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LA DÉMOCRATIE DANS SES RAPPORTC AVEC LE SENTIMENT RELIGIEUX

Plus les institutions d'un peuple deviennent démocratiques, plus il est nécessaire qu'elles aient pour base un sentiment religieux, sincère, profond et éclairé.

Ce n'est qu'à cette condition qu'elles s'affermiront et dureront.

Le ressort habituel des actions de l'homme, l'égoïsme, le pousse à poursuivre son bien-être et son plaisir, sans tenir compte de la justice et des droits d'autrui. Pour qu'il remplisse ses devoirs envers autrui et envers la patrie, il faut qu'il dompte ses passions et au besoin se sacrifie. Il ne le fera que s'il reconnaît une loi morale qui l'y oblige et s'il y a en lui un mobile qui le détermine à y conformer ses actes. D'où peuvent lui venir cette connaissance et ce mobile?

Dans les sociétés primitives, certaines coutumes s'établissent, dictées en partie par les nécessités. Les hommes s'y soumettent passivement comme à un instinct naturel. C'est là le frein et la règle souvent méconnus, il est vrai, qui, toutefois, maintiennent un certain ordre aux époques de barbarie.

Dans les temps de foi, l'enseignement religieux donne cette règle des actions ; il l'imprime profondément dans les cœurs et ainsi, quand ils ne sont pas sous l'influence de passions trop violentes, les hommes obéissent à ces prescriptions. En outre, le souverain et les grands sont armés d'un grand pouvoir de contrainte, dont ils usent et trop souvent abusent.

Mais dans nos démocraties modernes, les coutumes ont perdu leur empire ; la foi est chancelante et effacée en bien des âmes :

l'autorité n'a plus de prestige; le pouvoir de coaction s'est affaibli. L'homme est. libre et dégagé des lisières qui le retenaient dans la ligne droite. La notion du devoir doit donc tenir lieu des entraves et des contraintes qui ont disparu. Plus la liberté est complète, plus le sentiment moral doit être actif, afin que le citoyen fasse spontanément ce qu'il faisait autrefois forcément.

Mais qui lui fera connaître la loi morale, qui surtout mettra en lui le ressort qui en assure le respect? On ne dit plus comme au dix-huitième siècle, que l'homme est naturellement bon et que, sans les mauvaises lois, la société serait parfaite. Au contraire, on le dépeint comme une espèce particulière de quadrumane, plus féroce, plus dévoré de luxure que les autres. Seulement on croit que la science et la morale sans religion suffisent à assurer la bonne conduite de ces bêtes déchaînées, parce que leur intérêt, dit-on, les y pousse.

Quelle illusion!

Avec l'idée religieuse, la morale même disparaît : elle n'a plus de fondement et à coup sûr plus de prise sur les âmes. La science, réduite à l'observation matérielle, ne peut connaître que ce qui est, non ce qui doit être. S'il n'existe pas, en dehors du réel tangible, un idéal de justice et de bien, comment puis-je être tenu de m'y conformer? Si l'homme n'est autre chose qu'un peu de matière constituée d'une façon particulière, on ne conçoit pas que cet assemblage de molécules de carbone, d'azote, d'oxygène, puisse avoir des devoirs à remplir. Quel est le devoir du lion, du mollusque ou de l'algue, de la pierre qui tombe ou du vent qui souffle? Jamais le matérialisme ne pourra fournir une base à la loi morale. Je comprends la morale indépendante de tel ou tel culte, mais non indépendante de la croyance en Dieu et en l'immortalité de TA me. Sans ces deux idées, il n'y a plus aucun motif raisonnable pour ne pas poursuivre mon bien-être et mon plaisir, même aux dépens d'autrui. Sans hésiter je sacrifierai les autres, si j'y trouve mon profit; mais me sacrifier aux autres, pourquoi et dans quel but?

Si tout finit avec cette existence, quelle raison valable me donnerez-vous pour que je m'expose à la perdre, au service de mes semblables ou de la patrie? Que me donnerez-vous en

échange? L'estime, la gloire, la reconnaissance de la postérité, tout cela m'importe peu, puisque je n'en saurai rien. Ces idées peuvent entraîner des hommes formés par des religions ou des philosophies spiritualistes, qui, malgré tout, sont encore attachés aux choses de l'esprit; mais parlez-en à un matérialiste logique et pratique, il haussera les épaules et, à son point de vue, il n'aura pas tort.

