Étal du Deux décembre, et aussi à la tentative avortée du général Boulanger? A ce titre, l'exemple est instructif.
« Heureusement, comme dit encore Sismondi, Florence n'était pas mûre poiir la servitude. Dix mois suffirent au duc d'Athènes pour en tirer quatre cent mille florins d'or, qu'il fit passer en France ou à Naples; mais dix mois suffirent aussi pour détromper tous les partis qui avaient pris confiance en lui, pour les réunir tous dans une haine commune, dans une égale détermination de renverser la tyrannie. » Trois conspirations se formèrent à la fois contre le duc d'Athènes, et au moment où il allait procéder à un massacre de trois cents des citoyens les plus distingués, le cri aux armes! partit de la place du Marché-Vieux, et fut répété jusqu'à la porte Saint- Pierre ; à l'instant, de toutes les fenêtres, de tous les toits, les pierres et les tuiles préparées pleuvent sur les gendarmes du duc; tous les palais s'ouvrent et vomissent des hommes armés qui tendent des chaînes et dressent des barricades; le cri: popolo, popolo, liberlà! retentit d'une extrémité de Florence à l'autre. » Le duc d'Athènes, assiégé dans son palais, ne dut sa vie qu'à la médiation de l'évêque de Florence *.
La liberté, cette fois, était sauvée. Mais ce ne fut pas pour longtemps. A la fin du xive siècle, la démoralisation est profonde dans toutes les cités italiennes; les moyens employés par toutes les factions pour conquérir le pouvoir, ont achevé d'énerver tout sentiment de moralité; ce ne sont que crimes, trahisons, empoisonnements, assassinats. Plus de grande idée, plus de pensée généreuse dans la vie politique. L'ère des tyranneaux a commencé. Le pouvoir devient l'enjeu d'une lutte inexorable entre quelques familles, quand il n'est pas conquis par de simples aventuriers.
(1) Padoue, avant d'être conquise par Venise, était aussi tombée sous la domination d'un exécrable tyran. Sur le bord du Bacchiglione s'élève encore la tour morose et formidable qu'il bâtit comme un imprenable refuge. On y a mis une inscription en lettres énormes :
MESTO AVANZO DI NEFANDA TIRRANIDE EZZELINO ERESSE
C'est un moyen lapidaire de graver dans l'âme du peuple la haine des tyrans et l'amour de la liberté.
LA LIBERTE EN ITALIE
De là, à partir du xve siècle, les innombrables conspirations qui font toute l'histoire des villes italiennes. Tant qu'un peuple aime la liberté et a horreur de la servitude, il suffit des excès mêmes de la tyrannie pour provoquer une explosion et ramener la liberté; alors, le souverain, sentant le peuple entier frémir sous sa main, ne peut s'empêcher de trembler.
Mais lorsque le pouvoir absolu dure assez longtemps pour que les hommes s'habituent à l'idée de vivre asservis, il n'est plus besoin de les comprimer. Tous ceux dans la nation qui craignent le changement, spécialement les riches, appuient le gouvernement. Comme il dispose des revenus publics, il ne manque pas de s'attacher une partie du peuple par la reconnaissance. La populace applaudit à tout ce qui diminue l'influence des anciennes familles; l'égalité dans l'asservissement général ne lui déplaît pas. Le luxe et les fêtes de la cour, dont le prix est prélevé, en somme, sur son nécessaire, lui sont un spectacle attrayant qui le séduit. Le souvenir des anciennes agitations de la vie publique ne fait que donner plus de charme au repos complet qu'assure le despotisme. En un mot, l'esclavage abaisse l'homme au point de se faire aimer de lui. Comme les César, comme plus tard Louis XIV, les Sforza à Milan, les Médicis à Florence étourdissaient le peuple par des fêtes continuelles et s'en faisaient adorer.
