‹ Le gouvernement dans la démocratie (volume 2)Chapitre 16 sur 147 · MANDAT IMPÉRATIF · texte numérisé non relu

MANDAT IMPÉRATIF

peut en être autrement. S'il change d'opinion ou s'il vote contrairement au programme général de son parti, il sera considéré comme traître et ne sera plus réélu, mais dans le détail de l'application et dans toutes les questions non contenues dans ce programme, et aussi quant au moment d'agir, il doit conserver sa liberté d'appréciation et d'action.

C'est ici que se posent pour le représentant des questions de conscience très délicates. Le parti auquel j'appartiens veut faire passer une loi, qui rentre dans son programme général, mais que je crois inopportune. Le moment du vote arrive : Si je dis non, mon parti perd le pouvoir; si je dis oui, une loi est votée qui, j'en suis convaincu, le perdra dans l'avenir. Que faire?

L'un des dangers de la démocratie est évidemment le mandat impératif. Carie démos veut d'ordinaire que sa volonté se lusse et il n'a pas grand respect pour la supériorité intellectuelle. Or la foule discerne rarement ce qui est son véritable intérêt. Cet intérêt est de choisir des chefs capables, puis de leur obéir.

Les électeurs peuvent toujours imposer en fait le mandat, quoiqu'il ne soit pas admis par la loi : il leur suffit de ne pas accorder leur suffrage à qui ne s'engage pas à voter comme ils l'entendent.

Le représentant doit fréquemment s'entretenir avec ses électeurs, les réunir en meeting, leur adresser des discours, leur communiquer ses motifs d'agir, leur expliquer les votes qu'il a émis. Il en résulte deux avantages : le premier et le plus grand est de faire l'éducation politique des électeurs; le second est de maintenir des rapports intimes entre l'élu et ses commettants, et ainsi la confiance qu'il inspirera lui permettra de conserver une plus grande liberté d'action.

Partout, dans les États généraux du moyen âge et dans les assemblées fédérales en Suisse, les députés avaient un mandat impératif, et avant de voter ils devaient en référer à leurs commettants, par la raison qu'ils représentaient des provinces, des districts, des villes ou des corps constitués qui formaient autant d'États indépendants, lesquels n'entendaient pas être liés par le vote d'une majorité. Aujourd'hui, l'État est un, la nation est une et le député la représente tout entière.

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