Voici ce que dit, dans l'Ecclésiaste, celui qui ne croit pas en la vie à venir : « Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort. Certainement, les vivants savent qu'ils mourront ; mais les morts ne savent rien et ne gagnent plus rien; car leur mémoire est mise en oubli... C'est pourquoi j'ai prisé la joie, parce qu'il n'y a rien sous le soleil de meilleur à l'homme que de manger, de boire et de se réjouir. » Horace, le disciple d'Ëpicure, parle le même langage : « Jouissons, goûtons le plaisir, avant que viennent la vieillesse et la mort. »

L'athée qui raisonne juste n'exposera sa vie ni pour défendre son pays, ni pour sauver son semblable, car si tout meurt avec le corps, pourquoi sacrifierait-il ce par quoi il jouit de tout le reste. Le dévouement, en ce cas, est une sottise et le sacrifice une duperie.

La négation de la spiritualité de l'âme déracine les motifs raisonnables d'être juste et honnête. Si je puis m'enrichir en échappant au Code pénal, pourquoi ne le ferais-je pas? L'éclat des millions fait tout pardonner! Je ne vois aucune bonne raison de m'abstenir d'une indélicatesse, d'un abus de confiance, d'un vol même, s'il doit être à la fois impuni et profitable.

Le devoir sans Dieu et sans vie future est un très beau mot, mais il est vide de sens. Faire de l'attachement désintéressé au bien, le mobile des actions humaines et, par conséquent, le fondement des sociétés, c'est revenir à l'erreur du quiétisme, qui exigeait que l'amour de Dieu fût complètement pur de tout retour sur soi-même. On relira toujours avec fruit la grande discussion de Bossuet et de Fénelon à ce sujet. Fénelon fut condamné et avec raison; il rêvait un homme qui n'existe pas. L'étude du réel ne laisse ici aucun doute. L'homme, comme tous les êtres organisés, même la plante, poursuit son bien. L'amour du moi est le principe de conservation des

espèces; sans cet instinct, qui domine tous les autres, elles périraient. Espérer que l'homme, pour faire son devoir, renoncera au plus léger agrément sans intérêt et même contrairement à son intérêt, c'est une illusion naïve. Dans l'homme, il y a toujours la bête avec tous les appétits de l'animalité; pour qu'il les dompte, il faut qu'une religion ou une philosophie spiritualiste l'arrache aux sens et lui donne l'intérêt spirituel comme mobile de ses actions. L'homme cherche son bonheur, comme la pierre tombe, par une loi de nature ; il est donc inutile de lui prêcher le devoir complètement désintéressé et l'amour « quiétiste » du bien. Ce qui est possible, c'est parla foi, d'ouvrir des perspectives éternelles, qui font que l'on considère avec mépris tous les biens terrestres et que l'on y sacrifie avec joie tout, même la vie.

On cite nombre d'athées qu'on compte parmi les hommes les meilleurs de leur temps : Helvétius, par exemple, si humain, si bienfaisant, et James Mill, ce type admirable de moralité, stoïque, froid et pur comme un marbre antique; mais ces hommes exceptionnels sont des philosophes déjà dégagés de toute tentation des sens et d'ailleurs formés par une éducation chrétienne, au sein d'une société chrétienne. Dans chacun de nos actes, la part d'influence exercée par les idées et les sentiments de nos contemporains est plus grande que celle de nos idées propres. Mais supposez un peuple d'où toute idée religieuse soit complètement bannie, la moralité et jusqu'à l'idée même du sacrifice et du devoir disparaîtraient en même temps. Le darwinisme enseigne que, dans la lutte pour l'existence, les plus forts et les plus habiles doivent l'emporter et se nourrir aux dépens des autres; que telle est la loi du monde animal, et qu'il est bon qu'il en soit ainsi; car de cette façon s'opère la sélection naturelle. Dès lors, tâchons par tous les moyens d'être les plus forts et de prendre la place des autres; nous aurons accompli notre devoir, car nous aurons fait triompher la loi naturelle qui produit le' perfectionnement des espèces.

