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LE GOUVERNEMENT NE DOIT PAS RÉSIDER DANS LA CAPITALE

mis à Faction calmante des campagnes. La société surexcite les passions, la nature les calme.

Rome sera pour l'Italie une excellente capitale, tant qu'on n'en aura pas éloigné la malaria. Pas d'industrie, peu d'ouvriers, point de foule, les souvenirs austères de l'antiquité, qui parlent de l'instabilité des choses humaines et enseignent la prudence, et surtout les fièvres, l'été, qui abrègent les sessions des Chambres.

Jusqu'à présent, le Parlement a pu siéger à Londres sans péril, quoique déjà les manifestations de la rue ont imposé naguère le retrait de l'impôt sur les allumettes, proposé par le chancelier avec ce jeu de mots : ex luce lucellum. Jusqu'à présent, le peuple anglais a le respect de la loi et n'a pas encore la conscience de sa force; mais en sera-t-il toujours ainsi? Déjà plus d'une fois, comme dans l'agitation au sujet de la réforme électorale, c'est la foule qui a imposé sa volonté au Parlement.

De toutes les villes du monde, il n'y en a point qui convienne moins à être la capitale d'une démocratie que Paris. Qui aura lu ce chapitre ne me demandera pas pourquoi 4.

La base d'un régime démocratique stable est l'égalité des conditions ; une grande capitale est la conséquence et l'efflorescence de l'inégalité. Il y a donc là un antagonisme inconciliable.

Que les familles riches aillent habiter la campagne d'où elles tirent leur revenu, le pays tout entier en profitera; mais la capitale sera ruinée, et les ouvriers qui y vivent dés dépenses du luxe n'auront plus qu'à émigrer. Il y a donc une opposition complète entre les passions de ces ouvriers hostiles à l'inégalité et leur intérêt, puisque c'est l'inégalité qui les fait subsister.

Les dangers qui menacent tolit gouvernement fixé dans une grande ville augmentent à mesure que s'accroît et se répand cette haine de l'ordre social actuel, que l'on a appelé le nihilisme ou l'anarchie *. C'est dans les capitales que s'exaspère

(1) A l'exemple des États-Unis, la nouvelle constitution du Brésil décide que la capitale de la république, sera fixée, non â Hio-de-Janeiro, mais dans un district fédéral que désignera le Congrès.

(2) V. mon livre Le Socialisme contemporain, chap. X. Déjà, en 1833, le contraste si poignant qu'offre Paris entre 1'épauouisscmcnt de l'opulence

E. DE LAVELEYE. — DÉMOCRATIE. — I

là démocratie

cette haine, parce que c'est là que, d'une part, s'étalent les raffinements de l'opulence dans ce qu'ils ont de plus révoltant et que, de l'autre, les « misérables » sont le plus entassés, le plus refoulés sur eux-mêmes, le plus mal logés et le plus nombreux. Ne voyant aucune voie pour sortir d'une condition qu'ils n'acceptent plus comme juste ou nécessaire, n'espérant plus rien de ces plans de réformes, de ces utopies dont on berçait naguère leur imagination crédule, ils ne songent désormais qu'à anéantir ces institutions qui les écrasent, ce qui signifie qu'ils s'apprêtent à brûler les bâtiments et à supprimer les personnes qui les représentent. Il existe déjà dans la plupart des capitales, à Paris surtout, une armée de la démagogie s'exerçant dans l'ombre à accomplir l'œuvre de destruction, dès que l'autorité viendra à défaillir, ne fût-ce qu'un moment, par suite, soit de troubles intérieurs, soit de défaites à la frontière.

Maxime du Camp, à la fin de son livre consacré à étudier les organes de Paris, jette sur la splendide cité un regard attristé, en songeant qu'un jour elle sera livrée aux flammes.

Faut-il peut-être en conclure que la suppression des grandes villes, nées d'une répartition trop inégale des biens, soit exigée par le progrès, et que c'est à ce prix que s'établiront les démocraties égalitaires de l'avenir?

En tout cas, ceux qui ne l'admettent ni ne le désirent, sont bien imprévoyants en fixant le siège du gouvernement sur des tonneaux accumulés de pétrole et de dynamite.

et les souffrances de la misère inspirait au poète Hégésippe Moreau une surexcitation de haine farouche qui lui fait désirer de voir la grande capitale livrée aux flammes. Dans une éloquente pièce de vers intitulée l'Hiver, il s'écrie :

Alors s'accomplira l'épouvantable scène Qulsnard prophétisait au peuple de la Seine. Spartacus ressaisit son glaive souverain. Il va se réveiller le peuple souterrain Qui, paraissant aux jours des grandes saturnales, De mille noms hideux a souillé nos annales. Au rivage désert les barbares surpris Demanderont où fut ce qu'on nommait Paris. La foudre éclatera...

Et moi j'applaudirai. Ma jeunesse engourdie Se réchauffera bien à ce grand incendie.

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