LA DÉMOCRATIE ET LES DETTES PUBLIQUES
Ces dettes énormes, que contractent à l'envi les États et les villes, sont mauvaises pour la démocratie.
Les peuples deviennent la proie des rentiers; c'est pour eux qu'ils travaillent et qu'ils sont privés du nécessaire ; c'est la forme nouvelle de l'esclavage. Leur condition devient semblable à celle du prolétaire romain sous la loi des Douze Tables : qu'il soit coupé en morceaux pour que les créanciers soient satisfaits. Quoi qu'il arrive, au Shylock moderne il faut sa livre de chair.
L'intérêt de la dette est bien plus dur que la rente de la terre. Les prix baissent-ils, le propriétaire est forcé de diminuer le fermage ; mais l'intérêt doit être payé, quand même le contribuable devrait se priver de deux fois plus d'objets pour parfaire sa part.
L'âme de la classe créancière — et celle-ci augmente sans cesse — s'abaisse sous cette influence, carie taux des effets publics, non la justice d'une cause, est le critérium d'après lequel elle juge les événements. La France succombe à Waterloo : la rente monte à Paris; un coup d'État asservit un peuple libre, la Bourse applaudit et qui aujourd hui n'y est point intéressé ? Le peuple égyptien peine et souffre sous la verge des créanciers européens pour payer l'intérêt de dettes insensées contractées à son insu, et l'Europe le veut ainsi.
Bientôt tous les peuples du monde seront des serfs, astreints à une plus dure corvée que ceux du moyen âge, pour soutenir le luxe des capitalistes.
E. DE LÀVELKÏE. —
Les États-Unis, inspirés par l'instinct démocratique, s'efforcent de rembourser rapidement tous les emprunts contractés pendant la guerre de l'émancipation des noirs.
Il devrait être de principe qu'une génération ne peut rendre les générations suivantes esclaves de la dette. Qu'on y prenne garde : l'une des premières idées de la Commune de Paris a été de brûler le Grand-Livre, et cela sera de tradition dans les révolutions futures.