CHAPITRE X
DE LA REPRÉSENTATION DES MINORÏTÉS
Une autre question se rattache encore à celle du suffrage, c'est celle de la représentation des minorités1. Elle a vivement occupé l'opinion en tout pays pendant ces dernières années, et différentes réformes ont déjà été introduites et appliquées.
Le système de votation généralement en usage aboutit à ce regrettable résultat, que les minorités ne sont point représentées en raison de leur force numérique. Il arrive même assez souvent que la majorité qui, dans le parlement, dispose du gouvernement, représente non la majorité, mais la minorité des électeurs.
Ce résultat, tout à fait en opposition avecl'essence du régime représentatif, est très dangereux pour la stabilité des institutions parlementaires.
Supposez en effet que l'un des partis nomme un peu plus de la moitié des députés, dans des élections très disputées et à de très petites majorités, et que dans les collèges électoraux où il est battu, il n'ait presque pas de voix ; dans ce cas, le parti vaincu sera en minorité dans la chambre, quoiqu'il ait eu pour lui la grande majorité des électeurs. En effet, il a eu d'une part presque l'unanimité, et d'autre part presque la moitié des voix, donc au total un peu moins des trois quarts. Le parti qui n'en aura obtenu qu'un peu plus du quart désignera le ministère et constituera le gouvernement.
Un mode d'élection qui rend possible un résultat aussi monstrueux n'est-il point par cela même condamné à disparai Ire?
Plus un collège électoral est étendu, plus la minorité est
(1) En Suisse, on s'est beaucoup occupé de celte question. La ligue pour la réforme électorale, sous la direction de M. Ernest Naville, a publié d'excellents travaux à ce sujet. En Belgique, en France et ailleurs, des associations semblables existent. V. le Bulletin de l'association pour la représentation proportionnelle en Belgique et pour la France, un excellent volume publié en 1888, chez Bichon : la Représentation proportionnelle. Voyez aussi les Travaux de l'association réformiste de Genève.