‹ Le gouvernement dans la démocratieChapitre 61 sur 134 · LES M MER TES · texte numérisé non relu

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tinuer l'œuvre de proscription : « Sire, achevez l'ouvrage que Louis le Grand avait entrepris et que Louis le Bien-Aimé a continué. » Joseph de Maistre a dit : « La révolution française fut Commencée contre le catholicisme et pour la démocratie; le résultai sera pour le catholicisme et con tre la démocratie. »

En 1792, dans son allocution du 20 septembre, le saint pape Pic VI condamne le rétablissement en France de l'édit de Nantes, sur la tolérance des hérétiques, « édit ruineux et funeste, qui a été la source principale des maux qui déchirent aujourd'hui le royaume et la religion, édit qui, dès son origine, a été, pour ce motif, réprouvé par le Saint-Siège et que tout le clergé de France avait trouvé détestable. »

Quand la Constitution belge de 1831 eut proclamé la liberté complète des cultes, Grégoire XVI, suivant l'énergique parole de Louis Veuillot, la foudroya dans son berceau et condamna surtout la liberté de conscience. (Encyclique Mlrari vos, du 15 août 1832.) « De la source infecte de l'indifîerentisme découle cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu'il faut assurer et garantir à tous la liberté de conscience. »

La doctrine séculaire de l'Église, concernant la tolérance, a été encore résumée dans l'encyclique Quanta cura de Pie IX, du 8 décembre 18(34, qui, au § Atque contra, s'exprime ainsi : « Contrairement à la doctrine de l'Écriture, de l'Église et des Saints-Pères, les politiques modernes n'hésitent pas à affirmer que le meilleur gouvernement est celui où l'on ne reconnaît pas au pouvoir l'office de coercition (offîcium coercendi) au moyen d'une pénalité de droit [sancitis pœnis), à l'égard des violateurs de la religion catholique, si ce n'est quand la paix publique le demande. Par suite de cette idée entièrement fausse [omnino falsa), ils ne craignent pas de favoriser cette opinion erronée, on ne peut plus fatale à l'Église catholique et au salut des âmes, que notre prédécesseur, Grégoire XVI, a nommée un délire, savoir : que la liberté cle conscience et des cultes est un droit propre à tout homme, que la loi doit proclamer et affirmer dans toute société bien constituée, et que les citoyens ont droit à une liberté absolument sans réserve (omnimodam libertatëm) et sans limitation possible de la part d'aucune autorité, soit ecclésiastique, soit civile, de telle sorte qu'ils puissent ouvertement et publiquement par la parole, par

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la presse et autrement, manifester et déclarer les conceptions de leur esprit, quelles qu'elles soient. En produisant ces téméraires affirmations, ils ne réfléchissent pas et ne considèrent pas que c'est une liberté de perdition qu'ils prêchent. » (Voir encore les propositions LXXYI, LXXVII et LXXIV duSyllabus.)

Conformément à cette doctrine, dans tous les concordats dont il a pu dicter les conditions, Pie IX a stipulé l'interdiction de tout culte dissident. Dans le concordat qu'il conclut avec l'Espagne en 1831, un article porte : « La religion catholique sera maintenue comme religion exclusive du royaume, de telle façon que tout autre culte sera interdit et empêché. » Dans le concordat avec la république de l'Equateur de 18G2, on lit : « La religion catholique, apostolique et romaine, continuera d'être la religion de la république de l'Equateur. En conséquence, la pratique d'aucun culte et d'aucune société condamnés par l'Eglise ne seront tolérés dans la république. » Quand la liberté des cultes fut proclamée au Mexique, l'encyclique du 15 décembre 1850 vint dénoncer au monde « cet attentat abominable, destiné à corrompre les peuples et à déraciner la sainte religion « ad populorum mores animosque cerrumpendos ac detesfabilem, teterrinamgue indifferentiae pestent propagandam. »

