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LES ÉCHECS DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE EN FRANCE

Charles Xest tombé pour avoir violé la Charte ; Louis-Philippe a été renversé quoiqu'il eut scrupuleusement observé la Constitution et Napoléon TU a été poussé à la guerre qui Ta perdu, par une impopularité croissante, au moment où il s'efforçait d'établir l'empire libéral.

Les causes de ces échecs successifs sont nombreuses. La noblesse, au lieu d'être pour la royauté un appui, a contribué à la perdre. Regrettant l'ancien régime et dévouée à un clergé hostile aux institutions modernes, elle a poussé Charles X au coup d'État, elle a mis Louis-Philippe au ban et elle n'a été d'aucun secours à Napoléon III. Le peuple était imbu des idées de la Révolution et il les associait au culte de l'Empereur, que lui avaient inculqué les historiens et les poètes libéraux. Il ne pardonnait pas à un roi bourgeois, son principal mérite, l'amour de la paix et son désir si justifié de s'entendre avec l'Angleterre. Les meneurs radicaux demandaient la guerre pour soutenir Méhémet-Ali et délivrer la Pologne. Le régime constitutionnel n'était compris et goûté que par le groupe d'élite des lettres et des politiques, qui s'inspiraient de l'exemple de l'Angleterre. Ils formaient une petite minorité que n'aimait ni l'ouvrier des villes, ni le paysan, ni le prêtre, ni le noble. Comme à la révolution française, les Feuillants ne disposaient d'aucune force. Ils étaient écrasés entre les partisans de l'ancien régime et les Jacobins.

N'oublions pas enfin une cause plus profonde que nous

avons déjà indiquée : Le catholicisme prépare malles peuples à pratiquer paisiblement les libertés modernes.

Ces causes de chute tenaient aux fatalités do l'histoire; les souverains qui sont tombés ne pouvaient les changer, mais une faute qui leur est personnelle et qu'ils auraient pu éviter est celle-ci. Ils ont eu trop peur du peuple et trop de confiance cm la puissance de la royauté. Ils n'avaient pas compris que La démocratie, ayant déjà miné les bases du trône, un roi constitutionnel qui veut résister à la volonté de la nation prépare sa déchéance.

Voici un exemple qui fera comprendre ce que je veux dire. On y voit, leçon utile, le contraste entre un souverain qui, imbu des idées anglaises, comprend et accepte le rôle que lui fait le régime moderne et un roi, qui, sous l'influence des souvenirs de la Révolution, ne peut s'y résoudre.

En Belgique, le gouvernement représentatif fonctionnait régulièrement depuis 1830.

En 1846, après quelques essais de ministères mixtes qui avaient échoué, le comte de Theux avait formé un cabinet homogène d'une nuance catholique très marquée. Le parti libéral se prépara aussitôt à le combattre avec la plus grande énergie. L'association électorale de Bruxelles convoqua les délégués de toutes les associations provinciales, afin de constituer un congrès libéral chargé d'arrêter le programme du parti, de la même façon qu'on le fait aux États-Unis, avant toute élection importante. La seule perspective de la réunion des représentants de ces clubs, qui existaient dans toutes les grandes villes, remplit des plus vives alarmes Louis-Philippe et ses ministres1. 11 crut que les excès de 93 allaient se renou-

(1) La lettre de Louis-Philippe au roi des Belges offre tant d'intérêt que nous croyons devoir la reproduire en entier :

« Paris 14 mai 1846.

« C'est sur la table du conseil que je vous écris. Vos lettres et tout ce que je recueille d'informations sur la situation de la Belgique fermentent dans ma tête, sur le tond <le ma vieille expérience et de tous les orages révolutionnaires qui ont passé sous mes yeux. C'est surtout cette assemblée de délégués des associations belges qui va se réunir à Bruxelles qui me préoccupe. Elle ne me rappelle rien moins que la commune de Paris en S792, dictant de l'hôtel de ville à la Convention, aux Tuileries, après la disparition de la Royauté, tout ce qu'il lui plaisait de lui imposer et parvenant jusqu'à envoyer à sa barre des députations audacieuses, qui lui faisaient rapporter le lendemain les décrets qu'elle avait prononcés la veille.

<■ J'ignore le moyen que peut fournir la législation belge pour paralyser, frapper et

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