La destruction de l'idée religieuse donnerait aux revendications des classes inférieures une âpreté sans merci. Ils sont bien inspirés, les chefs du communisme révolutionnaire qui, en tête de leur manifeste de guerre contre la société, inscrivent la négation de la Divinité. Plus vous jetterez l'homme

dans les sens, en lui enlevant tout espoir de compensations célestes, moins patiemment il supportera les inégalités sociales, qui le privent de sa part de bien-être dans ce monde qui pour lui est le seul réel. S'il voit qu'il ne peut l'obtenir, il sera pris contre les institutions dont il se croit la victime d'une haine diabolique et d'une fureur de destruction effroyable. C'est sous l'empire de ce sentiment que la Commune a mis le feu aux monuments de Paris, qui étaient les symboles des pouvoirs établis. Maxime Du Camp, en finissant son remarquable livre sur Paris et ses organes, se sent pris d'une grande tristesse à l'idée que cette ville splendide, cette merveille de la civilisation, qu'il vient de décrire dans tous ses détails, deviendra un jour la proie des flammes. Il est certain que c'est l'athéisme qui allumera la torche, avec laquelle le communisme révolutionnaire voudra tout anéantir, le jour où, vaincu, il ne croira plus pouvoir réaliser ses rêves de rénovation sociale.

Quand tout est ébranlé à la fois, les institutions et les traditions, quand, sous l'empire de la démocratie, l'ordre social se transforme chaque jour et que les dépositaires du pouvoir changent sans cesse, les hommes ne se sentent plus contenus ni par le respect de l'autorité politique, ni par celui de l'autorité religieuse et alors les chances de désordre augmentent.

L'absence de toute contrainte déchaîne les uns, épouvante les autres. Les travailleurs, n'espérant plus en un autre inonde et ne cherchant plus le bonheur qu'en celui-ci, veulent à tout prix et même par la violence établir un ordre meilleur qu'ils sont encore incapables d'organiser et de faire marcher. Tous ceux qui ont à perdre appelleront un maître, et, même les révoltés, désespérés de ne pouvoir réaliser leur idéal, l'accepteront, croyant qu'il le leur assurera.

En tout cas, morale indépendante, morale agnostique ou morale religieuse, il faut qu'elle soit enseignée au peuple. Qui s'en chargera? Jusqu'à présent, en tout pays, c'est le ministre du culte qui l'a fait. Dorénavant seront-ce les philosophes? Évidemment non. Si donc l'enseignement de la morale est nécessaire comme fondement à la pratique de la liberté, l'enseignement d'une religion ne l'est pas moins à celle de la morale.

On répète souvent ce mot de Tocqueville : « Je doute que l'homme puisse jamais supporter à la fois une complète indépendance religieuse et une entière liberté politique et je suis porté à croire que, s'il n'a pas de foi, il faut qu'il serve, et s'il est libre, qu'il croie. »

Les « philosophes» et les amis de la liberté au dix-huitième siècle avaient une opinion tout opposée. On connaît leur thèse : les rois d'accord avec les prêtres ont inventé les religions pour réduire les peuples en esclavage et pour vivre des fruits de leur labeur. Le poète Alfieri la résume en ces termes : « Le premier tyran n'a pas été le plus fort, mais bien le plus fourbe et le plus savant dans la connaissance du cœur humain et le premier dès lors à leur donner une idée de la divinité. C'est pour cela que chez la plupart des peuples la tyrannie religieuse a enfanté la tyrannie civile. Souvent elles se sont réunies sur la tête d'un seul, mais jamais elles n'ont manqué de se prêter un mutuel secours. S'il n'y avait point de tyrannie laïque, il en sortirait bientôt une de la classe des prêtres. Dans tous les cas, les prêtres approuveront toujours et défendront le tyran qui s'élèvera, dans l'espoir d'obtenir de lui, en échange de leur concours, le droit de tromper les peuples. »

L'histoire des religions, une des plus belles conquêtes scientifiques de notre temps, est venue démontrer qu'elles se forment et se développent en vertu d'une croissance naturelle comme le langage, la littérature, l'art, en un mot la civilisation, dont elle constitue le principal élément. Toutefois il est vrai que la plupart des cultes ont préparé les peuples à vivre asservis ou ont fourni les moyens de les asservir.