Le pape actuel, Léon XIII, a recommandé instamment de prendre pour base de l'enseignement moral et philosophique les livres de saint Thomas. Or ce dernier « père de l'Eglise » expose encore plus nettement que Bossuet la vraie doctrine catholique au sujet de la liberté religieuse : « Si les hérétiques ne corrompaient point les autres hommes, ils pourraient cependant être retranchés, mais la justice séculière; peut licitement les mettre à mort (judicio seculari possunt licite occidï) et h s dépouiller de leurs biens, même s'ils ne corrompent pas les autres hommes, car ils sont blasphémateurs envers Dieu et ils observent une foi fausse, de sorte qu'ils méritent un châtiment plus grand que ceux qui sont coupables du crime de lèse-majesté ou qui battent de la fausse monnaie. « (Senlentiae iib. IV, d. 13, quaest. //, art. 3.)

La papauté a toujours considéré la destruction des hérétiques comme un triomphe de l'Eglise. Avant d'entrer dans la chapelle Sixtine, au Vatican, ou passe par une salle magnifique appelée la Sala regia. Les panneaux son! couverts de

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fresques peintes par Vasari; ('lies représentent les triomphes de l'Église catholique. Quatre de ces tableaux sont consacrés à des scènes de la Saint-Barthélemy, la mort de Coligny, le massacre des huguenots. C'est le pape Grégoire XIII qui, dans sa joie d'apprendre le succès de la nuit du 24 août, voulut perpétuer sur les murs de son palais le souvenir de ce crime, dont L'anniversaire arrachait des larmes aux yeux de Voltaire déjà desséchés par râge.

La doctrine constante de l'Église concernant le devoir des pouvoirs publics d'extirper l'hérésie continue à être enseignée, et il ne peut en être autrement, sous peine de trahir la vérité. On peut consulter entre autres un livre très bien fait du chanoine Moulaert. [L'Église et ï 'Etat ou les deux Puissances, approuvé par MEr Abbeloos, recteur de l'Université de Louvain, ex auct. lllm[ et Revmi Archiepiscopi Mechliniensis, 1887.) Il invoque d'abord l'autorité de saint Augustin justifiant la persécution des Donatistes : « Voici ce que leur répliquait le grand évêque d'Hippone, et sa réponse peut suffire de nos jours: « Quand ces gens-là, pour nous empêcher de recourir aux justes lois des puissances contre les attentats de leur impiété, viennent nous dire que les apôtres n'ont jamais demandé rien de pareil aux rois de la terre, ils ne prennent pas garde que l'état de l'Église était bien différent de ce qu'il est aujourd'hui. Où étaient alors les princes qui crussent en Jésus-Christ et qui fussent en état de faire des lois pour son service et en faveur de la piété contre l'impiété? » (V. Saint Augustin, Contra litt. Petiliani, 1. II, c. xx.)

Ainsi, d'après M. Monlaert, dès que l'Église peut disposer du bras séculier, elle doit s'en servir pour frapper les hérétiques (p. 281).

Plus loin, le savant chanoine expose d'une façon plus explicite les pouvoirs de l'Église et les devoirs de l'État en matière d'hérésie.

« L'Église doit punir sévèrement l'hérésie. Il est vraiment impossible que l'Église ne fasse pas usage contre les hérétiques proprement dits de son droit de justice afflictive.

» Aux yeux de l'Église, en effet, l'hérésie est un crime affreux, un crime social qui ébranle directement le fondement de la foi, la pierre angulaire de l'édifice de notre rédemption, c'est-à-

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dire la Révélation et l'autorité de l'Église qui en est la gardienne et l'organe.

« Enfin quand les circonstances le lui permettent, elle appelle h son aide la puissance séculière et demande l'appui de ses lois pénales... »

<( Il faut raisonner du schisme comme de l'hérésie. Quoiqu'il ne rejette pas formellement la vérité de la foi catholique, il s'affranchit néanmoins de l'autorité du Pasteur suprême et du lien de l'obéissance, et ainsi comme l'hérésie brise l'unité de la foi, le schisme brise l'unité de la charité ; il érige autel contre autel. C'est pourquoi l'Église le considère comme un crime aussi grave que l'hérésie et elle le traite avec la même rigueur. » (P. 297-298.)