Des soldats que payait l'argent du peuple gardaient le despote. Les citoyens qu'animaient l'amour de la liberté, le regret du passé, les souvenirs de l'antiquité, ne pouvaient espérer soulever les masses ; il ne leur restait plus qu'à recourir aux conspirations. Les historiens anciens, qu'on recommençait à lire, louaient les Harmodius, les Timoléon, les Bru tus, qui, en poignardant le tyran, avaient rétabli la liberté; d'autre part, on était habitué à tuer pour venger la moindre offense, et l'emploi des sbires comme moyen de régler les contestations était général. On ne voyait dans le régicide qu'une action honorable, la vertu du sacrifice, le dévouement à la patrie.
Aussi, la plupart des tyrans italiens meurent de mort violente. Ainsi, Galéas Sforza est tué (21 décembre 1476) par Oligiati, Yisconti et Lumpugnani à Milan ; Julien de Médicis est mis à mort à Florence par la conspiration des Pazzi; Jérôme Riario, souverain de Forli et dTmola, est poignardé dans, son
LES ENSEIGNEMENTS DE L'HISTOIRE
palais par Irois do ses gardes; Galeotti Manfredi, seigneur de Faenza, esl assassiné par sa femme.
Il est iiiulile de noter les dernières convulsions de la liberté mourante, lia réforme de la constitution de Florence par Savonarole (1494); colle de 1502, où le juge unique, qui était lo capitaine do justice, fut remplacé par un tribunal de cinq juges, dont quatre devaient être d'accord pour prononcer une sentence et où chacun présidait tour à tour, — rotation qui lit donner au tribunal le nom de 7*ota — ; tout ce qu'on fit pour maintenir le régime démocratique fut inutile.
Au commencement du xvie siècle, la liberté est morte presque partout en Italie, et c'est pourquoi le pays fut incapable de résister auxinvasions étrangères. Celles-ci furent terribles. Les villes capturées furent livrées au pillage, les habitants égorgés sans pitié. L'influence du christianisme fut absolument nulle. Les chrétiens se montrèrent plus cruels que les barbares ; ils n'hésitaient pas à massacrer les habitants d'une ville qui avait capitulé; on mettait à la torture les vaincus, pour connaître la place où ils avaient caché tours richesses. Des bandes armées vivaient à merci sur le pays. Tels étaient les usages de guerre des Français, des Allemands, des Espagnols, ceux-ci les plus féroces de tous. Leurs cruautés à la prise de Milan (1526), turent imitées parcelles des bandes du connétable de Bourbon lors du pillage de Rome (1527; et par celles de l'armée française de Lautrec à Pavie (1527).
Quand on visite l'Italie, on voit partout des monuments inachevés, pendent opéra ihterrupta; des édifices religieux et civils offrent une façade en briques sur laquelle devait être appliqué du marbre, telles les cathédrales de Bologne, de Padoue, de Florence, etc. *.
Quand on demande pourquoi ces monuments n'ont pas été achevés, on répond : « C'est l'invasion des Barbares qui a ruiné l'Italie, au xvie comme au ive siècle. »
La faiblesse et la chute des républiques italiennes, à qui l'Europe devait le réveil de la civilisation, sont venues de trois causes : la lutte des partis, la lutte des classes, la lutte des villes entre elles. Il leur a manqué l'esprit d'union, qui
{\ ) On vient d'achever celle-ci conformément aux plans primitifs.
LA LIBERTÉ E S ITALIE
fait la force, comme le dit la devise de la Belgique, et celle de l'Autriche : virîbus unitis.
En démocratie, il faut partout et par tous les moyens, s'efforcer de limiter les pouvoirs de la majorité, afin de protéger la minorité. Dans les républiques italiennes, à Florence surtout, comme à Athènes, comme en 1793, ceux qui dominaient ont persécuté leurs adversaires, et ils ont perdu la république.
A Florence, les grandes luttes commencent après l'assassinat de Buondelmonti (1215;. C'est d'abord la guerre entre les Guelfeset les Gibelins. Les premiers l'emportent, bannissent leurs adversaires, abattent leurs demeures et confisquent leurs biens. Dante a bien dit combien l'exil paraissait dur à ces hommes qui ne vivaient heureux que dans leur ville natale :
Tu proverai si corne sa di sale
Lo pane altrui, è corne e duro calle
Lo scendere e il salir per Valtrui scale.
