L'INTRANSIGEANCE
Mot nouveau pour désigner une chose ancienne : elle consiste à vouloir imposer, en politique, une solution ou une idée dans son intégrité, sans en rien rabattre et sans s'inquiéter des résistances.
Certes, ii faut dire ce que Ton croit la vérité et faire ce que Ton croit son devoir, sans ambage, sans concession. Mais quand il s'agit d'appliquer ce que l'on croit bon, il faut tenir compte de l'opposition qu'offrent toujours les hommes et les faits. La transaction s'impose. Ce n'est que lentement et par degrés que l'on peut transformer ce qui est en ce qui doit être.
Les hommes de la révolution française, les jacobins surtout, étaient des intransigeants : ils ont échoué. Les ministres anglais ont toujours su transiger: ils ont ordinairement réussi.
Napoléon 1er a voulu tout plier à sa volonté : il a conduit son pays et sa dynastie aux abîmes.
L'homme d'État le plus puissant de notre temps, au milieu de ses triomphes, a su s'arrêter à temps, louvoyer, transiger, céder : Bismarck n'a pas subi un seul échec. La politique qu'il a toujours pratiquée a été celle que l'on a appelé « l'opportunisme » et qui consiste à faire les choses au moment opportun, quand les circonstances sont favorables.
En politique, l'intransigeance est une folie et l'opportunisme une nécessité.
Washington écrit en 1798 à Jefferson, alors envoyé des États- Unis à Paris : « Tenez-vous en garde contre l'entraînement révo-