DE L OMNIPOTENCE DES MAJORITÉS
Dans une démocratie solidement et définitivement établie, le | euple fait la loi; il nomme les fonctionnaires qui l'exécutent el les juges ou le jury qui l'appliquent. Il a donc latoutepuissance entre les mains. Voyez la Suisse, quel refuge, quelle défense y reste-t-il à la minorité?
Or rien n'est plus dangereux pour la liberté et pour l'avenir de la démocratie elle-même. La puissance de tout faire et L^idée qu'on dispose de cette puissance conduit à en abuser et à commettre des fautes telles qu'elles mettent la constitution en péril.
L'histoire des empereurs romains et des sultans nous apprend qu'il y a la folie de l'omnipotence.
Elle a souvent conduit les peuples libres à sacrifier impitoyablement la minorité et, par conséquent, à provoquer des soulèvements et la guerre civile.
Les démocraties grecques ont été presque constamment en proie à ces luttes intestines; la majorité se croyait en droit de tout faire, et c'est ce qui les a perdues; il en a été de même dans les républiques italiennes.
La majorité dans une démocratie est bien plus puissante que le despote le plus absolu, car elle trouve des agents et des complices répandus dans la nation tout entière et animés de ses passions. Le despote ne peut agir que par des instruments souvent pa-sifs et parfois sourdement hostiles.
Certes, la souveraineté implique qu'il est un pouvoir qui prononce un commandement absolu.
Mais ce commandement ne peut s'appliquer à tout. Il est un domaine appartenant à l'individu, où l'État ne peut pénétrer et qui doit rester inviolable.
En second lieu, même là où la majorité peut commander, il est désirable qu'il y ait quelque obstacle à ses entraînements.
Il faut donc constituer un pouvoir armé d'une autorité suffisante pour forcer la majorité à réfléchir et à se conformer à ce qui est juste. Ce pouvoir sera tantôt un président ou un