On avait trouvé à Florence un moyen certain de garder la majorité; le peuple, réuni en Parlement sur la place publique, nommait un comité ou balia, qui dressait la liste des citoyens (imborsezioni) dont les noms étaient mis dans les bourses [borse) destinées au tirage au sort des magistrats. Tous ceux qui appartenaient à la minorité étaient exclus des « bourses » et par conséquent des emplois ; il ne leur restait d'autre recours que les conspirations et les insurrections. Il a manqué aux villes italiennes la sagesse de donner une place à tous les partis. De divisions en divisions, ceux-ci se sont dévorés les uns les autres, comme les hommes de la Révolution en 1793.
A côté de la lutte des partis, sévissait, aussi ardente, la lutte des classes. Après la victoire des Guelfes, les gens du peuple renversent la noblesse, qui tenait le pouvoir; les nobles sont chassés, exilés, exclus de toutes les fonctions. Alors, s'ouvre la lutte entre la haute et la petite bourgeoisie; d'un côté, les métiers supérieurs, arti maygiori, et de l'autre, les métiers inférieurs, arti minori. Et toujours, les mêmes pratiques d'ostracisme : le parti vainqueur frappe les vaincus d'exil, de confiscations; les exécutions et les violences se succèdent. La grande lacune de l'organisation des démocraties italiennes,
LES K NSE1GNEMKNTS DR L'HISTOIRE
c*esf que l'idée de la représentation équitable des minorités y taisait défaut.
C'est encore la même faute, l'antagonisme et les rivalités, qui ont vicie les rapports des villes entre elles.
Au lieu de s'unir et de se fédérer, elles n'avaient qu'une pensée : s'assujettir. Aussi, les villes soumises, au lieu d'être pour la métropole une source de force, étaient une cause de faiblesse; elles étaient toujours prêtes à se révolter contre une tyrannie jalouse, qui ne leur laissait aucun droit. Les guerres de ville à ville furent désastreuses: le nombre des citoyens, à partir du xiii° siècle, alla en diminuant.
Et cependant, l'idée d'une fédération n'avait pas toujours été étrangère aux républiques italiennes. Au xne siècle, la ligue lombarde, formée contre Frédéric Barberousse, avait montré toute la puissance que l'union peut donner aux faibles, fût-ce contre un monarque tout-puissant. H suffît de rappeler le siège d'Alexandrie, ville fondée par la ligue lombarde, et qui tint quatre mois, « avec des murs de paille et de boue, » contre la meilleure armée de l'époque (1157). Sous l'inspiration d'Innocent III, des ligues guelfes s'étaient aussi formées : l'une, dans la Marche, comprenait Ancône, Fermo, Osimo, Camerino, Fano, Jesi, Pesaro et Sinigalia; l'autre unissait Spolète, Rieti, Assise, Foligno, Nocera, Perugia, Agobbio, Todi, et Cita de Caslilla.
Au commencement du xme siècle, il y eut, près de San Miniato, une diète des villes de Toscane où Florence, Arezzo, Pisloia et Lucques étaient représentées.
Contre Frédéric II, se forma en 1224, une nouvelle ligue lombarde qui comprenait Milan, Bologne, Plaisance, Vérone, Brescia, Faenza, Mantoue, Verceil, Lodi, Bergame, Turin, Alexandrie, Yicence, Padoue etTrévise.
Il est hors de doute que, si Venise, Milan, Gênes et Florence avaient pu s'entendre pour une action commune, elles auraient tenu tête à la nouvelle invasion des « barbares ». Les bienfaits d'une confédération des villes italiennes semblable à celles des cités helvétiques, eussent été incalculables pour la destinée de l'Europe et de la civilisation. Elle eût assuré, dès le xme siècle, le triomphe de la liberté, dans une Italie indépendante et prospère.