DU RENOUVELLEMENT PARTIEL DES CHAMBRES
Faut-il renouveler les Chambres intégralement ou partiellement? On a proposé de fixer la durée du mandat pour la première Chambre à huit ans, avec un renouvellement par moitié, tous les quatre ans, et la durée du mandat pour la seconde Chambre à quatre ans, avec réélection de la moitié, tous les deux ans ou même avec un renouvellement annuel par quart ou par cinquième.
Je pense que partout, et particulièrement dans un pays qui a traversé autant de crises que la France, le renouvellement partiel est préférable, et voici pourquoi :
Dans une Chambre qui se renouvelle partiellement, un certain esprit de tradition se conserve. Les anciens le maintiennent et agissent sur les nouveaux venus. Il n'y a point de changement brusque; or la politique, pas plus que la nature, n'aime les soubresauts.
En tout il faut procéder avec ménagement et par transitions. L'histoire parlementaire en France n'a eu que trop de coups de théâtre et de changements à vue.
En second lieu, avec le renouvellement partiel, l'agitation électorale n'embrasse pas tout le pays. Comme en Belgique, la moitié des départements voterait tous les deux ans ou bien le quart, chaque année. J'ai entendu proposer de faire voter dans toutes les circonscriptions électorales pour la moitié de leurs représentants ; ce serait le pire des systèmes, car on aurait une agitation générale très fréquente, et les représentants restants, si les élections amenaient de nouveaux députés d'une autre
LK POUVOIR LÉGISLATIF
opinion, n'auraient plus qu'à donner leur démission, car ils auraient cesse d'être en communauté d'opinion avec leur collège électoral.
Les élections partielles sont un avertissement; les élections générales sonl fréquemment tout une révolution ou du moins un coup de dé, un saut dans l'inconnu. On n'a qu'à se souvenir de celles du mois de mai 1870 en France. Pour ce motif, on pourrait préférer le renouvellement par cinquième avec un mandat de cinq ans. Ainsi le cinquième des départements voterait chaque année, et le renouvellement se ferait insensiblement.
La république plus encore que la monarchie doit éviter tout ce qui peut provoquer une agitation générale et profonde, car le pays ne le supporterait pas.
Certains démocrates voudraient transformer leur régime de prédilection en un état permanent de fièvre et d'excitation. C'est le moyen assuré d'empêcher les institutions républicaines de jamais prendre racine, et c'est là ce que font trop souvent les partis extrêmes.
Il faut partir de ce principe que nos sociétés actuelles, industrielles et laborieuses, n'accepteront jamais un régime qui ne donne pas la sécurité durable dont l'industrie et le travail ont besoin. Donc ceux qui cherchent constamment à agiter le pays, sont les ennemis de la démocratie. Plus les institutions démocratiques donneront à un pays de sécurité et même de repos, plus elles auront chance de durer.
Si elles ne lui donnent ni l'un ni l'autre, la nation les demandera au despotisme ou à la dictature.