‹ Le gouvernement dans la démocratieChapitre 48 sur 134 · ÉVITER LA LUTTE CONTRE LE CULTE DOMINANT · texte numérisé non relu

ÉVITER LA LUTTE CONTRE LE CULTE DOMINANT

tout le travail sourd et continu, dont nos actes visibles ne sont que les expressions incomplètes et les rares explosions. A vrai dire, même lorsqu'elles se limitent volontairement et de bonne foi, leur domaine n'a pas de limites; elles ont beau déclarer, si elles sont chrétiennes, que leur royaume n'est pas de ce monde : il en est, puisqu'elles y sont ; maîtresses de dogme et de morale, elles y enseignent et y commandent. Dans leur conception totale des choses divines et humaines, l'État a sa place, comme un chapitre dans un livre, et ce qu'elles disent dans ce chapitre est pour lui d'importance capitale; car elles y écrivent ses droits et ses devoirs, les devoirs et les droits de ses sujets, un plan plus ou moins complet d'ordre civil. Ce plan avoué ou dissimulé, vers lequel elles tournent les préférences de leurs fidèles, finit par sortir spontanément et invinciblement de leur doctrine, comme une plante de sa graine, pour végéter dans la société temporelle, pour y étendre ses frondaisons et y plonger ses racines, pour y ébranler ou consolider les institutions civiles et politiques. Sur la famille et l'éducation, sur l'emploi de la richesse et de l'autorité, sur l'esprit d'obéissance ou de révolte, sur les habitudes d'initiative ou d'inertie, de jouissance ou d'abstinence, de charité ou d'égoïsme, sur tout le train courant des pratiques quotidiennes et des impulsions prépondérantes, dans toutes les branches de la vie privée ou publique, l'influence d'une Église est immense et constitue une force sociale distincte, permanente, de premier ordre. Tout calcul politique est faux si elle est omise ou traitée comme une quantité négligeable, et un chef d'État est tenu d'en comprendre la notion, s'il veut en évaluer la grandeur. »

La vérité de cette remarque est démontrée par l'histoire.

L'une des principales causes qui ont empêché la révolution française d'établir définitivement des institutions libres et de fonder la République a été l'effort terrible qu'elle a fait pour imposera l'Église nationale un régime très acceptable, mais dont celle-ci ne voulait pas. De là des violences, des éxecutions, d'une part, de l'autre, des soulèvements et l'opposition acharnée et persistante d'une partie de la population. Les crimes de la Terreur, les maux de la guerre civile, la haine des royalistes, des bons catholiques et de tous les amis de l'ordre et de la vraie liberté contre un régime de compression à ouïs. DE LAVKLKYE. — DÉMOCRATIE. — I. <J

L'ÉGLISE ET L'ÉTAT

trance qu'accompagnait la desorganisation de la société ont poussé la Franco à chercher un refuge à l'abri d'un pouvoir fort, fut-il despotique.

Napoléon, qui avait rétabli l'Église catholique en France, l'avait façonnée à sa guise; les évêques présentés par lui, les curés agréés et payés par lui, le pape lui-même qu'il avait amené à composition moitié par intimidation, moitié par l'espoir de plus grandes faveurs, tous semblaient devoir lui obéir : l'Église allait être l'instrument complaisant de sa domination absolue, et cependant, quand vers la fin de son règne, un conflit s'éleva entre lui et l'Église, il ne parvint pas à vaincre ses résistances et, comme le dit M. Taine, le seul résultat de sa politique ecclésiastique, si parfaitement conçue et dirigée, a été de donner à l'Église catholique, qu'il voulait asservir, plus de force et de vie.

Joseph II, Guillaume I des Pays-Bas et le prince de Bismarck ont tenté d'imposer au clergé catholique des mesures évidemment utiles à la société et à l'Église elle-même, entre autres l'obligation pour les futurs lévites d'achever leurs études dans un établissement d'instruction supérieure, ce qui semblait bien nécessaire, puisque trois hommes d'État éminents, dans des circonstances et à des époques différentes, ont voulu la même chose, malgré la résistance qu'elle devait rencontrer.

Pour arriver à leur but, ils n'ont pas hésité à engager cette lutte contre l'Église que l'on a appelée récemment le Kulturkampf. Tous trois ont été vaincus et les deux souverains y ont perdu leur couronne.

Parmi les obstacles qui semblaient s'opposer encore dernièrement à l'affermissement de la République en France, l'un des principaux était, sans contredit, l'opposition qu'avait soulevé dans une partie du pays la politique agressive du gouvernement à l'égard de l'Église. Depuis que cette politique est appliquée avec plus de modération, l'opposition diminue; la majorité du clergé se rallie à la République, dont l'avenir paraît plus assuré.

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