En admettant leurs prémisses, il est difficile de repousser la doctrine des papes et des docteurs catholiques. S'il y a une vérité révélée et une autorité infaillible pour l'interpréter et si elle seule peut assurer la félicité des humains en cette vie et en l'autre, comment tolérer qu'on la mette en doute, qu'on l'attaque et qu'on se soustraie à son empire?

La liberté religieuse pour tous n'a été préconisée d'abord que parles sectes les plus radicalesde la Réforme, les anabaptistes et plus tard les quakers. On la trouve proclamée nettement dans le livre, très curieux, d'un hérésiarque hollandais, David Joris, Het Wonderboek (1539). « Laissez, disait-il, à chaque étoile son éclat, à chaque année ses jours, à chaque homme le droit de vivre pieusement selon sa foi. » Au siècle suivant, les puritains la demandent. Mais c'est en Amérique, dans la colonie de Providence, que Roger Williams en fait pour La première fois un article constitutionnel (1636)1. On a de lui un traité contre l'intolérance. The hloody Tenent of persécution for cause of conscience (1044) 2, qui est la première revendication dogmatique de la tolérance. La ville de Providence éleva à cet admirable apôtre de La liberté une statue <>ù

(1) On y lit une phrase qui, comme le dit M. Borgeaud, résume dans sa verdeur théotogique les pensées du livre : « Le viol d'une conscience est plus abominable aux yeux de Dieu que le viol de toutes les femmes de la terre. »

(2) a We agrée, as formeriy hath been, the liberties of the town, so still lo hold forlh liberty of conscience. » Records of the Colony ofRhode hlandand Providence. Providence, K. [., 1856, I, H-'.W .

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il esl représenté tenant sur la poitrine un livre qui porte inscrits ces mois : Soul liberty. — 103G.

Au xvme siècle, les philosophes, Locke surtout, en Angleterre, puis en France, Voltaire, détendirent la tolérance avec tant de Force et d'éloquence que, peuples et souverains, tous y furent conquis. Frédéric II, le disciple du philosophe de Ferney, fut le premier monarque qui osa dire : « Je veux qu'en Prusse chacun puisse faire son salut à sa façon. » 11 écrit dans son Anti- Machiavel: « Maintenir le gouvernement civil avec vigueur et laisser à chacun la liberté de conscience; être toujours roi et ne jamais faire le prêtre est le sûr moyen de préserver son État des tempêtes que l'esprit des théologiens cherche souvent à exciter. »

Seuls au milieu de l'entraînement universel, les papes, même Ganganelli qui supprimait les Jésuites, maintinrent la doctrine orthodoxe.

Néanmoins Turgot adressait, en 1775, à Louis XVI son célèbre mémoire sur la tolérance, dans lequel on lisait : « J'ose répéter aujourd'hui à Votre Majesté qu'elle doit, à titre de chrétien, à titre d'homme juste, laisser à chacun de ses sujets la liberté de suivre et de professer la religion que sa conscience lui persuade être vraie. »

La Constitution française de 1791 inscrivit la liberté de conscience parmi les droits de l'homme et du citoyen. « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. » (Préamb., art. 13.)

Aujourd'hui, cette précieuse liberté, ou tout au moins la tolérance, existe partout, sauf en Russie, soit en fait, soit en vertu d'un article constitutionnel. La Constitution belge la consacre en si excellents termes, que je crois utile de les reproduire ici :

« Art. 14. La liberté des cultes, celle de leur exercice public, ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toute matière, sont garanties, sauf la répression des délits commis à l'occasion de l'usage de ces libertés. »

<( Art. 15. Nul ne peut être contraint de concourir d'une mari irre quelconque aux actes et aux cérémonies d'un culte, ni d'en observer les jours de repos. »

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