L'ÉTAT ET SES FONCTIONS
Les mauvais gouvernements ont fait tant de mal aux hommes, par la guerre, par la spoliation organisée et par l'excès des taxes mal établies, que les économistes veulen' réduire le plus possible l'action de l'État.
Ils considèrent l'État comme un ulcère qui dévore la moelle des peuples. Ils diraient volontiers comme La Fontaine : « Notre ennemi, c'est notre maître; » ou ils vanteraient, avec Proudhon, l'anarchie (àvap/ux), la suppression du gouvernement.
Cependant le progrès de la civilisation n'a été possible que par l'action de l'État.
Le droit défini et imposé est l'œuvre de l'État. Et c'est le droit qui, garantissant les fruits du travail à celui qui les crée, détermine la production.
Bacon a dit : In societale aut vis aut lex valet. « Dans la société règne ou la loi ou la force. »
Règne de la loi : ordre, travail, économie, formation du capital, science, bien-être.
Règne de la force : luttes, spoliation, inertie, misère.
L'État, en faisant les routes et en y apportant la sécurité, a favorisé l'échange, la division du travail, la grande industrie, le commerce, l'enrichissement et la solidarité du genre humain.
Par l'instruction, l'État répand la science et les connaissances indispensables, qui sont les principales sources du bien-être et de la vraie civilisation.
LE DROIT ET L'ÉTAT
L'organisation d'une bonne justice est le premier intérêt des peuples. Pour être bonne, il faut qu'elle soit équitable, prompte et peu coûteuse. L'État seul peut la faire telle.
En Turquie, l'État ne fait rien, les caisses étant vides; mais il est imprudent d'aller, sur place, constater les bienfaits du système.
Toute consommation publique diminue d'autant la consommation privée; mais la première est souvent bien plus utile que la seconde. Si ce que vous enlevez aux truffes et aux vins lins est consacré aux bibliothèques et aux écoles, nul n'aura à s'en plaindre, pas même ceux qui auront payé.
a Les dépenses publiques, a dit Rossi, sont le moyen de rendre l'association générale profitable, non à quelques-uns seulement, mais à tous. »
Bastiat, l'apôtre de l'individualisme, admet « qu'une nation, après s'être assurée qu'une grande entreprise doit profiter à la communauté, la fasse exécuter sur le produit d'une cotisation commune, quoi de plus naturel. » {Petits Pamphlets. Travaux publics.)
Cousin s'exprime dans le même sens :
« Il y a des faits légitimes et même universellement admirés qui ne s'expliquent pas, si on réduit la fonction du gouvernement à la seule protection des droits. Le gouvernement doit aux citoyens, mais en une certaine mesure, de veiller à leur bien-être, de développer leur intelligence, de fortifier leur moralité. » (Du Vrai, du Beau et du Bien.)
Jusqu'où doit s'étendre l'action des pouvoirs publics.
A ce sujet, deux théories sont en présence : la théorie de l'État-Gendarme et la théorie de l'Ëtat-Providence.
Dans l'une, l'État se borne à garantir la sécurité ; dans l'autre, il assure à chacun le nécessaire et l'utile : la poule-au-pot et le reste.
La première théorie est celle de l'individualisme : de la perfection des individus résultera la perfection de l'État, qui est de n'être pas.
La seconde théorie est celle du socialisme, dont le modèle se trouve dans la République de Platon : que l'État soit parfait, et il en résultera la perfection des individus qui en sont les parties constituantes.