‹ Le gouvernement dans la démocratie (volume 2)Chapitre 6 sur 147 · E. DE LAVELEYE · texte numérisé non relu

E. DE LAVELEYE

LE POUVOIR LÉGISLATIF

guère, pour éclairer ses décisions, se remémorer les précédents

et prévoir les conséquences.

Le sénateur t'ait de ses fondions la principale occupation de sa vie; il s'y prépare de bonne heure. L'égoïsme national est chez lui le ressort dominant. Les esprits, dans l'assemblée des sages, se tonnent, par l'étude des traditions, par les discussions journalières, par la connaissance exacte des affaires. L'éloquence, loin de l'en traîner, excite sa défiance. Elle applaudit un beau discours comme une belle tragédie, mais elle n'en est pas influencée. Ces qualités ne se trouvent au même degré dans aucun autre corps politique. La République acquiert en eux un trésor d'habileté et d'expérience. Ils embrassent du regard le passé et l'avenir.

L'esprit de suite qui manque dans la démocratie est aussi souvent absent dans la monarchie. Un changement de règne amène souvent un changement complet de direction. Tel prince aime la guerre comme Louis XIV, tel autre les plaisirs comme Louis XV. L'un est imprévoyant et s'endette comme François 1er; l'autre est économe et bon administrateur comme Frédéric II. Dans un Sénat, la même politique se transmet de génération en génération ; on dirait un homme qui ne meurt pas, qui ne vieillit pas, et dont l'expérience s'accroît avec les années. Ces qualités sont surtout celles d'un Sénat qui se recrute en raison des fonctions remplies plutôt qu'en vertu de l'hérédité.

Toutefois, quelque avantage qu'ait ainsi le gouvernement des plus sages, il a le grave inconvénient de priver le peuple de cette éducation que donne l'exercice des droits politiques. L'État est bien conduit; il a de la puissance, de l'éclat, mais les sujets restent inertes et déprimés. Or, le premier but de l'État est de former des hommes. Il faut donc réserver une juste part d'influence aux représentants du peuple.

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