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AUX VAINQUEURS LES DÉPOUILLES

cratie. Un de ses adhérents au Sénat de New-York le formula un jour, en un mot resté célèbre : « Au vainqueur appartiennent les dépouilles. » « To the victor belong the spoils. »

Ce système est entré depuis lors dans les mœurs politiques de l'Amérique. A chaque changement de président correspond un changement général des fonctionnaires fédéraux. L'élection d'un nouveau président suspend, pour ainsi dire, de leurs fonctions tous les agents de la République, depuis les ambassadeurs près des puissances étrangères, jusqu'aux douaniers et aux maîtres des postes des plus petites localités.

Il est intéressant d'examiner les motifs qu'invoquent les Américains pour justifier ce bouleversement périodique de l'administration.

On dit d'abord que la « rotation des emplois » est conforme à l'esprit de la démocratie, parce qu'elle donne à tous une chance égale d'arriver aux emplois. A Athènes et à Florence, on tirait les magistratures au sort. Tout en empêchant la- formation d'une caste de fonctionnaires routiniers, paresseux, arrogants, ce système excite une louable ambition parmi les employés. Il les empêche de se croire les maîtres du peuple, comme le font les bureaucrates de l'Europe; impossible pour eux de se figurer qu'ils ont le moindre droit à leur place. Rien de meilleur encore pour satisfaire l'amour de la nouveauté et ce changement de rôles qui est naturel aux pays qui progressent. Enfin, dit-on, si ceux qu'élit le peuple lui-même ne restent en charge qu'un an ou deux dans les villes, si le Président, qui à le droit de nomination, n'occupe le pouvoir que pendant quatre ans, pourquoi les employés subalternes seraient-ils nommés à vie?

Une autre raison encore, c'est que les Américains croient généralement qu'un homme en vaut un autre. « Si vous êtes, « dit-on, capable de vous faire donner une place par le peuple, « vous serez assez intelligent pour la remplir. » Le fait est que la plupart des emplois fédéraux n'exigent pas beaucoup d'aptitudes. Excepté les ambassades à l'étranger et les emplois supérieurs des ministères, le plus grand nombre de ces places sont celles de maîtres des postes et de fonctionnaires des douanes.

Le véritable motif qui empêche de mettre un terme à ectto

LE POUVOIR LÉGISLATIF

coutume dont on reconnaît les inconvénients, c'est qu'elle convient à La classe des politiciens de profession, à quelque parti qu'ils appartiennent. Ce sont eux qui profitent des « dépouilles » du parti vaincu; les emplois fédéraux sont la récompense de leurs services électoraux. On comprend aisément la fascination que doit exercer l'espoir d'obtenir une des 120,000 places mises à la disposition du président, sans compter toutes celles qui se distribuent de la même manière dans les États particu- Liers et dans les villes, car le système des «dépouilles » n'a pas lardé à être appliqué dans les autres corps politiques de la république.

Il n'est pas difficile de montrer tout ce qu'a de détestable cette coutume barbare, qui transporte dans la lutte des partis les usages de la guerre. La conception de l'emploi public est complètement viciée : ce n'est plus l'accomplissement d'un devoir envers la communauté; c'est un salaire payé pour des services rendus à un parti. Le système des dépouilles a abaissé le niveau delà moralité publique. La mauvaise foi est devenue cynique. Tous les moyens imaginables ont été employés pour vicier les élections et empêcher la liberté du vote populaire. Comme le président ne peut connaître personnellement les partisans auxquels il doit distribuer les places, il abandonne son droit aux sénateurs de chaque État, ce qui leur fait perdre un temps considérable, enlevé aux affaires publiques.

Naturellement, les agents électoraux qu'on nomme ne se montrent pas des fonctionnaires modèles. Bien que la plupart des postes fédéraux n'exigent qu'une intelligence moyenne, on a constaté souvent l'insuffisance des aptitudes des employés. En outre, ceux-ci sont, cela se conçoit, à la dévotion du sénateur ou du député à qui ils doivent leur place.

Autant ils déploient de zèle pour conserver les faveurs de leurs protecteurs, autant ils sont négligents dans les affaires qui n'intéressent pas leur parti.

11 est juste d'ajouter qu'à la suite d'un mouvement puissant de l'opinion publique, on a mis quelques bornes au système des « dépouilles ». En 1883, un Act du Congrès qui porte le nom de son auteur, le Pendlcton Act, a organisé des examens pour l'obtention d'un nombre considérable d'emplois et cette mesure a été adoptée aussi en partie dans certaines villes.

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