LES UNIONS D'ÉTAT
le plus frappant des malheurs qui résultent de l'union de deux pays différents sous un même gouvernement.
Depuis que Auguste-le-Fort, électeur de Saxe, fut élu roi de Pologne, lui et son fils et successeur sacrifièrent l'intérêt de la Saxe, le sang et l'argent des Saxons à leur vaine royauté. L'élection avait déjà coûté à la Saxe plusieurs millions de thalers. La famille électorale, ayant adopté la religion catholique qui dominait en Pologne, elle perdit la direction effective du Corps évangélique dans l'empire, et celle-ci passa à la famille de Prusse, considérée désormais comme le chef du protestantisme allemand. Entraînée par la politique polonaise dans la guerre du Nord, contre Charles XII, la Saxe y perdit 60,000 hommes et plus de cent millions de thalers sans aucun profit pour elle-même. Ce fut également la royauté polonaise de son électeur qui l'impliqua dans les guerres de la succession de Pologne et contre Frédéric II, de Prusse.
Dans les guerres que la maison de Hanovre régnant en Angleterre a soutenues sur le continent et dans toute sa politique continentale, elle était guidée par l'intérêt de son électorat.
Invoquant les droits de descendants des Habsbourg, la reine d'Espagne Elisabeth, que Carlyle appelle si bien the Termagant of Spain [Frederick the Great,Vll, 230, Tauchnitz, édit.), prend partie dans la guerre de la succession d'Autriche contre Marie- Thérèse (1741-1748), pour assurera son second fils, Philippe, le Milanais comme apanage : guerre coûteuse en hommes et en argent, où la flotte espagnole est harcelée, bloquée par les vais-eaux anglais ; b itailles sanglantes en Italie, Coni (1744), l>a^signano (1745), et tout cela pour qu'au traité d'Aix-la-Chapelle l'Autriche cède Parme et Plaisance à l'infant don Philippe, sans aucun profit pour l'Espagne.
2° Le second mal qui peut résulter de l'union est pire encore. Si un peuple veut maintenir et défendre ses libertés, le souverain peut tirer de ses autres possessions des forces en hommes et en argent suffisantes pour assurer le triomphe du despotisme.
On frémit et on s'indigne, en se rappelant tout le mal, mal peut-être irréparable, qu'a fait à la liberté la maison de Habsbourg, parce qu'elle disposait des forces de plusieurs États.
L'Espagne était, par excellence, un pays de libertés pro-
K. DE LAVKLEYE. — DÉMOCRATIE. — I. fj
LA FORMATION DES ETATS
vinciales et municipales. Charles-Quint écrase les communes a Vilalar et, dûs lors, s'étend sur la péninsule la chape de plomb du despotisme, qui produit une décadence sans exemple.
Philippe 11 écrase la liberté dans les provinces méridionales des Pays-Bas.
Si Philippe II n'avait pas eu ses bandes espagnoles et ses mercenaires italiens pour dompter les Flamands, il aurait été aisément vaincu, et les provinces des Pays-Bas, toutes réunies, libres, puissantes, prospères, auraient conservé leurs anciennes frontières, et égalé l'Angleterre qu'elles précédaient de loin en civilisation. République fédérale, héritière de l'amour de la liberté qui animait les grandes communes, et que la Réforme ravivait et confirmait, elles auraient formé l'État le plus heureux et le plus civilisé de l'Europe.
La Bohême, si pleine de vie, d'activité économique et intellectuelle, assez puissante, sous les Hussites, pour résister à une croisade générale, est enfin écrasée à la bataille de la Montagne blanche, émasculée, pillée, décimée par les massacres, appauvrie par les confiscations et, enfin, livrée aux Jésuites (Ferdinand II, 1619-1637).
La Hongrie résiste mieux et plus longtemps, mais on lance contre elle Allemands e t Tchèques et, elle aussi, plie sous le joug.
Sigismond, prince héréditaire et bientôt roi de Suède, étant élu roi de Pologne en 1587 (Sigismond III), passe au catholicisme et cherche désormais à détruire le protestantisme en Suède et à y supprimer la liberté de conscience. Mais les Suédois ne se soumettent pas à sa tyrannie bigote. Ils se révoltent, remportent la victoire, le destituent et le remplacent sur le trône par son oncle, Charles de Sudermanland (Charles IX), qui met un terme à l'union fatale entre les deux royaumes de Suède et de Pologne, si différents sous tous les rapports.
Charles XI, roi de Suède, profite des ressources qu'il tire de ce royaume, pour détruire les libertés séculaires de ses possessions allemandes : duché de Brème, Poméranie antérieure, provinces baltiques (vers 1690). Lorsque les États de ces dernières provinces lui envoient une députation, afin de le prier de respecter leurs libertés, il fait condamner ces députés à mort, comme coupables de haute trahison, et ne les gracie