Dans les religions antiques, le sentiment dominant est la crainte. On connaît le mot : Prunus in orbe Deos fecll timor, ou comme dit Lucrèce :

Prœterea, quoi non animiU formidine vitam Contraint? Quoi non correpunt membra pavore?

(De Naturd rerum, V. v, 1/216.)

La crainte énerve les caractères, affaiblit les résistances au despotisme et, par conséquent, en facilite l'établissement. Dans tout l'Orient et en Égypte, il en a été ainsi. A l'époque de

la liberté en Grèce, la religion, devenue anthropomorphique, avait perdu son caractère de terreur.

La religion inculque l'obéissance. Être prêt à toujours obéir, est la qualité que le despotisme doit rencontrer chez ses sujets.

La religion détache des intérêts terrestres parce qu'elle fait espérer un bonheur parfait dans un autre monde. Dès lors, on peut abandonner les sociétés civiles à des maîtres et se résigner à la servitude et à toutes les iniquités sociales. L'épreuve acceptée avec résignation est le chemin du ciel. C'est pourquoi les socialistes, voulant que les classes inférieures s'insurgent contre l'ordre social actuel, s'efforcent d'extirper tout sentiment religieux.

Cependant, il est certain que le judaïsme et le christianisme ont enfanté des sociétés libres ou avides de liberté.

En Israël, le régime politique a toujours été républicain et démocratique. En outre, les prophètes ont annoncé un idéal de justice sociale. Ils ne sont pas résignés; ils tonnent contre la tyrannie et contre l'inégalité : ils veulent la réforme en ce monde, le seul dont les Israélites primitifs ont bien compris la réalité. Ils ont fait naître ainsi une soif du mieux qui ne s'est plus éteinte. Avec quelle persévérance indomptable et tragique les Juifs ont essayé sans relâche de s'affranchir de la domination étrangère, même en luttant contre les aigles toujours victorieuses de Rome toute-puissante. Au xvie siècle, c'est en répétant les paroles des prophètes et des psaumes que les réformés en Angleterre, aux Pays-Bas, en France, marchaient à l'assaut du despotisme. Nous avons vu en quelle mesure l'Ancien Testament a contribué à fonder la liberté moderne.

Sans doute, le christianisme prêchait la résignation et le détachement des intérêts terrestres, mais, d'autre part, il créait à ses débuts, des sociétés complètement démocratiques, où la liberté, l'égalité, la fraternité sont mises en pratique d'une façon constante. Les premières ecclesias chrétiennes, sont des sociétés d'égaux : nulle trace de théocratie. Les anciens et les surveillants,' les episcopi (évêques), sont choisis par le suffrage de tous. Tous viennent s'asseoir côte à côte, sans distinction de rang, au banquet égalitaire de la cène.

Voici les paroles de Jésus : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » (Jean, VIII, 32.)

Si chacun fait librement ce qui est conforme au bien et à l'intérêt général, la contrainte devient inutile. L'homme spontanément remplit tous ses devoirs, en raison du principe qui le guide. Les colonies de la Nouvelle-Angleterre, peuplées par les puritains, ont présenté longtemps cet admirable spectacle, parce que, plus que toute autre société, elles ont été pénétrées de l'esprit chrétien.

Au xvie siècle, partout où l'on a voulu revenir au christianisme primitif, en Écosse, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Suisse, en France, en Allemagne, on s'est insurgé contre le despotisme et on a établi la liberté et le système représentatif. La société civile devait être organisée à l'image de la société religieuse.

Si la révolution française a échoué, alors que celle d'Angleterre avait réussi, c'est parce que celle-ci s'était faite en s'appuyant sur le sentiment religieux, tandis que celle-là l'avait traité en ennemi.

En France, en dehors du protestantisme écrasé et presque extirpé, les amis de la liberté et les philosophes avaient pris comme armes l'irréligion et l'immoralité pour combattre l'Église, l'alliée et le soutien de l'absolutisme. Ils en appelaient, non à un retour vers les prophètes et vers l'Évangile, mais à l'incrédulité et à la luxure, afin d'anéantir l'autorité du prêtre sur les âmes. De là ces mots, ces vers, ces récits obsènes que l'on rencontre chez les plus grands écrivains, Voltaire, Diderot, Montesquieu même ; c'est un instrument de combat dans la guerre en faveur de la liberté.

