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LES PROVINCES AUTONOMES ET LIBRES

moderne, si ces princes avaient jamais voulu autre chose que devenir et rester les maîtres. »

La France a pu deux fois grouper les autonomies provinciales avec un lien fédératif, au xvie siècle et au début de la Révolution. En France, les protestants voulaient maintenir les libertés locales, en imitant le régime suisse (V. liv. VI, chap. v). En 1789, ce qu'on a demandé d'abord, c'est de conserver les provinces, leur rendre leurs États, et fonder ainsi une véritable confédération. C'est ce que préconisait Necker, s'inspirant de ce qu'il voyait dans sa patrie, la Suisse. C'est aussi l'idée qui inspirait cette admirable journée, la fête de la Fédération au Champ de Mars. Mais Richelieu et Louis XIV ont fondé le despotisme sur la ruine des libertés provinciales et communales. « Louis XIII, dit Boulainvilliers, avait en telle horreur tous les privilèges des provinces, que sa colère s'allumait rien que d'en entendre prononcer le nom. » La Convention a achevé l'œuvre des despotes. En haine des abus, elle a brisé impitoyablement toutes les institutions anciennes qui garantissaient la liberté et formaient autant d'obstacles à l'omnipotence du souverain : la noblesse féodale, les parlements, les corporations de métiers, les provinces et jusqu'aux communes. En adoptant le plan de Siéyès et en découpant la France comme matière inerte, en départements tracés arbitrairement sur la carte, elle a anéanti ces admirables cadres historiques où les hommes, unis par l'identité de souvenirs, de la langue, des mœurs, des intérêts, pouvaient si bien s'entendre pour s'occuper de tout ce qui les touchait de près. L'Etat se trouve aujourd'hui en présence d'individus isolés, poussière sans consistance, qu'il peut agglomérer et mouler à son gré. Ainsi est née tout naturellement cette idée qu'on peut donner telle forme qu'on désire à une société complètement privée de construction traditionnelle. De là, ces constitutions sans cesse inventées et modifiées, ces projets de transformations radicales de la société, la facilité des révolutions, l'état et le tempérament révolutionnaires.

On ne peut assez déplorer l'aveuglement de la plupart des historiens français qui louent les souverains Louis XI, Richelieu et Louis XIII, la Convention et Napoléon de tout ce qu'ils avaient (ait pour établir « l'unité nationale ».

Si l'on veut que la démocratie dure, en assurant à la fois

LA FORMATION DES ETATS

l'ordre et la liberté, il faut conserver ou rétablir les anciennes provinces, leur rendre la gestion des intérêts provinciaux, surtoul en matière des travaux publics, et rétablir les assemblées provinciales, avec une compétence assez étendue pour qu'elles aienl des sessions fréquentes, longues, fécondes, de nature à attirer l'attention, le respect, la vie.

L'État démocratique ne doit être que la confédération des villes libres et des provinces autonomes.

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