LA CHAMBRE HAUTE NE DOIT PAS ÊTRE INVESTIE D'UN DROIT DE VETO ABSOLU
Je no crois pas qu'il faille accorder à aucune des deux chambres le droit de rejeter indéfiniment un projet voté par l'autre chambre. C'est un droit dont la Chambre des lords jouit en Angleterre, mais elle en fait rarement usage, parce qu'elle est assez clairvoyante pour comprendre que l'usage de son privilège mettrait bientôt son existence même en danger.
Deux choses sont à craindre, d'abord que la chambre récalcitrante ne sût point céder à temps, l'esprit de transaction manquant de plus en plus; ensuite que l'opinion ne supportât pas l'usage d'un veto absolu et définitif.
Si l'on veut éviter la chance d'une révolution, il faut trouver un moyen légal de vaincre la résistance trop prolongée de l'une des deux chambres.
On peut d'abord faire nommer par chacune d'elles des commissaires chargés de trouver un moyen terme accepté de part et d'autre; mais, si ce moyen échoue, et si un même projet de loi, voté deux fois dans deux sessions successives par l'une des chambres, a été rejeté deux fois par l'autre, la question devrait être décidée à la majorité absolue, dans une séance plénière à laquelle assisteraient les membres des deux assemblées. C'est là une disposition que renfermait la précédente constitution du Brésil : elle est très sage, et surtout parfaitement appropriée à la situation présente dans les pays démocratiques.
CITAPITRE V
DE LA PLACE QUE DOIVENT OCCUPER L'ÂGE ET L'EXPÉRIENCE DANS LE GOUVERNEMENT
La sagesse et l'expérience sont le propre de ceux qui ont vécu longtemps et qui ont beaucoup vu; mais, s'ils sont mêlés à la foule, comme ils sont peu nombreux, leur autorité sera annulée. C'est pourquoi la vénération qu'inspire l'âge a porté presque tous les peuples à réunir les vieillards les plus respectés en un corps politique jouissant d'un pouvoir spécial. C'est ainsi que l'on trouve les gérontes en Grèce, les sénateurs, les praticiens à Rome, les seigneurs en Italie, les aldermen en Angleterre, les starostes en Russie, dont le nom signifie « les vieux». La, démocratie, à Athènes, a été moins capable de gouverner les affaires extérieures que les aristocraties dans d'autres cités, notamment à Sparte. Elle prend les armes sans motif suffisant, elle se décourage vite, elle frappe de ses vengeances des généraux habiles, mais que le succès a trahi un moment; elle gère mal les finances et accable les citoyens d'impôts.
Quelle habileté dans le Sénat romain, dans l'aristocratie de Venise, dans celle d'Angleterre! L'imprévoyance des assemblées populaires a été partout si reconnue, qu'on admire une assemblée où la prudence pouvait exercer une influence décisive sur la marche des afl'aires.
Le simple citoyen qui arrive à l'assemblée populaire pense peut-être au bien général, mais plus encore à son avantage particulier; absorbé par les occupations journalières, il ne peut