Montaigne et Rabelais, qui donnent le ton, offrent le type de ces gens qui se moquent des abus, mais qui les rendent éternels, parce qu'ils manquent du sérieux et du courage nécessaires pour s'en affranchir. L'auteur de Vile satinante écrit un livre de la plus révoltante obscénité et profondément anti-religieux, mais il reste en bons termes avec les évêques et continue à dire sa messe à Meudon. Voltaire publie la Pucelle, puis malade, mais certain de guérir, mande son curé par exploit et donne au monde la comédie de communier pardevant notaire et témoins. Dans la profession de foi du Vicaire

Savoyard, Rousseau le loue de conserver l'ancien culte et d'en célébrer les rites, en cessant d'y croire.

Lâcheté, hypocrisie ! Où sont Jean Huss et les autres martyrs de leur croyance?

Aussi, voyez les fâcheuses conséquences. Dans la vie de presque tous les révolutionnaires, que de taches et que de hontes, ainsi que Taine nous le montre en des détails précis. Presque tous sont des « impurs », pour employer le mot de Robespierre, même son plus dévoué disciple, « l'incorruptible » Saint-Just. Quel contraste avec les hommes qui ont fait la révolution anglaise, insurgés et régicides aussi I

« Autour de Cromwell, dit Taine, pour appliquer son programme puritain, il y avait l'élite morale de la nation, une armée de rigoristes à conscience étroite, plus sévères encore pour eux-mêmes que pour autrui, qui ne se permettaient ni un juron ni un excès de vin, qui ne s'accordaient ni un quart d'heure de sensualité ni une heure de paresse, qui s'interdisaient toute action ou omission sur laquelle ils pouvaient avoir un scrupule, les plus probes, les plus tempérants, les plus laborieux et les plus persévérants des hommes, seuls capables de fonder la morale pratique, dont l'Angleterre et les États-Unis vivent encore aujourd'hui. » (Les 'origines de la France contemporaine, III, 155.)

Macaulay avait dit, avant Taine (Hlstory of England, I, 152) : « Les royalistes eux-mêmes confessèrent que dans chaque branche de travail honnête, les soldats licenciés prospéraient au delà des autres hommes, que nul d'entre eux n'était accusé de brigandage ou de larcin, qu'on n'en voyait aucun demander l'aumône, et que, si un boulanger, un maçon, un charretier attirait l'attention par sa sobriété et sa diligence, il était très probablement un des vieux soldats de Cromwell. »

Les principaux meneurs de la révolution anglaise, Sidney, Vane, Ludlow, Harrington, Hutchinson, Milton, étaient des esprits élevés, des cœurs fiers, profondément religieux et moraux. Comme le dit très bien Guizot, « ils ont rendu à Leur patrie un inappréciable service ; ils y ont fondé l'austérité de la vie privée et la sainteté des mœurs domestiques. »

Les États-Unis sont la création des indépendants. Ils ont fait le moule où s'est développée la plus grande des républiques.

Ils ont imprimé leur caractère sur chacun des États qui la constituent. Ils ont été, eux et leurs descendants, l'àme de cette puissante nation. Ils ont présidé à sa naissance et guidé sa jeunesse; ils l'ont sauvée delà honte de l'esclavage et de la dislocation, et ceux que leurs principes inspirent sont encore l'espoir de l'avenir.

"Tocqueville, instruit par ce qu'il avait vu aux États-L'nis, montre parfaitement à quelles conditions une religion pourra conserver son empire sur les âmes au sein des sociétés démocratiques : « Elle doit d'abord se garder de sortir de la sphère qui lui est propre et tracer avec soin le cercle dans lequel elle prétendra enfermer l'esprit humain; en second lieu, ne point se perdre en un excès de pratiques extérieures, car une religion qui deviendrait plus minutieuse et plus chargée de petites observances dans le même temps que les hommes deviennent plus égaux, se verrait bientôt réduite à une troupe de zélateurs passionnés au milieu d'une multitude incrédule; en troisième lieu, ne pas se montrer hostile à la science et aux biens qu'elle apporte. »

E. DU LAVELEYE. — DKMOCn A TIH — T.

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