‹ Le gouvernement dans la démocratie (volume 2)Chapitre 19 sur 147 · AUX VAINQUEURS LES DÉPOUILLES · texte numérisé non relu

AUX VAINQUEURS LES DÉPOUILLES

C'est un des vices ordinaires de la démocratie de ne pas savoir conserver même ses meilleurs serviteurs; elle s'en lasse, les renvoie et les remplace. Le mal s'aggrave quand les places sont données ou ôtées dans un intérêt électoral. Pour s'en convaincre, il suffît de voir ce qui se passe à cet égard en Amérique.

La constitution des États-Unis donne au président le droit de nommer les fonctionnaires fédéraux, en exigeant le consentement du Sénat pour les postes les plus importants. Elle permet en outre au Congrès de conférer le droit de nomination des employés inférieurs soit au président seul, soit aux cours de justice, soit aux chefs des départements ministériels *.

On interpréta ces dispositions en ce sens que le président ayant le droit de nommer, avaitaussi ledroitde destituer, sans donner de motifs, selon son bon plaisir.

Les premiers présidents usèrent de ce droit avec beaucoup de modération. Mais en 1828, le président Jackson enleva tout d'un coup leur emploi à cinq cents maîtres des postes et les remplaça par cinq cents de ses partisans. C'était un homme du peuple, élevé au pouvoir par un mouvement populaire, ardent dans ses haines comme dans ses sympathies. Il fut poussé à ce déplacement en masse de fonctionnaires autant par inimitié contre son prédécesseur que par le désir de récompenser ses amis politiques. Pénétré des idées d'égalité extrême, il déclara que la « rotation des emplois » était un principe de la démo-

(t) Voir pour les détails l'ouvrage de M. Bryce que j'ai déjà si souvent cité : The American commonwealth, II, pp. 479-491.

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