CHAPITRE X
LA DÉMOCRATIE ET L'ALCOOL
Le pire ennemi de la démocratie est l'alcool, car il produit ou entretient la misère, l'ignorance, la grossièreté, la violence.
Dans nos sociétés modernes, les symptômes de la brutalité des mœurs : attentats à la vie, à la propriété, à la pudeur, cas de folie et de suicide, délits de toute espèce, sont en proportion de la consommation des boissons alcooliques.
Heureux le moyen âge : il y avait trois fléaux dont il demandait à Dieu de le délivrer : la guerre, la peste et la famine ; mais il ne connaissait pas la peste nouvelle que les Arabes nous ont apportée, l'eau-de-vie (l'eau-de-mort), plus funeste à l'humanité que les trois autres.
Une démocratie intelligente interdirait complètement la fabrication et le débit de ce poison, sauf pour les usages industriels. C'est ce qu'ont fait, par la loi du Maine, certains États de l'Amérique du Nord et, quoiqu'avec moins de rigueur, la Norvège et la Finlande.
Les bons effets ont été frappants : en Norvège, la criminalité a diminué de moitié.
Si, dans d'autres pays, on n'est pas encore assez éclairé pour adopter ces salutaires mesures, qu'on décrète au moins le monopole en faveur de l'État, comme pour le tabac. Le revenu que donnera l'alcool pourra être employé à en combattre l'usage.
Plus la démocratie est éclairée et morale, plus elle s'arme et combat ce fléau.