‹ Le gouvernement dans la démocratieChapitre 28 sur 134 · LES UNIONS D'ÉTATS · texte numérisé non relu

LES UNIONS D'ÉTATS

Deux ou plusieurs États peuvent être unis, sous le régime monarchique, par une union personnelle ou par une union réelle, et, sous le régime républicain, par une union fédérale.

11 y -<x m\\on personnelle quand les États unis n'ont en commun que le souverain et qu'ils constituent à tous égards des États séparés, ayant leur législation, leur administration, leur armée, leurs finances propres. Toutefois ils pourraient avoir la même représentation diplomatique à l'étranger. Tel est le cas pour la Suède et la Norvège.

Il y a union réelle, quand les États unis ont en commun certains services et certaines institutions. Tel est le cas de l'Autriche-Hongrie, formée de l'union de la Cisleithanie et de la Transleithanie1, qui ont une armée commune, une politique et une représentation diplomatique commune et des finances communes, et par conséquent trois ministères communs: affaires étrangères, guerre, finances. En outre, les intérêts communs sont discutés et réglés dans l'assemblée des délégations où les deux parties de l'Empire envoient un nombre égal de députés.

Les relations entre les États unis peuvent devenir si intimes qu'ils ne forment plus qu'une nation, quoiqu'ayant encore à

(1) Quand en 1867 on a établi en Autriche-Hongrie le régime actuel appelé le dualisme, faute d'un nom historique à appliquer aux deux groupes de provinces et d'États qui allaient constituer l'Empire, on a pris pour délimitation entre ces deux moitiés uni; petite rivière, la Lcitha: le groupe à l'Occident constituant la Cisleithanie; le groupe à l'Orient, la Transleithanie. (V. mon livre : La Prusse et V Autriche depuis Sadowa.)

LA FORMATION DES ÉTATS

certains égards une législation séparée. C'est le cas du Royaume-uni, formé de l'union de l'Angleterre, de l'Ecosse et de L'Irlande, 11 n'a qu'un seul parlement.

Si les Anglais accordent un jour à l'Irlande, sous le nom de home ru/e, une autonomie plus ou moins complète, avec un parlement siégeant à Dublin et s'occupant des affaires irlandaises, il faudra que l'Angleterre et l'Écosse obtiennent la même faveur, le parlement central ne réglant plus que les intérêts généraux. Si les Irlandais, maîtres chez eux, siègent en même nombre qu'aujourd'hui dans le parlement de Westminster conservant sa compétence actuelle, ils domineront l'Empire, car ils pourront toujours assurer la majorité au parti auquel ils apporteront leur vote. Si les Anglais leur abandonnent encore la justice, la milice et les douanes, il ne restera plus qu'une union personnelle sans cesse menacée.

En Espagne, dans les Pays-Bas, en Autriche et même jusqu'à un certain point en France, au moyen âge, les provinces, royaumes, duchés, comtés, marquisats formant les différents États, n'étaient unis que dans la personne du souverain. Chacun d'eux avait son assemblée représentative, diète ou états, ses coutumes, ses finances, ses douanes, ses fonctionnaires, et il ne contribuait aux dépenses communes qu'après les avoir votées.

Ainsi la Bohême, la Hongrie, l'Autriche, la Croatie, le Tyrol n'avaient de commun que le prince qui se faisait reconnaître et introniser dans chacun de ces États. Ce n'est qu'à partir du xvie siècle que les souverains s'efforcent de constituer des États unitaires en limitant successivement la compétence et les prérogatives des autonomies locales.

Quand un souverain d'un pays l'est en même temps d'autres pays, deux dangers sont à craindre :

1° Ou il peut subordonner l'avantage de l'un de ses royaumes à l'avantage de l'autre ou des autres.

2° Ou il peut tirer de lune de ses possessions des forces suffisantes pour supprimer les libertés de l'autre.

1° Pendant le moyen âge, tous les malheurs de l'Allemagne, la dissolution de son unité, la chute du pouvoir central, furent la conséquence du fait que ses rois voulaient être en même temps empereurs de Rome et rois d'Italie! C'est l'exemple

Page 1