LE PRÊTRE SALARIÉ OU USUFRUITIER
A défaut de la séparation de l'Église et de l'État entraînant à sa suite la suppression du budget des cultes, lequel des deux systèmes est préférable : accorder au ministre du culte soit un salaire, soit la jouissance d'un bien-fonds.
Les adversaires de l'Eglise catholique préféreront le premier et ses amis le second et tous deux ont tort. Voici un exemple qui me semble le prouver.
En Italie, à chaque cure est attaché une tenuta, c'est-à-dire une petite exploitation que le curé fait valoir comme il l'entend. Parfois, il la loue en tout, ou en partie. Plus souvent, il la cultive lui-même, et alors, comme tout autre agriculteur, il fait argent de ses denrées. C'est le bénéfice ancien, et c'est ainsi que sont entretenus, en Suède, les soldats et les officiers de X Indelta. Dans les villages de l'Inde, comme dans la Germanie antique, et partout où les formes primitives de la propriété ont survécu, il y a des fonds de terre qui sont destinés à rétribuer les industries indispensables à l'agriculture. On trouve le champ du charron, le champ du forgeron, le champ du potier. Ici, il y aie champ du curé. On demande en Italie que l'État prenne possession des biens de la cure pour les vendre et qu'il rétribue le clergé sur le budget, comme en France et en Belgique. C'est une mesure funeste et pour la liberté et pour la démocratie, et cependant ce sont les adversaires les plus décidés du clergé qui la soutiennent. C'est le meilleur moyen de faire un clergé antinational et complètement dévoué au pape.
L'ÉGLISE ET L'ÉTAT
Déjà Tocqueville, dans son admirable livre, L'ancien régime et la Révolution^ montre qu'un clergé attaché à la terre et proprié taire, ne séparera jamais complètement son intérêt de celui de l'État. Coupez ce lien, vous en faites un moine; il n'a plus qu'une patrie, Rome.
C'est à ce point de vue que Cavour a toujours combattu l'incamération des biens, non des couvents, mais du clergé séculier, ce qui est tout autre chose. « A ses yeux, nous dit M. Acton (Voir Préface à V Œuvre parlementaire de Cavou?*), il est désirable que le clergé soit relié à la société par les intérêts les plus nombreux possible, et la propriété est l'un des meilleurs moyens de rattacher le prêtre aux institutions de la patrie. »
Voici un extrait d'un discours de Cavour à ce sujet : « Vincamération s'est accomplie sur une immense échelle dans quelques pays de l'Europe. En France, le clergé, avant la Révolution, était aussi riche qu'en Espagne. Qu'arriva-t-il? Je respecte beaucoup le clergé français et je reconnais qu'il est plus moral et plus zélé que celui d'autrefois; mais personne ne niera qu'il ne soit beaucoup moins national, beaucoup moins libéral que ne Tétait le clergé de l'ancien régime. Celui-ci était animé d'un esprit d'indépendance à l'égard de Rome, et d'un certain attachement aux maximes nationales; il avait des instincts de liberté. Tout est changé aujourd'hui. Tous les faits démontrent que le clergé de France est infiniment plus ultramontain que notre clergé italien. »
En effet, le clergé italien est, comme le dit Cavour, beaucoup moins romain que le clergé français ou belge. J'en entrevois plusieurs motifs, mais le principal qui me frappe est celui-ci. Le clergé est propriétaire, ou du moins le curé a la jouissance d'une propriété. Il est ainsi engagé dans tous les détails d'une ferme à exploiter. Il désire bien vendre son blé, son vin, son huile. Il s'occupe de la culture de son podere. Il s'entretient avec les autres cultivateurs des prix du marché et des débouchés. Pour obtenir de bons prix, il faut que le pays soit prospère; donc, il ne voudra pas y provoquer de crise.
Rien de pareil pour le curé rétribué sur le budget. Son sort est assuré; il touche son trimestre, quoi qu'il arrive; de ce cûté, il n'a aucun souci. Le soir, au coin du feu, la nuit dans ses veilles, à quoi pense-t-il? Comme le curé italien, à bien